Venezuela: Troubles
Par Luis Britto Garcia
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Selon le dictionnaire de la Royal Academy espagnole, le trouble est « le fait de troubler ou d'être troublé ou l’effet produit, en particulier par une impression, » ou « l'état d'une personne produite généralement par un coup violent à la tête et caractérisé par un étourdissement ou une perte de connaissance. » Une impression de troubles, c'est d'être victime de plus d'un millier de mesures unilatérales d'extorsion, de vols massif de biens publics à l'étranger, de coups d'Etat, de sabotages, de tentatives d'assassinat du président de la république, d'invasions de mercenaires paramilitaires, de campagnes massives de terrorisme, de récompenses pour l'enlèvement ou la disparition physique de fonctionnaire élus, d'un blocus naval qui assassines des marins dans nos eaux territoriales.
En ce qui concerne nos troubles, ce ne peut être un étourdissement ou une perte de connaissance. Sautons les doctes digressions sur les effets juridiques de l'application de l'article 338 de la Constitution de la République Bolivarienne du Venezuela. Sans provocation ni hostilité de notre part, la plus grande puissance armée et impérialiste de la planète nous fait la guerre, sans déclaration officielle mais en coulant des bateaux et en assassinant des compatriotes. Soyons troublés.
Troubles territoriaux. Chávez disait que dans certaines zones de notre patrie, la présence de l'État était pratiquement inexistante. Dans d'autres, la population est rare. Sur d'autres, nous avons anticonstitutionnellement laissé s'estomper l'empire de nos lois et la compétence de nos tribunaux. D’infâmes traités contre la double imposition permettent à des entreprises et à des personnes étrangères de ne pas payer d'impôts sur les bénéfices qu'elles font dans notre pays sous le prétexte ridicule qu'elles les paieraient chez elles. En contrevenant au principe d'égalité, on cherche à accorder à des entités au des personnes étrangères, des exemples, des exonération et des avantages fiscaux qui ne sont pas étendus aux entreprises et aux personnes nationales. En contrariant le principe d'immunité juridictionnelle consacré dans les article 1 et 151 de la Constitution, loin des traités et des contrats biaisés destinés à soumettre à des juges ou à des arbitres étrangers nos controverses d'intérêt public national. C'est celle-ci que nous avons perdu l’Esequibo Guyanais presque toutes les causes soumises au CIADI de la Banque mondiale et que nous perdrons toute controverse que nous soumettrions à des tribunaux étrangers. L'occupation de nos espaces doit être souveraine, intégrale et féconde. Les impôts et la juridiction doivent être territoriaux. Sans territoire, pas de Patrie.
Troubles démographiques. L'âge moyen des Vénézuéliens est de 29,4 ans. Nous sommes en plein boom démographique. Nous disposons d'une excellente force de travail qui pourrait également être une force de combat. En 2015, nous remplissions presque tout ce qu'on appelle les objectifs du millénaire sur le bien-être de la population. En temps troubles, on ne peut pas travailler pour deux patrons, jouer dans deux équipes ni être fidèles à deux conjoints. Ceux qui font les lois du Venezuela, les appliquent ou décident de la légalité de leur application ne devraient pas avoir d'autres nationalités que la nationalité vénézuélienne.
Troubles économiques. Une économie de guerre exigerait de laisser de côté les ambiguïtés, d'augmenter les compétences de l'État, merde de rejeter les décentralisations et les fédéralisations extrêmes et de renforcer jusqu'à l'extrême le soin apporté à la gestion des finances publiques. En temps de troubles, le pillage des biens communs est une trahison envers la patrie. L'informatique permet aujourd'hui de contrôler en temps réel, les rentrées d'argent, les dépenses et les biens des entités publiques. Des systèmes de cette sorte fonctionnent en Estonie, par exemple. Évitons que la corruption nous fasse plus de dégâts que l’ennemi.
Troubles politiques. L'agression extérieure oblige à unir les clans autour d'un accord minimum et à engager un profond processus d'épuration interne. Nous ne pouvons pas défendre la nation avec des députés qui soutiennent que « les nations n'existent pas », comme je l'ai entendu dire à parlementaire À l'institut des hautes études de sécurité de la nation (IAESEN). Des abus désastreux ont démantelé de l’intérieur certaines structures du pouvoir. Soignons-les.
Troubles diplomatiques. Le monde a a beaucoup changé depuis que Barack Obama nous a déclaré en mars 2015, comme « une menace inhabituelle et extraordinaire » pour les États-Unis. La grande puissance d'autrefois montre pour août 2025 un déficit fiscal de 345 000 000 000 de dollars. Sa dette publique est de 37 000 000 000 de dollars, à environ 124 % de son PIB pour fin 2024. Sur cela, elle devait à la Chine 859 000 000 000 de dollars en janvier 2023. La politique agressive et arrogante des États-Unis a fini par transformer en ennemis ceux qui avaient été leur principaux alliés : le Canada, le Mexique, le Brésil, la Colombie, le Panama, l'union européenne, l’OPEP. Les pays du G20 et du G7 produisent seulement 28 % du PIB mondial, ceux des BRICS, 35 %. La Chine, et, depuis 2015, la première puissance économique de la planète et peut-être aussi la première puissance militaire. Notre diplomatie doit s'orienter irrémédiablement vers les pays émergeants. De cela dépend qu'ils disposent d'or pour un nouveau système monétaire et des énergies fossiles jusqu'à l'épuisement probable de cette ressource dans quatre 40 ou 50 ans.
Troubles stratégiques. Les forces militaires du colosse du Nord sont démesurés. Les raclées qu'elles ont reçu des mains des forces patriotiques qui défendaient leur propre territoire sont également démesurées. Le pouvoir du Venezuela n'est pas négligeable. Nous avons des chasseurs F–16 opérationnel, des hélicoptères d'attaque et de transport, des chars modernes et toutes sortes de missiles et de drones. Dans tous les domaines à tous les niveaux de l'instruction publique devraient être, incorporer les rudiments de l'instruction militaire. Peut-être une intensification du conflit rendra-t-elle indispensable le rétablissement du service militaire obligatoire.
Troubles culturels. Dans les premières années du Bolivarisme, l'analphabétisme a disparu. Peu, après, un vénézuélien sur trois était étudiant, un sur neuf dans une soixantaine d'institutions, gratuites d'éducation supérieure. Plus de la moitié de notre force de travail est composée de travailleurs intellectuel. Pendant le dernier quart de siècle, on a mis l'accent sur la protection du livre et du cinéma vénézuéliens ainsi comme sur l'étude et la diffusion de la culture populaire, bastion de l'identité nationale, racine de toute résistance.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/09/30/venezuela-conmocion/
URL de cet article :
https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/10/venezuela-troubles.html