Bolivie : Première conspiration contre le nouveau Gouvernement ?
Par Adol fito.
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Bien que dans beaucoup de cultures, la pluie soit considéré comme de bonne augure –en particulier dans le Feng Shui où elle est le symbole du flux d'énergie positive qui nettoie, nourri et renouvelle– cette fois, la nature a semblé avoir d'autres plans.
La petite pluie fine qui tombe sur La Paz et qui menace de se transformer en tempête, a interféré –au moins symboliquement– dans les actes de transmission du pouvoir comme si le ciel voulait mettre à l'épreuve le nouveau Gouvernement dès son premier jour.
Un baptême humide… Puisse-t-il aussi être béni!
Parmi les délégations présentes, Gabriel Boric c'est distingué par son amabilité. Sans aucun doute, le président le plus accessible : il a laissé de côté le le protocole et, la nuit précédente, est sorti dans les rues de La Paz comme un touriste, profite du climat et des traditions locales. Les révolutions se produisent dans les impasses, disait Bertolt Brecht.
Par contre, Javier Milei est arrivé avec son habituelle gueule d'enterrement, accompagné par Karina, sa sœur et son ombre politique. Son sérieux a contrasté avec les sourires et la bonne humeur des autres dignitaires. Mais il a accepté de se laisser prendre en photo avec des passants comme celui qui respecte une démarche diplomatique sans perdre la posture libertaire.
L’arrivée d’ Edmand Lara, souriant et impeccable dans son uniforme de policier, a attiré mon attention. Nous espérons que le vice-président imitera le personnage interprété par Mario Moreno Cantinflas dans Patrullero 777: Diógenes Bravo, qui parcourt les rues en résolvant des problèmes et en aidant les plus faibles. Que la fiction inspire la fonction et surtout qui n'oublie pas ceux qui ont voté pour lui.
L’heure bolivienne ?
Il est 11 heures et le président élu Rodrigo Paz n'est pas encore arrivé. Parmi les assistants déconcertés et les chaînes de télévision attendant impatiemment –qui ont opté pour déclarer un quatrième intermède– cet épisode est devenu un reflet –peu favorable– de notre absence de ponctualité.
Baptême sous tempête
Évidemment, la petite pluie est devenue tempête.
Avec ses tonnerre, elle a semblé transmettre un message –à travers la Pachamama– du peuple à Rodrigo Paz et à Edmand Lara : « messieurs les dignitaires, arrêtez la rhétorique vide, et surtout l'amnésie politique dans vos discours. »
Parce que le peuple pourrait être bon… mais pas con.
Il faut rappeler au nouveau président que l'héritage de Víctor Paz Estenssoro, son grand-oncle, a été de laisser une Bolivie épuisée et appauvrie, victime des réformes néolibérales qui ont démantelé l'État et condamné les majorités à l’oubli.
Son père, Jaime Paz Zamora, a répété l'histoire sous un autre masque. Ironie du sort : il avait promis de réconcilier le pays mais il a fini par répartir le pouvoir en quotas. Il a laissé une Bolivie épuisée par la corruption, l'hypocrisie politique et l'oubli social. Il a gouverné au nom du changement mais a fini par s'allier avec ceux-la mêmes qu'il disait combattre. Son héritage est un mélange de clientélisme, de pactes honteux et d'économie chancelante aussi fragile que la morale des partis de la droite cavernicole qui ont sous développé le pays.
Par conséquent, don Rodrigo Paz, ne vous lavez pas la bouche avant de manger. Et avant de demander à Evo Morales : « Où sont le gaz et le lithium ? » demandez d'abord à vos parents ce qu'ils ont fait des ressources naturelles de la Bolivie.
Sous la présidence de vos ancêtres, la Bolivie était une « république bananière » soumise au pouvoir transnational, victime d'une pauvreté exorbitante et avec un PIB dérisoire : à peine 4 700 000 000 de dollars en 1989, pendant le dernier mandat de Víctor Paz et 5 735 000 000 quand Jaime Paz, son père, a quitté le pouvoir.
Ainsi, en 2025, après 181 ans de “pasanaku polítique” et de Gouvernements oligarchiques et inefficaces, le pays atteignait à peine un PIB de 9 500 000 000 de dollars. Alors est arrivé et Evo Morales et en 14 ans de gestion –jusqu'en 2019– il a laissé un Etat Plurinational avec un PIB de 43 000 000 000 de dollars.
Oui, vous avez bien lu : 43 000 000 000 de dollars.
Pendant cette période, la Bolivie a multiplié par 5 son économie et son patrimoine et est devenu, pendant six années consécutiv, la nation qui avait la plus importante croissance économique d'Amérique du Sud, dépassant des géants comme l'Argentine, le Brésil et le Chili.
Au-delà des chiffres, le pays a également eu une croissance en dignité : la nouvelle Constitution Politique de l'État, approuvée sous son mandat, reconnaît enfin les droits de millions d'enfants rendus invisibles par la CPE raciste de 1825 : nos frères des peuples indigènes qui, après des siècles d'exclusion, ont à nouveau un nom, une voix et une nation.
NOTE de la traductrice
Les ECRA (Epargne et Crédit Rotatif par Association)
Ces derniers désignent des groupes d’individus volontaires qui construisent un cycle d’épargne et de prêt. Régulièrement, les membres se rencontrent et chacun contribue de façon égale à un fond, qui finance le crédit rotatif dont chaque membre bénéficiera au cours du cycle, chacun son tour. L’ECRA existe depuis des siècles et dans différentes régions du monde ; il est appelé »tontines » dans l’Ouest africain, « tandas » au Mexique, « pasanaku » en Bolivie, « arisan » en Indonésie, « cheetu » au Sri Lanka, »esusu » au Nigeria…
(https://francais-du-monde.org/2013/07/25/tandas-pasanaku-arisan-cheetu-esusu/)
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/11/12/bolivia-primera-conspiracion-contra-el-nuevo-gobierno/
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