Équateur : L'échec de Noboa laisse deux « veuves » aux États-Unis
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
La défaite du président de l'Équateur, Daniel Noboa, dans sa tentative pour autoriser la présence élargie des forces militaires étrangères dans le pays, non seulement réordonne la politique intérieure du pays mais porte un coup à l'échiquier géopolitique mis en place depuis Washington.
Les principales « victimes », en dehors du Gouvernement équatorien, sont le ministre de la sécurité nationale des États-Unis, Kristi Noem, et l'écosystème d'entreprises de sécurité privées apparu autour de Blackwater qui ont vu dans la grave crise de violence une occasion pour se réinsérer avec force en Amérique du Sud.
Le rejet de la majorité des citoyens brise, pour le moment, les plans du Gouvernement du président des États-Unis, Donald Trump, qui cherchait à transformer l'Equateur en une sorte de laboratoire de l'hémisphère dans la coopération dans le domaine de la sécurité avancée, juste quand sa politique d'agression contre certains Gouvernements de la région redouble.
Un message pour le Pentagone
La voix des urnes a été claire, dimanche : l'Equateur n'est pas prêt à céder sa souveraineté militaire, même dans une situation de violence croissante et d'augmentation du trafic de drogue dans un pays qui, il y a à peine quelques années, était un exemple pour ses voisins.
La réforme envisagée par Noboa était destinée à ouvrir la porte à des opérations conjointes, à l'utilisation des ports et des aéroports et même à la possibilité d'un déploiement semi-permanent d’unités étasuniennes, ce qui impliquait un retour en arrière par rapport à 2008, quand a été approuvé un article de la Constitution interdisant expressément les bases militaires étrangères.
Washington avait parié sur un résultat favorable à Noboa, un président aligné sur la logique de la Maison-Blanche, qui, il y a sept mois, avait réussi à s'imposer dans les une et à donner une continuité à un mandat qui avait débuté fin 2023. Sa victoire aux élections avait alors été lue de façon erronée comme une défaite définitive de la gauche qui s'oppose au retour des bases. L'erreur de calcul oblige à reconfigurer le jeu.
Non, Noem
Il y a quelques jours, Noem s'est rendu dans le pays pour donner une consécration à Noboa et confirmer sa stratégie de « sécurité intégrée en Équateur, ou ce qui est la même chose, élargir la présence opérationnelle des États-Unis dans ce que Washington considère comme son « arrière-cour. »
Le pari était de faire de l’Equateur un cas pilote, une sorte de chouchou de la classe ayant accès à un financement et à un équipement de Washington en échange de la session partielle de sa souveraineté en matière de sécurité, selon l'opposition. Noboa a acheté l'idée et l’a vendue à l'électorat comme une solution définitive à la crise de violence qu'affronte le pays.
Maintenant, face à l'échec, le président équatorien doit redéfinir sa position d'allié clé des États-Unis, tandis que le Gouvernement Trump perd la « vitrine » qu’il cherchait à utiliser pour justifier une politique plus interventionniste dans la région.
Début novembre, Noam s'est rendu au siège de l'escadron de combat N°2313, stationné sur la base aéronavale de Manta, province de Manabí, pour la potentielle installation de bases étasuniennes dans le pays.
Dans ces installations, opérait, entre 1999 et 2009, la vieille base militaire étasunienne de Manta qui a cessé de fonctionner après que le Gouvernement de Rafael Correa (2007–2017) ait décidé de ne pas renouveler son contrat et d'introduire dans la Constitution l'interdiction des bases militaires étrangères.
Noem s'est également rendu à l'école supérieure d’aviation Cosme Rennella, à Salinas, province de Santa Elena, dans ce même but.
Son plan, comme l’a raconté la fonctionnaire étasunienne, avait plusieurs objectifs : « la coopération dans le domaine de la sécurité, de l'application de la loi et de la migration », en particulier en matière de combat « contre le trafic de drogue et les menaces » que partagent les deux pays.
Un client difficile
Bien que ce soit moins visible, les entreprises privées qui voulaient faire du pays «un hub » pour l’externalisation de la sécurité dont Blackwater sont une autre victime potentielle du référendum.
En mars dernier, Noboa avait annoncé qu'il avait établi une alliance stratégique avec Erik Prince, fondateur de cette organisation de mercenaires, pour lutter contre le trafic de drogue et protéger les eaux nationales de la pêche illégale.
Un mois plus tard, début avril, le patron de Blackwater été à nouveau en visite dans le pays, et, dans un show largement, diffusé, accompagnait des ministres dans une opération contre les bains, criminelles à Guayaquil.
Selon les autorités, le patron cherchait à recueillir des informations pour évaluer et renforcer les installations portuaires ainsi que pour la protection du commerce.
En d'autres termes, l'objectif de l'entreprise du militaire étasunien à la retraite, était d’élargir ses contrôles sur des sites clés comme les ports et les infrastructures stratégiques pour faire des travaux de surveillance des côtes en tant qu'agent étranger.
Mais la réforme ratée donne des limites à l'habilitation juridique pour que cette sorte de compagnies opèrent dans le pays en tant que « soutient technique ». Par conséquent, apparaît une inconnu sur la porte réelle que pourraient avoir ces opérations en Équateur.
L'article 5 de la Constitution de l'Equateur que Noboa cherchait à changer par référendum est clair. En plus de signaler que « on ne permettra l'établissement ni de bases militaires étrangères ni d'installations étrangères à but militaire », il stipule explicitement que « il est interdit de céder des bases militaires nationales à des forces armées ou de sécurité étrangères. »
Avec le vote de dimanche, « le pays, en dernière instance, a remis en question les accords militaires qui portent atteinte à la Constitution et surtout à la souveraineté nationale, » signale dans une récente analyse des résultats, l'analyste politique et historien équatorien Juan Paz y Miño.
en avril, Prince avait révélé que l'Equateur était important pour lui parce que « il est dans l'hémisphère occidental. » Plus tard, en juillet, il a déclaré qu'il pensait que les États-Unis « avaient dormi » dans beaucoup de pays d'Amérique latine.
Pour quoi a voté le peuple équatorien ?
Dimanche, les Equatoriens ont voté pour un référendum et une consultation populaire organisés par Noboa dans le but de modifier la Constitution actuelle qui date de l'époque du président Rafael Correa, dans le but principal d'autoriser la présence des bases militaires étrangères dans le pays.
Plus de 60 % des électeurs ont voté « non » et le « oui » n'a pas atteint les 40 %. Le rejet des trois autres questions a également été majoritaire : l'élimination du financement public des partis politiques, la réduction du nombre de députés, de plus de la moitié et la prétention de convoquer une Assemblée Constituante pour rédiger une nouvelle Constitution.
Dans un bref, communiqué, diffusé sur les réseaux sociaux, Noboa, a affirmé qu'il respectait « la volonté du peuple équatorien », mais que son « engagement ne changeait pas, qu’il se renforçait », semblant ainsi faire allusion à de futures tentatives de mener à terme son plan initial avec une autre stratégie.
Pour sa part, l'ancien président Rafael Correa s’est réjoui du fait que la Constitution approuvée sous son mandat soit « ratifié après 17 ans de validité » et il a qualifié de « jalon historique », le fait que « pour la première fois dans l'histoire de l'Équateur, une Constitution ait été approuvée deux fois par la majorité des citoyens. »
Source en espagnol :
http://www.cubadebate.cu/especiales/2025/11/17/el-fracaso-de-noboa-en-ecuador-deja-dos-viudas-en-ee-uu/
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