Honduras : Menaces de coup d'Etat
Par Geraldina Colotti
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Une « conspiration contre le processus électoral ». C'est ainsi que le conseiller hondurien Marlon Ochoa À qualifier le simulacre du Système de Transmission des Résultats Électoraux Préliminaires (T. R. E. P.) mené à bien dimanche dernier par le Conseil National Électoral (CNE). Le simulacre du TREP et l'un des exercices clé pour mesurer la capacité technologique du système avant les élections générales du 30 novembre, mais les failles rapportées ont créé l'inquiétude parmi des partis politiques et les observateurs nationaux.
Le CNE n'a pas encore publié de rapport officiel sur les causes techniques des pannes signalées ni sur les accusations d'Ochoa qui sont arrivées quelques minutes après que Rixi Moncada, la candidate à la présidence pour LIBRE (le parti au pouvoir) ait affirmé lors d'un meeting dans la capitale qu'elle ne reconnaîtra pas les résultats transmis par le TREP: « Le CNE, a dit Moncada, a fait un simulacre sur le système de transmission des résultats et celui-ci, aussi bien dans la transmission par satellite que dans la transmission de l'une des entreprises à travers les canaux de données, a été un échec total. »
C'est pourquoi la candidate a évoqué une dénonciation présentée par Ochoa devant le Ministère Public sur « 26 enregistrements audio » contenus dans une mémoire USB à propos de l'existence d'un plan interne et institutionnel orchestré par l'opposition et par des membres du CNE liés à celle-ci pour saboter le résultat démocratique des élections grâce à l'utilisation indue du système de transmission des voix.
Leur révélation et leur utilisation publique ont élevé considérablement le niveau de tension politique préélectoral et l'affrontement entre le camp progressiste et « le bipartisme historique » : c'est-à-dire le Parti National et le Parti Libéral, sempiternels dominants de la vie politique hondurienne avant la victoire de Liberté et Refondation (LIBRE) dirigé par la présidente sortante, Xiomara Castro.
Dans le cadre des menaces croissantes de l’impérialisme étasunien sur le continent latino américain et étant donné la force qu'ont conservé dans le pays les oligarchies soumises à celui-ci, le rendez-vous électoral du 30 n'est pas une simple élection démocratique et ce qui s'est passé avec le simulacre du TREP n'est pas un simple scandale, mais l'expression aiguë du conflit de classe qui déchire le pays depuis des décennies : un conflit entre les forces qui soutiennent la souveraineté populaire et l'émancipation nationale et celles qui défendent le statu quo néolibéral et la dépendance envers l’impérialisme.
« L'association illégale du bipartisme dénoncé par la candidate de LIBRE représenter l'essentiel essentiellement par le Parti National et le Parti Libéral et composé par la bourgeoisie paysanne, financière et commerciale, étroitement liés au capital transnational (surtout étasunien). Un bloc dominant dont le principal objectif est de renforcer le modèle néolibéral basé sur l'exploitation intensive de la force du travail a bas prix, sur le pillage des ressources naturelles grâce à la concession de contrats avantageux pour le capital l’étranger, sur la défense du capitalisme extractif et des Zones d’Emploi et de Développement Économique (ZEDE) qui cède la souveraineté territoriale à des entités privées et sur le maintien de la dépendance économique envers des États-Unis. Souvenons-nous de l'assassinat de Berta Cáceres, une personnalité connue pour sa défense des droits environnementaux et des populations originaires, pour sa lutte contre le projet hydroélectrique de Agua Zarca qui menaçait le fleuve Guarcarque. Trois ans de menaces et Berta a été assassinée le 2 mars 2016.
Ces forces utilisent le contrôle sur les grands médias, sur l'appareil judiciaire, et, comme le suggèrent les dénonciations de Moncada, également sur le système électoral (le CNE et le système de transmission/ PREP) pour perpétuer leur hégémonie politique, même s'ils doivent briser la volonté populaire. Ce n'est pas en vain que les candidats de la droite s'inspirent ouvertement du trumpisme ou de ses épigones continentaux (en matière de sécurité, le « modèle Bukele »).
À droite, le panorama politique est traditionnellement dominé par le Parti National (PNH) mais comprend aussi d'autres formations plus petites avec des positions conservatrice et nationalistes. À gauche, le parti Liberté et Refondation (LIBRE) est majoritaire dans le Gouvernement de Xiomara Castro et de la candidate Rixi Moncada. C'est l'expression politique d'un large bloc social qui comprend la classe ouvrière (officielle et informelle), les paysans, pauvres, les peuples indigènes et les afro-descendants, les jeunes et les intellectuels progressistes. La naissance de LIBRE a été la conséquence directe du coup d'Etat de 2009 contre Manuel Zelaya (mari de Xiomara) pour avoir exprimé l'intention de soumettre au référendum populaire l'éventuelle adhésion à L'ALBA, l’ Alliance Bolivarienne pour les Peuples de Notre Amérique, conçue par Cuba et le Venezuela. Un événement qui, après une succession de répressions et de fraudes électorales destinées à empêcher la victoire de la gauche a radicalisé la conscience du peuple.
Le programme de LIBRE est d'avancer vers une transition post-néolibérale et dans le renforcement de la souveraineté nationale en approfondissant la nationalisation et le contrôle public des secteurs stratégiques, par les réformes agraires et la défense des territoires ancestraux, l'amélioration des conditions de vie et de travail et en maintenant l'ordre du jour d'intégration latino-américaine et un éloignement de la soumission géopolitique envers les États-Unis. Si le modèle de LIBRE réussissait, cela renforcerait l'axe progressiste de la CELAC (actuellement réunie en Colombie à cause des menaces des États-Unis envers le Venezuela) et l'idée bolivarienne d'une Grande Patrie souveraine en opposition au retour de la doctrine Monroe dans la région. Il ne faut pas oublier que la base aérienne Soto Cano, siège de la Joint Task Force-Bravo (JTF-B) et principal centre d'opération et d'entraînement des États-Unis en Amérique centrale, se trouve au Honduras. C'est pourquoi, comme il fallait s'y attendre, pendant la campagne électorale, on a demandé à la candidate Rixi Moncada de condamner le Venezuela et le « dictateur » Maduro.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/11/13/honduras-amenazas-de-golpe/
URL de cet article :
https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/11/honduras-menaces-de-coup-d-etat.html