International: Les erreurs de Trump créent une opportunité historique pour les BRICS
par Marco Fernandes,
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
La présidence chaotique de Donald Trump, États-Unis a un effet secondaire immédiat : elle augmente les opportunités et obligent les BRICS accélérer leur proposition d'intégration. Mais que manque-t-il pour que ce bloc se renforce et que peut faire le Brésil ?
Les États-Unis traversent une crise de leur pouvoir impérial mondial et sont sous pression à cause de l'intensification de la rivalité dans le système international. Les tactiques de Trump peuvent différer de celles des néoconservateurs (démocrates ou républicains) mais servent à la même stratégie.
Il faut signaler que, selon les règles du jeu de la domination des États-Unis, depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, la Chine gagne de l'importance et menace déjà cet hégémonie dans les domaines technologique et monétaire. En d'autres termes, il peut être questions du moment avant que les États-Unis soient dépassés ou, au moins, doivent partager l’hégémonie mondiale. D’où la nécessité perceptible de changer la table et de reconstruire un nouvel ordre mondial qui ne se base déjà plus sur le libre commerce et sur le soutien de plus de 800 bases militaires dans le monde entier.
Actuellement, les économies du bloc européen stagnent, tandis que l'économie des États-Unis, continue de croître lentement.
En 2024, les États-Unis ont eu une croissance de 2,8 %, le Royaume-Uni et la France de 1,1 % et l’Allemagne a vu son PIB, baisser de 0,2 %. Au contraire, les pays des BRICS sont à la tête de la croissance mondiale. En 2024, le taux de croissance de l'Inde a été de 7 %, celui de l'Indonésie et de la Chine de 5 % et celui de la Russie de 4,3 % alors que le taux de croissance du Brésil a été de 3,4 %.
Le renforcement des concurrents étasuniens a alarmé. Cela a conduit à la propagation du système de sanctions commerciales au-delà de la périphérie capitaliste jusqu'à des pays comme la Chine et la Russie et à une tentative de réduire un néant toute tentative de faire se lever une puissance euro-asiatique.
Moscou a affronté de fortes sanctions depuis au moins 2014, quand le peuple de Crimée a voté de façon écrasante en faveur de son retour dans la Fédération de Russie, après que le coup d'Etat de Maïdan en Ukraine ait renversé un président démocratiquement élu et installé un régime anti-russe sous la direction de Washington.
Pour cette raison, l'augmentation générale des droits de douane de Trump n'est pas déconnectée d'autres attaques des États-Unis contre le système international du libre commerce.
En 2012, sous le Gouvernement démocrate de Barack Obama, les États-Unis ont bloqué la nomination de nouveaux juges pour ce qu'ils appelaient la Cour Suprême du Commerce de l'Organisation Mondiale du Commerce. Leur justification était que cet organisme favorisait la Chine et qu'il existait des menaces contre la souveraineté des États-Unis puisque, selon la Constitution des États-Unis, un tribunal étranger ne pouvait annuler un tribunal étasunien.
Celui qui aurait essayé de trouver une certaine nationalité économique, une certaine logique de politique commerciale dans la décision de Donald Trump d'appliquer des droits de douane de 50 % aux importations brésiliennes n’en aurait trouvé aucune. Les rares paragraphes consacrés au commerce apparaissent seulement à la fin de la lettre qu’il a envoyée au président Lula da Silva, le 9 juillet 2025, et son pleins d’incohérences.
Le Brésil a accumulé des déficits commerciaux persistants avec les États-Unis, ce qui signifie qu'il importe beaucoup plus de biens et de services des États-Unis qu'il n’en exporte aux États-Unis.
L'année dernière, selon le Bureau du Représentant du Commerce des États-Unis, les exportations de biens des États-Unis, vers le Brésil ont atteint environ 497 à00 000 000 de dollars alors que les importations de biens du Brésil ont été d'environ 423 000 000 000, ce qui montre un excédent de 740 000 000 000 de dollars en 2024.
Le champ de bataille brésilien
La relation commerciale entre le Brésil et les États-Unis contraste fortement avec celle de la Chine qui fournit beaucoup plus de biens au marché des États-Unis qu’elle n'en achète et obtient un excédent commercial d'environ 300 000 000 000 de dollars en 2024.
Sur la base des critères caractéristiques que Trump a utilisés pour grever les pays, le Jour de la Libération, une équation obscure entre les importations des États-Unis et leur déficit commercial avec chaque pays, le Brésil devrait avoir des droits de douane négatifs. En d'autres termes, dans la même logique, le Brésil devrait attribuer des droits de douane de 8 % à Washington.
Le slogan tant vanté Make America Great Again est le résultat de la désindustrialisation des États-Unis qui a vu la fabrication se déplacer vers l'est de l'Asie. C'est pourquoi les produits qui submergent de cette région fomenteraient soi-disant le rapatriement de la production en territoire étasunien.
Mais ce qui se passe, c'est que le panier d'exportations du Brésil vers les États-Unis consiste principalement en produits primaires et en produits industriels de faible complexité. En d'autres termes, il n'y a pas de rationalité économique derrière cette mesure. Au contraire, alors que les produits brésiliens deviennent moins chers, les citoyens étasuniens sentent déjà l'augmentation des prix de certains aliments comme la viande de bœuf dont le prix a explosé ces dernières semaines.
Trump a même suspendu les impôts sur une longue liste d'environ 700 produits dont le jus d'orange, la cellulose, les engrais, les avions et leur pièces de rechange (de Embraer) et des produits métallurgiques intermédiaires qui conservent les droits de douane antérieurs de 10 %. Avec les exemptions annoncées le 6 août, Brasilia estime que seulement 36 % environ des exportations brésiliennes seront affectés par les droits de douane de 50 %.
Mais dans cet étape, il est déjà clair que Trump utilise les droits de douane comme arme politique pour attaquer la souveraineté du Brésil, en visant le président Lula et le Tribunal Fédéral Suprême du Brésil (STF) dans un calcul prend en compte les élections présidentielles de 2026. Washington a aussi invoqué la loi Magnitsky qui prévoit des sanctions contre les personnes liées au trafic de drogue et au terrorisme pour châtier certain membres du STF.
Le président des États-Unis a exposé les principales raisons de son attaque du Brésil : il exige que Lula suspendre le procès de l'ancien président Jair Bolsonaro, accusé d'avoir organisé une tentative de coup d’Etat en janvier 2023 contre le président Lula récemment élu comme si la présidence avait autorité sur le STF.
Trump a aussi accusé le STF de ne pas respecter la liberté d'expression des entreprises et des individus étasuniens car le pouvoir judiciaire brésilien a essayé légitimement de réguler les plates-formes des réseaux sociaux concernant les affaires pénales.
Dans les deux cas, le ministre suprême Alexandre de Moraes dirige le processus. Il court aussi le bruit que Trump serait en train d'essayer de donner un coup aux principaux pays des BRICS pour affaiblir le groupe et regarderait vers la seconde réserve de terres rares la plus importante du monde, située au Brésil. Par conséquent, ces attaques auraient pour objectif d'engager des négociations avec le Gouvernement brésilien sur des problèmes qui n'ont pas encore été révélés.
Mets des agressions croissantes des États-Unis contre le Brésil et beaucoup. D'autres pays ne sont pas basés sur les caprices subjectifs du président Donald Trump. C'est une erreur d'attribuer cette offensive commercial. C'est une erreur d'attribuer cette offensive commerciale, marquée par une rafale de sanctions, de blocus et de droits de douane, exclusivement au représentant des républicains.
L’hyper-impérialisme bipartite des États-Unis
Le Gouvernement de Joe Biden, non seulement a maintenu les droits de douane de Trump sur les produits chinois mais a aussi mis en place des droits de douane supplémentaires, y compris sur les véhicules électriques, les panneaux solaires et les turbines éoliennes, ce qui augmente le coût de la transition énergétique des États-Unis.
Il a aussi intensifié les restrictions d'accès aux produits de technologie comme les puces et les machines de lithographie avec sa politique de « haute grille, petite arrière-cour. »
Lors du second mandat de Trump, il y a également eu un durcissement du régime de sanctions contre Cuba et le Venezuela, que le Gouvernement démocrate avait maintenu.
Ces mesures, par conséquent, ne peuvent être comprises comme « ponctuelles » ou comme le travail de la « folie » de Trump mais bien plus comme nécessaire dans une période dans laquelle le pouvoir mondial des États-Unis est défié.
Ce qui, jusqu'à présent était un système de tarifs bilatéraux et d’évaluation de bluff comme dans un jeu de poker est devenu un paquet global d'application de droits de douane incluant particulièrement ceux dirigés vers les partenaires politiques et économiques traditionnels de Washington comme le Canada, le Mexique, l'Union européenne et l’Inde.
Le départ des États-Unis, de l’ Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et l'annonce du paquet de droits de douane ont pour justification déclarée d'enterrer le « système généralisé de préférences » –un accord autorisé par l’OMC mais régulé de façon autonome par les pays qui garantit des exemptions de droits de douane pour les exportations des pays pauvres et périphériques vers des pays développés.
C'est pour cela que Donald Trump n’a pas seulement parlé de « liberté » mais a introduit la notion de « réciprocité » dans son discours, en cherchant à corriger ce mécanisme, initialement conçu pour fournir un certain bénéfice aux pays sous-développés. Cela explique les droits de douane de 80 % imposés à certains pays africains qui apportent une contribution insignifiante au panier du commerce de Washington.
Dans la pratique, ce mécanisme est devenu traditionnellement un obstacle pour les pays en développement, puisque ces exemption s'appliquent, généralement, uniquement aux produits primaires et de faible valeur ajoutée, ce qui fait obstacle aux processus d'industrialisation. Mais même ce bénéfice limité n'a pas été sauvé par la Maison-Blanche.
Au niveau national, l'annonce de l’augmentation des droits de douane commerciaux a le soutien explicite, d’une partie de la bourgeoisie des États-Unis, des entreprises non transnationales qui pourraient conquérir une partie du marché interne en fournissant des biens importés précédemment.
D'autre part, les grands techniciens, une partie importante de la bourgeoisie qui soutient pleinement Trump, ont intérêt à améliorer leur position dans la compétition technologique féroce avec la Chine, en particulier, à travers des sanctions et des restrictions dans le secteur de la haute technologie.
Le secteur « endommagé », les grandes multinationales, auraient une compensation avec une mesure importante annoncée le même jour : une réduction substantielle des impôts internes. En ce sens, Trump adhère à une espèce de néo-mercantilisme moderne typique du XIXe siècle dans lequel le déficit commercial est couvert par les droits de douane d’importation.
En réalité, il se comporte comme un Robin des Bois à l'envers: les pauvres et la classe moyenne payent la facture pour l'augmentation des prix intérieurs alors que les grandes entreprises en profitent en payant moins d’impôts.
Les deux piliers de l'économie des États-Unis
C'est annonce représente un coup pour les deux piliers principaux du récent. Succès de l'économie des États-Unis. Le premier est le système multilatéral de commerce, le second, la mondialisation.
Le premier, érigé sous la direction des Etasuniens après la Seconde Guerre Mondiale avec l'établissement de l’Accord Général sur les Droits de Douane et le Commerce (GATT) et la libéralisation du commerce, a aplani le terrain, précisément pour la naissance de l’OMC.
Ce système a été extrêmement bénéfique pour les États-Unis pendant presque 70 ans, jusqu'à la crise économique internationale de 2008. Le second pilier est la mondialisation qui, curieusement, a débuté avec l'action unilatérale des États-Unis réduisant les droits de douane commerciaux et obligeant les autres pays à avancer dans la même direction.
Les États-Unis étaient déjà passés par une période pendant laquelle leur pouvoir impérial avaient été menacé dans les années 70. À ce moment-là, leur autorité impériale avait été défiée sur trois fronts: économique avec la supériorité de l'industrie lourde japonaise et allemande et de l'industrie automobile sur l'industrie des États-Unis, militaire avec la défaite dans la guerre du Vietnam et monétaire avec la coordination internationale de plusieurs pays développés pour remplacer le dollar comme monnaie de réserve avec un panel de différentes monnaies nationales.
La tentative pour remplacer le dollar, à son tour, était une réaction à l'abandon de l'étalon or par la Banque Central des États-Unis, en 1971. Par cette mesure, Nixon avait résolu le problème du déficit fiscal croissant des États-Unis (surchargé par les dépenses au Vietnam) et en même temps, avait assis les bases d'un mécanisme qui continue à être stratégique pour le système financier mondial d’aujourd'hui.
Le dollar fiduciaire oblige les pays à recycler leurs dollars en achetant des valeurs de la dette des États-Unis et en finançant le déficit fiscal croissant de Washington, en plus de rendre le crédit moins cher pour les consommateurs étasuniens.
Le monde a commencé littéralement à financer le Gouvernement et les citoyens des États-Unis, ce que l’économiste Michael Hudson appelle « super-impérialisme. »
En 1979, des doutes sont apparus sur le dollar après la fin de sa parité avec l'or et les dévaluations postérieures. Ainsi, comme maintenant, l'impérialisme des États-Unis, quand il est menacé, n'agit pas pour se défendre, mais bien plus pour attaquer.
La réponse à ces événements, dans les années 70 fut, d'une part, l'augmentation substantielle de son taux d'intérêt de base qui, entre 1979 et 1980, a augmenté de 11 % jusqu'à atteindre 20,5 %.
L'augmentation des taux d'intérêt étasuniens pendant cette période, ont attiré un énorme flux d'argent dans le pays à la recherche de bons du trésor, à cause de leur rendement, encerclant économiquement leurs alliés en réaffirmant l'hégémonie du dollar et en provoquant une profonde récession dans les pays du Tiers Monde: la « crise de la dette » historique.
Pour sa part, le président des États-Unis, Ronald Reagan, a engagé un processus de dérégulation du système financier qui non seulement a renforcé la manœuvre de Nixon, mais s'est étendu au monde entier sous la forme que maintenant, nous connaissons comme la « financiarisation » de l'économie sous l'hégémonie du dollar.
Dans le cas du Japon, les États-Unis ont imposé les accords de Plaza selon lesquels ce pays, occupé par des dizaines de milliers de soldats étasuniens depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, a dû accepter une forte valorisation de sa monnaie, le yen, ce qui a détruit la compétitivité de ses exportations, le principal moteur de sa croissance économique.
Dans le domaine militaire, le Gouvernement Reagan a augmenté les dépenses dans l'industrie de l’armement (en grande partie financées par la nouvelle dynamique financière mondiale) et accéléré la course à l’armement contre l'Union soviétique, étouffant fiscalement son adversaire qui a dépensé plus qu'il ne pouvait et contribuant ainsi à précipiter la crise qui aboutir à l'effondrement soviétique en 1991.
En bref, l’offensive de Washington a atteint ses objectifs et les États-Unis ont assuré leur statut impérial sur la planète. À partir de 1991, ils n'avaient plus de rivaux et affirmaient leur pouvoir unipolaire comme jamais auparavant dans l’histoire.
Maintenant, nous affrontons une nouvelle période de crise et nous remettons en question l'hégémonie des États-Unis. Cette fois, à la différence de l'affrontement précédant avec les Soviétiques, un seul pays assume simultanément le rôle de rival économique et politique : la Chine. Depuis 2014, ce pays surpasse les États-Unis en PIB en terme de parité de pouvoir d'achat, et maintenant il est en tête dans plusieurs fronts technologiques.
En janvier 2025, le secrétaire d'État des États-Unis Marco Rubio a dit que la Chine était la plus grosse « menace » dans toute l’histoire de son pays, surpassant l'Union soviétique. À titre de comparaison dans son pic économique, en 1975, le PIB soviétique en terme de parité de pouvoir d’achat (PPC) avait atteint 58 % de celui des États-Unis. En 2024, le PIB de la Chine est équivalent à 133 % du PIB des États-Unis.
Dans le domaine militaire, les États-Unis ont aussi été témoins de l'apparition d'adversaires, à savoir la Russie, qui aujourd'hui possède la technologie de l'armement la plus avancée du monde comme les missiles hypersoniques Oreshnik qu’aucun système de défense sur la planète n'est capable d'arrêter et la Chine qui a annoncé de nombreuses innovations dans l’armement.
Au-delà de la Chine, il semble y avoir une autre menace à l'horizon pour la Maison-Blanche : les BRICS. Par conséquent, Trump a à l'horizon un défi plus important que celui qu’avaient Nixon et Reagan.
Trump est-il en train de forger l'unité dont manquaient les BRICS ?
En attaquant plusieurs pays en même temps, les menaces répétées de Trump contre les BRICS, depuis sa campagne électorale jusqu'à celles préférées le premier jour du Sommet du Groupe de Rio en juillet, montrent que Washington reconnaît le potentiel de défi que le bloc possède face à l'affaiblissement de l'hégémonie des États-Unis.
Avec l'augmentation de l'utilisation des sanctions contre d’innombrables pays, ces dernières années, l'escalade de l'utilisation comme arme politique aussi bien du dollar que de la Société pour les Télécommunications Financières, Interbancaires Mondiales dans la Société Anglaise Pour Les Taux Télécommunications, Financières, Interbancaires Mondiale ou, simplement, du Swift, qui sert à permettre des transactions économiques internationales.
A cela s'ajoute le vol des réserves et des actifs des pays qui défient Washington (Russie, Venezuela, Afghanistan, etc…).
Malgré cela, l'avancée militaire de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) en Ukraine et le soutien de la Maison Blanche au génocide des Palestiniens à Gaza ont renforcé, dans un nombre croissant de pays du Sud, l'idée que les États-Unis ne sont plus un partenaire fiable, ni même souhaitable, et qu'il faut construire des alternatives.
Ce n'est pas un hasard si pendant ces deux dernières années, plus de 30 pays ont sollicité l'adhésion au BRICS. Deux rondes d'expansion ont eu lieu : en 2023 et en 2024 et le nombre de membres est passé de 5 à 10 pays (l'Arabie Saoudite, invitée en 2023, n'a pas encore pris de décision) et une nouvelle catégorie comprenant dit « pays associés » a été créée.
Mais malgré l'important pas de l'expansion et certaines avancées dans la Nouvelle Banque de Développement (la « Banque des BRICS), depuis que Dilma Rousseff en est devenue présidente, en mars 2023, les BRICS ont encore eu des difficultés pour mener à bien des projets concrets de coopération politique, diplomatique et économique, en particulier dans la sphère financière et monétaire –ce qu'on appelle la « dédollarisation »– pour créer des alternatives à l'hégémonie du dollar dans l'économie mondiale.
Du point de vue technique, ce système n'est pas difficile à mettre en place. La Chine, la Russie et l'Indonésie ont déjà leurs propres systèmes internationaux qui pourraient servir de base pour une éventuelle intégration dans tout le groupe.
Le problème est politique cerla Maison-Blanche ne verra pas cela d'un bon œil et que certains membres des BRICS semblent, jusqu'à présent, craindre sa réaction. Des membres comme la Russie et l'Iran, ainsi que l'associé Cuba en bénéficieraient immédiatement, puisqu'ils sont actuellement exclus du Swift par les États-Unis.
Le commerce en monnaies locales a avancé significativement dans certains cas comme entre la Russie et la Chine (avec presque 100 % déjà liquidé dans leur propre monnaie) et entre la Russie et l’Inde (environ 90 % dans les monnaies des deux pays). La Chine et l'Indonésie annoncent qu'elles vont commencer le commerce bilatéral dans leurs propres monnaies et l'Inde, maintenant, cible de la Maison-Blanche, a déclaré son intérêt dans l'internationalisation de la roupie. Face aux attaques de Washington contre certains membres des BRICS, les possibilités d'un accord sur le nouveau système augmentent.
B. Accord sur les Contingents de Réserve (CRA) : Ce fonds, établi en 2014 (avec la Nouvelle Banque de Développement) et conçu comme une alternative au FM, en cas de pénurie de liquidités de réserve internationale pour un pays des BRICS possède 100 000000 000 de dollars dans un groupe virtuel des réserves respectives des cinq pays fondateurs divisé ainsi : 41 % pour la Chine, 18 % pour la Russie, le Brésil et l'Inde et 5 % pour l'Afrique du Sud.
Mais il n'a jamais utilisé puisque les cinq pays fondateurs des BRICS ont des réserves solides et qu'il est très peu probable qu'ils aient besoin de recourir au FMI. Mais l'année dernière, de nouveaux membres, l'Égypte et l'Éthiopie, ont du avoir recours au FMI et signer des accords défavorables à leur économie.
Le cas de l'Éthiopie est très inquiétant car il a signé pour un prêt de 10 400 000 000 (environ 8 % de son PIB, par conséquent relativement pire que celui de l’Argentine) avec les conditions typiques du FMI comme la privatisation des secteurs stratégiques (banque et télécommunications) et la dévaluation de sa monnaie (avec l'imposition de la fin des régimes de devise dans le pays.)
Maintenant, ce pays d'Afrique orientale est entre les mains de Washington. Le fait que les BRICS possèdent un fonds propre alors que deux de ses nouveaux membres doivent sacrifier leurs économies et une grande contradiction.
Un autre défi à affronter est l'absence d'une « unité de contrôle » du ACR pour évaluer et contrôler les prêts conformément à ses statuts. Sans cela, si un pays sollicite un prêt aujourd'hui, seulement 30 % de son montant peut être approuvé exclusivement par les BRICS, les 70 % restants devant être approuvés par le FMI.
En d'autres termes, un fonds créé pour être une alternative FMI aurait encore besoin que le FMI fonctionne. Cette année, des négociations seront engagées pour une révision de l’ACR, ce qui pourrait provoquer l'expansion du fonds pour tous les membres du groupe (et finalement l'Égypte et l'Éthiopie en profiteraient) ainsi que l'incorporation de nouvelles monnaies, également quelque chose d’essentiel.
Si l’ACR est capable de présenter une alternative concrète au FMI qui a été, pendant des décennies, l'instrument occidental d'imposition du néolibéralisme dans les économies du Sud mondial, ce sera une victoire historique pour le groupe et cela prouverait sa capacité à créer des alternatives au système monétaire dominé par Washington.
C. La compagnie de réassurance des BRICS: Les compagnies de réassurance sont les assureurs, c'est-à-dire les entreprises qui garantissent la capacité des assureurs à respecter leurs engagements envers les assurés, tout en maintenant la stabilité du marché.
Mais la majorité des compagnies de réassurance a son siège en Europe et certaines aux États-Unis. Dans la situation géopolitique actuelle, elles sont devenues une espèce de « police, des sanctions » occidentales comme dans le cas du « plafond des prix » de l'OTAN sur le pétrole russe ces dernières années.
Supposons qu'un pays soit prêt à acheter à la Russie à un prix au-dessus du plafond de l’OTAN. Dans ce cas, une assurance correspondant au prix payé ne peut être garantie parce que le réassureur impose aux compagnies d’assurances le « plafond » comme limite.
Par conséquent, la création d'une réserve BRICS fournirait une protection contre les sanctions occidentales. C'est une proposition de la Russie qui a été présentée pendant qu'elle était présidente du groupe en 2024 et les négociations sont en cours.
D. Echange de céréales : Cette autre proposition de la Russie est encore à son état initial mais apporte un énorme potentiel à plusieurs niveaux aux pays du groupe avec la possibilité d’étendre ses bénéfices à plus de pays du Sud Mondial.
Le point de départ de cette proposition est le fait que les 20 pays qui composent le groupe représentent aujourd'hui plus de 60 % de la production mondiale de riz, environ 55 % de la production de soja, 50 % de celle du blé et 46 % de celle du maïs.
Comme l'a dit le président Vladimir Poutine, en lançant cette proposition : « Si, dans les BRICS, nous produisons la majeure partie des céréales de la planète, pourquoi leur prix est-il encore rétabli à la bourse des valeurs de Chicago ? »
Un échange de céréales pourrait garantir une plus grande transparence et une plus grande influence des pays producteurs sur les prix et, par conséquent, combattre les mécanismes de spéculation si habituels sur le marché mondial.
On discute aussi de la création d'une espèce de «stock regulador » des céréales à partir des BRICS. En d'autres termes, si un pays a des problèmes pour fournir certaines céréales, le groupe pourrait garantir cette fourniture. Ce serait une réussite importante pour la souveraineté alimentaire collective des pays du groupe.
Il existe un autre aspect stratégique dans cette proposition qui nous amène de nouveau à la dédollarisation. Ces céréales sont des marchandises. L'un des piliers du dollar est le fait qu'environ 80 à 90 % des produits de base (et cela s'applique aussi à l'énergie et aux minerais) se négocient en monnaie des États-Unis. Cela oblige les pays du monde à chercher constamment des dollars pour importer des produits de base comme les aliments et l’énergie.
Rien n'empêcherait qu'un échange de céréales, des BR ICS, ouvre le marché à d'autres monnaies comme le renminbi de la Chine, le verdadero du Brésil, le rouble de la Russie ou la roupie de l’Inde, réduisant ainsi la quantité de dollars nécessaire dans les réserves internationales de ces pays et les rendant moins susceptibles d'avoir des problèmes de liquidité.
Des accords similaires pourraient se faire dans le secteur de l'énergie puisque les pays BRICS ont environ 50 % des réserves mondiales de pétrole et environ 60 % des réserves de gaz et produisent de l'énergie renouvelable (Chine, Brésil et Inde) et nucléaire (Chine, Russie).
Le fait de procéder des réserves et de produire une grande partie des principaux produits de la planète (énergie, minerais et aliments) donne un énorme potentiel géopolitique aux BRICS qui devront l'exploiter ces prochaines années.
On dit beaucoup que c’est l'esprit de Bandung, la conférence historique qui a eu lieu, il a exactement 70 ans en Indonésie, qui a inspiré les BRICS mais dans la situation des produits de base, le groupe peut aussi avoir besoin d'apprendre de « l'esprit de l'OPEP », la fameuse Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole, c'est-à-dire à faire usage de son contrôle sur une grande partie du marché des produits stratégiques mondiaux pour gagner une plus grande influence sur les prix, de meilleurs revenus et, éventuellement, un outil de dissuasion contre l’Occident.
L'expansion des BRICS a rendu les négociations beaucoup plus complexes et maintenant il est encore plus difficile d'arriver à un consensus. Peut-être est-ce le moment de discuter, le critère du consensus en soi et de considérer la possibilité que les propositions soient mises en place par un groupe de pays (5 ou 6 par exemple) et que d'autres puissent adhérer plus tard, en fonction de leur évaluation de l’expérience.
Comme nous avons pu le voir, il y a une énorme potentiel dans la coopération entre les pays BRICS mais il faut commencer à le mettre en place. Si, dans les prochaines années, le groupe ne peut pas montrer de bénéfices concrets aux peuples de ces pays, il court le risque que sa légitimité soit remise en question et de devenir un nouveau G 77.
Le soutien des peuples B.BRI C,S sera également essentiel pour garantir que si un chef d'État récemment lui décide de quitter le groupe (comme l'a fait Javier Milei en Argentine), la population face aux pressions pour que le pays y reste. Mais cela ne sera possible que si la population associe les BRICS avec une amélioration de sa vie.
Les États-Unis se voient menacés dans leur hégémonie mais ils ont encore les moyens d'essayer de renverser ce processus comme à d'autres moments de l'histoire, même grâce à la guerre. D'autres part, leurs opposants dans le Sud Mondial n'ont jamais été plus puissants.
Mais nous ne sommes pas capables de construire une unité politique qui débouche sur des actions pratiques, l'empire sera plus enclin à maintenir sa domination sur la planète avec des bombes, des dollars et le contrôle des données.
Des propositions comme celle dont nous avons parlé précédemment, aiderait à s'appeler hégémonie du dollar et amènerait des bénéfices réels au peuple de nos pays.
Trump serait-il l'étincelle qui manquait pour mettre le feu aux poudres ?
Source en espagnol
http://www.cubadebate.cu/especiales/2025/11/16/como-los-errores-de-trump-estan-creando-una-oportunidad-historica-para-los-brics/
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