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Pensée critique : Effet dominos : le sommet et l'écho de sa suspension

15 Novembre 2025, 12:36pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Rafael Méndez

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar infos

Le Xème sommet des Amériques qui devait avoir lieu en République Dominicaine, d'un phare de dialogue continental, est devenu l'épicentre d'une bruyante défaite diplomatique. Officiellement reportée jusqu'en 2026 à cause de « profond de divergence », cette abdication est le premier et fort « effet dominos » d'une politique d'exclusion imposée.

Le rejet de pays importants comme le Mexique et la Colombie a forcé la main du bloc régional et a dit « non » à l'ordre du jour pré établi perçu comme une tentative d'alignement de hémisphère en montrant le pays hôte comme un simple exécutant d'un ordre du jour, impérial, incapable de soutenir l'organisation de cet événement.

Le destin de cet événement ne s'est pas décidé à Saint-Domingue ou dans une capitale latino-américaine mets dans la ferme position adoptée concernant qui devait s'asseoir à la table. Le principal facteur déterminant qui a scellé l'issue de l'événement a été l'insistance, principalement de la part de Washington, à exclure les gouvernements de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela. 

Cette position a ravivé une division historique dans l'hémisphère : celle qui oppose la diplomatie basée sur l'inclusion, soutenue par le bloc progressiste, et la politique de sanctions et de vétos mise en place par la Maison-Blanche et ses alliés, ce qui fut une erreur de calcul monumentale dans la situation actuelle de la région.

L’ « écho de la suspension » résonne comme une leçon inéluctable : la souveraineté en politique étrangère est l'actif le plus important de toute nation. La suspension, stimulée par l'action collective du Sud Mondial, marque un précédent historique qui indique la fin des impositions unilatérales. Le multilatéralisme des Amériques ne peut avancer que sous le principe inaliénable de l'inclusion totale, ce qui montre clairement que l'exclusion scelle, inévitablement, le destin du sommet en le transformant en conclave biaisé.

Réaffirmation de la souveraineté régionale

La dynamique de l'échec a été simple : en mettant le véto à trois pays, on mettait un véto de fait à la légitimité de la rencontre pour représenter la totalité du continent. L'objectif déclaré du sommet, qui était d'aborder les défis communs dans le domaine de la sécurité et du développement, a été immédiatement éclipsé par un débat idéologique sur la souveraineté des Etats qui a transformé l'événement avant qu'il ne commence en forum idéologique partial, rendant imminent l'effondrement de l'assistance de haut niveau.

Dans la création de cette débâcle diplomatique, le rôle de la République Dominicaine en tant qu’hôte a été l'objet de fortes critiques dans la région. La décision de la suspension, communiquée de façon concise et sans autre justification que les « divergences », a renforcé le récit disant que le pays a agi comme un véritable porte-parole ou exécutant d'un ordre du jour pré-établi en compromettant son rôle de médiateur neutre en cédant aux pressions de la diplomatie des États-Unis pour que l’exclusion soit maintenue.

Par conséquent, la suspension n'a pas été présentée comme une décision souveraine pour réévaluer la logistique mais comme la reconnaissance forcée du fait qu'on ne pouvait garantir une assistance de poids sans rompre avec la ligne de Washington. L’impact a été que la République Dominicaine, non seulement a perdu l'occasion d'un grande vitrine diplomatique, mais que son image dans la région est à présent liée à l'abdication face aux pressions. Le gouvernement dominicain s'est limité à informer de la suspension au lieu de diriger un processus de négociation, destiné à sauver le consensus.

Si la politique d'exclusion a été le facteur déterminant qui a condamné cet événement, c'est le « veto du sud », dirigé par les décisions du Mexique et de la Colombie, qui a activé et complété l'effet dominos craint qui a forcé à suspendre ce sommet. La position de la présidente Claudia Sheinbaum du Mexique a été claire et ferme en s'ajoutant à celle du président de la Colombie, Gustavo Pétro, dont la diplomatie a plaidé constamment pour un rapprochement multilatéral sans exclusions idéologiques.

Le poids combiné de ces deux nations était insurmontable. Le Mexique et la Colombie, non seulement représentent deux des économies les plus importantes d'Amérique latine, mais leur dirigeant jouissent d'une influence morale et politique importante. Leur refus d'assister à ce sommet à moins qu'on ne garantisse la participation de tous les Etats a mis l'axe États-Unis–République Dominicaine dans une opposition insoutenable, car son absence signifiait la perte de légitimité totale de cet événement et forçait obligatoirement à le suspendre.

Face à l'annonce imminente que d'autres dirigeants progressistes comme celui du Brésil suivraient la même voie, les organisateurs du sommet ont compris que la seule option était de le repousser. La décision de le suspendre, par conséquent, ne fut pas un acte de réactivité, mais une réaction forcée à la cohésion du bloc régional qui a dit « non » à l'ordre du jour imposé. L'effet dominos fut celui-ci : exclusion, rejet du Mexique et de la Colombie, perte de légitimité et enfin, suspension obligatoire du sommet.

Détérioration diplomatique

L'annonce officielle de la suspension a provoqué un « écho dans la communication » qui, loin de calmer la tempête, a amplifié la défaite. Les médias et les analyses se sont divisés en deux grands fronts, confirmant la polarisation que le sommet prétendait, sans succès, surmonter. Cela a mis en évidence l'incapacité de la diplomatie étasunienne et dominicaine à gérer le désaccord de la région de façon constructive.

L'axe États-Unis–République Dominicaine, et ses alliés ont brandi le récit disant que cette suspension était la preuve irréfutable de l'intransigeance des Gouvernements soumis au veto, cherchant  à justifier la politique d’exclusion.

Cette position était centrée sur le fait de présenter l'annulation du sommet non comme un échec diplomatique mais comme une conséquence directe de la « toxicité » des régimes de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela en soulignant l'impossibilité d'un dialogue fructueux sans alignement idéologique.

Pour sa part, le Bloc Progressiste Régional a célébré ce désaccord comme une grande victoire de la souveraineté et du multilatéralisme inclusif. La thèse qui a prévalue dans ce front était que la région ne tolérer plus la tutelle de Washington ni l'imposition d’idéologies. Les Gouvernements du Mexique et de la Colombie ont confirmé que le dialogue continental doit être sans exclusion et la suspension a validé leur position ferme face à l'ordre du jour de division de l'hémisphère mis en place depuis le Nord.

Les analystes indépendants et la presse critique ont considéré cette suspension comme un échec retentissant de la diplomatie dominicaine et un précédent négatif pour de futurs rendez-vous. Les critiques ont noté l'incapacité du pays hôte à trouver une solution et le fait que les États-Unis sous-estiment l'autonomie, politique croissante des nouveaux dirigeants latino-américains en soulignant que le vide laissé par ce sommet sera rempli par des forums comme la CELAC dans lesquels Washington n'a ni voix ni vote ni droit de véto.

Déclin de l'influence dans l’hémisphère

La suspension forcée du Xème sommet des Amériques est beaucoup plus qu'un contretemps logistique, c'est un diagnostic clair du déclin de l'influence des États-Unis sur le continent. C'est, en outre, un avertissement fort sur le risque qu'il y a à sacrifié l'autonomie diplomatique pour des alignement idéologiques. Le principal « effet dominos » à long terme est la cristallisation d'une défaite politique importante pour l'axe États-Unis–République Dominicaine, qui affaiblira sa position dans la région.

Pour les États-Unis, cette échec montre que sa stratégie pour forcer une division dans l’hémisphère entre « démocraties » et « régimes autoritaires » – rappelant des pratiques de la guerre froide– est insoutenable face a la nouvelle corrélation des forces. Les dirigeants de poids  dans la région ont montré qu'ils sont prêts à donner la priorité à l'intégration et au multilatéralisme inclusif sur les directives de Washington, ce qui érode la crédibilité des États-Unis en tant que coordinateurs de consensus.

 Cette défaite érode la crédibilité des États-Unis en tant que coordinateurs de consensus dans l'hémisphère et laisse un vide qui sera, inévitablement, rempli par des forums alternatifs comme la CELAC.  Cette plate-forme, qui exclut précisément les États-Unis et le Canada, prendra une importance encore plus grande en tant qu'espace légitime pour le dialogue politique et la prise de décisions économiques qui concernent le continent dans sa totalité, sans conditions préalables ni vétos idéologiques.

Pour la République Dominicaine, le coût politique d'avoir été l'exécutant de la politique d'exclusion est élevé et son impact sera durable. Le pays, qui a historiquement essayé d'équilibrer sa proximité avec les États-Unis et son rôle dans la région a fini par perdre l'occasion d'être un bon hôte, et, pire encore, est à présent perçu comme ayant soumis sa diplomatie à des intérêts étrangers.

Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/11/14/pensamiento-critico-efectos-domino-la-cumbre-y-el-eco-de-la-suspension/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2025/11/pensee-critique-effet-dominos-le-sommet-et-l-echo-de-sa-suspension.html