Amérique latine: Trump gracie un trafiquant de drogue et menace le Venezuela
Par Moon of Alabama,
La politique de Trump en Amérique du Sud devient de plus en plus absurde.
Hier, il a annoncé la grâce de l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, qui purge une peine de 45 ans de prison pour complicité avec des trafiquants de drogue ayant prétendument exporté 400 tonnes de cocaïne vers les États-Unis. Il a également apporté son soutien à Nasry « Tito » Asfura, candidat d’extrême droite, pour l’élection de dimanche au Honduras. Asfura appartient au même parti qu’Hernández.
Il est peu probable que cela produise l’effet escompté par Trump :
La grâce accordée par M. Trump au Honduras a suscité la stupeur, et nombreux sont ceux qui se demandent quel impact elle aura sur les élections de ce week-end.
« Cela va évidemment raviver le même puissant sentiment négatif qui a précédé les élections de 2021 et qui a contraint Juan Orlando à quitter le pouvoir », a déclaré Leonardo Pineda, analyste hondurien. Selon lui, en associant le candidat conservateur, M. Asfura, à M. Hernández, M. Trump risque de compromettre ses chances de victoire.
Un jour, Trump gracie un trafiquant de drogue condamné, et le lendemain, il menace le Venezuela pour un prétendu trafic de drogue, sans aucune preuve à l’appui.
Il y a une semaine, la Federal Aviation Administration (FAA) a publié un NOTAM (Avis aux navigateurs aériens) concernant le Venezuela :
L’alerte fait état d’une « détérioration de la situation sécuritaire et d’une activité militaire accrue au Venezuela et dans ses environs ».
« Les menaces pourraient présenter un risque potentiel pour les aéronefs à toutes les altitudes, y compris en survol, lors des phases d’atterrissage et de décollage, ainsi que pour les aéroports et les aéronefs au sol », précise l’avis de la FAA.
L’avertissement concerne la région d’information de vol de Maiquetía, qui inclut l’espace aérien vénézuélien et certaines parties du sud des Caraïbes, notamment la Colombie, le Guyana, le Brésil et Trinité-et-Tobago.
Le Venezuela a réagi en suspendant les droits d’exploitation des compagnies aériennes qui suivaient cet avertissement.
Aujourd’hui, Trump a proféré une menace explicite contre tous les avions survolant l’espace aérien vénézuélien :
Donald J. Trump @realDonaldTrump – 29 novembre 2025, 12h43 UTC
À toutes les compagnies aériennes, pilotes, trafiquants de drogue et trafiquants d’êtres humains : veuillez considérer que L’ESPACE AÉRIEN AU-DESSUS ET AUTOUR DU VENEZUELA EST TOTALEMENT FERMÉ. Merci de votre attention ! PRÉSIDENT DONALD J. TRUMP
Mais va-t-il passer à l’acte ? Ordonner à l’armée d’abattre des avions de ligne au hasard ?
Auparavant, Trump avait annoncé des opérations terrestres au Venezuela :
Le président Trump a laissé entendre jeudi que les États-Unis prendraient « très prochainement » des mesures terrestres contre les trafiquants de drogue vénézuéliens présumés, après des semaines de frappes répétées dans les eaux caribéennes.
« Ces dernières semaines, vous avez œuvré pour dissuader les trafiquants de drogue vénézuéliens, qui sont nombreux », a déclaré Trump aux militaires lors d’un discours prononcé à l’occasion de Thanksgiving. « Bien sûr, ils sont beaucoup moins nombreux à arriver par la mer. »
« Vous avez probablement remarqué que les trafiquants préfèrent éviter le transport maritime, et nous allons commencer à les arrêter également par voie terrestre », a-t-il poursuivi.
« La voie terrestre est plus facile, mais cela va commencer très prochainement. Nous les avertissons : arrêtez d’envoyer du poison dans notre pays », a ajouté Trump.
Cette menace est vaine. Une opération militaire terrestre au Venezuela n’est pas envisageable.
Toutes les affirmations de Trump concernant le Venezuela, ses prétendus « gangs terroristes » et le trafic de drogue sont totalement infondées.
Il ne s’agit pas du tout de trafic de drogue, mais du vol des immenses réserves pétrolières du Venezuela :
« [Le pétrole] est au cœur du problème », a déclaré le président colombien Gustavo Petro à CNN dans une interview publiée mercredi. « Donc, il s’agit d’une négociation sur le pétrole. Je crois que c’est la logique du président Trump. Il ne pense pas à la démocratisation du Venezuela, et encore moins au narcotrafic », a ajouté le président sud-américain, qui a été sanctionné le mois dernier par l’administration Trump.
Il y a une semaine à peine, Trump a eu une conversation téléphonique (archivée) avec le président vénézuélien Nicolas Maduro, au cours de laquelle il a vraisemblablement tenté de le pousser à la démission :
Les États-Unis ont renforcé leur présence militaire dans les Caraïbes, en direction du Venezuela. Des responsables de l’administration ont déclaré que leur objectif était de dissuader le trafic de drogue, mais ont également clairement indiqué qu’ils souhaitaient voir M. Maduro destitué, possiblement par la force.
Le New York Times a rapporté en octobre que M. Maduro avait proposé aux États-Unis une participation importante dans les champs pétroliers du pays, ainsi qu’une multitude d’autres opportunités pour les entreprises américaines, afin d’apaiser les tensions. Mais M. Maduro a cherché à se maintenir au pouvoir, et les responsables américains ont interrompu ces discussions au début du mois dernier.
L’administration Trump a affirmé à tort (document archivé) que deux organisations criminelles vénézuéliennes, le Tren de Aragua et le Cartel de los Soles, étaient impliquées dans le trafic de drogue et contrôlées par le président Maduro.
Henrique Capriles, figure de l’opposition, ancien gouverneur et candidat à la présidentielle marginalisé ces dernières années, a déclaré dans une interview que si le Tren de Aragua est un gang dangereux, l’idée qu’il soit contrôlé par M. Maduro relève de la « science-fiction ».
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Concernant le Tren de Aragua, des experts du trafic de drogue soulignent qu’il a vu le jour dans une prison de l’État d’Aragua, au Venezuela, et les services de renseignement américains ont diffusé en février des conclusions indiquant que le gang n’était pas contrôlé par le gouvernement vénézuélien. Son chef serait Hector Rusthenford Guerrero Flores, qui s’est évadé de prison.
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[A]ucune preuve n’a été trouvée que le Tren de Aragua soit impliqué dans le trafic transfrontalier de drogue, selon Insight Crime, un groupe de recherche spécialisé dans le crime organisé.
Lorsque le trafic de drogue existait réellement au Venezuela, il était dirigé et contrôlé par la CIA :
Les experts qui analysent le trafic de drogue vénézuélien depuis des décennies affirment que le Cartel de los Soles ne désigne pas une organisation au sens strict, mais plutôt le trafic de drogue au sein des forces armées. Ce phénomène n’est pas propre au Venezuela ; il touche aussi bien les pays démocratiques qu’autoritaires des Amériques.
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L’utilisation du terme « Cartel de los Soles » pour décrire les activités militaires illicites remonte à une époque bien antérieure à l’arrivée au pouvoir de M. Maduro en 2013. Le terme s’est popularisé après un scandale survenu en 1993, lorsque la CIA a collaboré avec l’armée vénézuélienne pour envoyer une tonne de cocaïne aux États-Unis afin d’infiltrer les cartels colombiens.
Toute la politique de Trump en Amérique du Sud ne concerne ni la drogue ni le Venezuela, mais vise à asseoir le contrôle des États-Unis sur l’ensemble du continent grâce à des dirigeants d’extrême droite agissant par procuration.
Pendant ce temps, l’armée américaine continue de frapper au hasard des pêcheurs près du Venezuela (archives) à l’aide de drones et de missiles.
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a donné l’ordre verbal d’éliminer quiconque survivrait à une première frappe (archives).
Plus les avions américains de surveillance suivaient le bateau, plus les analystes du renseignement, postés dans les centres de commandement, étaient convaincus que les onze personnes à bord transportaient de la drogue.
Selon deux personnes directement informées de l’opération, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a donné une directive orale : « L’ordre était de tous les tuer », a déclaré l’une d’elles.
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Certains responsables américains, actuels et anciens, ainsi que des experts en droit de la guerre, affirment que la campagne meurtrière du Pentagone – qui a fait plus de 80 victimes à ce jour – est illégale et pourrait exposer les principaux responsables à des poursuites judiciaires.
Hegseth avait passé outre l’avis du plus haut gradé du service juridique militaire du Commandement Sud des États-Unis, qui avait qualifié les frappes d’illégales :
Le conseiller juridique du Commandement Sud avait notamment exprimé son inquiétude quant au fait que les frappes contre des personnes à bord de bateaux dans la mer des Caraïbes et l’océan Pacifique oriental, que les responsables de l’administration qualifient de « narcoterroristes », pourraient constituer des exécutions extrajudiciaires, selon six sources, et donc exposer juridiquement les militaires impliqués dans les opérations.
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D’autres signes de désaccord au sein de l’administration concernant ces frappes sont apparus. Le commandant du Commandement Sud, l’amiral Alvin Holsey, prévoit de démissionner après moins d’un an à un poste qui dure généralement environ trois ans.
Holsey a annoncé en octobre qu’il quitterait ses fonctions le mois prochain.
La présence de onze personnes à bord d’un bateau est d’ailleurs un indice certain qu’il ne s’agissait pas de trafiquants de drogue, mais très probablement de migrants clandestins :
Des responsables actuels et anciens de l’armée américaine et de la DEA ont exprimé des doutes quant à la complicité des onze personnes à bord du premier bateau dans un trafic. Le bateau en question, un hors-bord à quatre moteurs, est courant dans la région et serait généralement manœuvré par un petit équipage : un mécanicien, un ou deux pilotes et une personne chargée de la sécurité, a indiqué un responsable de la DEA.
Plus il y a de personnes à bord, moins il y a de place pour la vente de drogue, a expliqué ce responsable.
Je doute encore fortement que Trump ordonne des frappes militaires contre le Venezuela. Il y a de fortes chances qu’une telle opération s’enlise. Cela réduirait à néant les chances de succès de toute autre politique qu’il pourrait souhaiter.
Par Moon of Alabama
Traduit par Brahim Madaci
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