Pensée critique : Qui craint la force de la culture cubaine ?
Par Fernando Buen Abad
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Qui comprend la culture comme un domaine de bataille stratégique dans la lutte pour l'émancipation des peuples sait que la force de la culture cubaine ne réside pas uniquement dans la richesse artistique, la littérature ou le cinéma, mais dans la capacité d'un peuple à transformer sa conscience, à remettre en question des sens hégémoniques et à soutenir un projet historique qui coordonne souveraineté, politique, justice sociale et pensée critique.
C'est-à-dire ce qui est réellement nouveau pour l'espèce humaine. Dans notre perspective sémiotique et critique, la culture est un instrument matériel de la lutte des classes, un terrain sur lequel se jouent l'hégémonie et la contre-hégémonie, sur lequel se renforcent ou s’affaiblissent les processus d’émancipation. La culture cubaine, produit de son histoire, son côté révolutionnaire, sa créativité populaire, représente un obstacle pour les intérêts mondiaux qui cherchent à homogénéiser la pensée, à transformer la vie sociale en marchandise et à soumettre les identités nationales aux dictas du capital.
Celui qui craint la force de la culture cubaine ne craint pas seulement la musique, la littérature ou le cinéma, mais le potentiel d'un peuple qui se reconnaît en tant qu'acteur conscient de son histoire, qui sait que l'éducation, l'art et la mémoire sont des armes stratégiques pour remettre en cause la réalité et changer la vie.
Cette force de la culture de Cuba se construit à l'intersection de sa révolution historique et de son projet humaniste, entre créativité et discipline intellectuelle. Ce n'est ni un musée ni un spectacle, c'est un processus vivant qui se nourrit de l'expérience concrète de la population, de ses victoires et de ses défaites et de sa capacité à soutenir la révolution contre les pressions idéologiques extérieures et les blocus économiques. La culture n'est pas un reflet passif des conditions matérielles mais une partie active de la transformation sociale, capable de modifier les perceptions, d'organiser la conscience et de faire bouger les subjectivités vers l’action.
Depuis la musique populaire cubaine, depuis la rumba et le son jusqu'au jazz afro-cubain et à la Trova, sa culture ne fait pas qu'entretenir, elle coordonne particulièrement histoire révolutionnaire, mémoire et morale de lutte. Chaque lettre, chacun improvisation est un enregistrement vivant de la lutte et un canal de transmission dialectique des valeurs collectives. L'œuvre de troubadours comme Silvio Rodríguez, Noel Nicola ou Pablo Milanés est un exemple de la façon dont l'art peut être un véhicule de critique sociale et pédagogique en formant la conscience pendant qu'il construit la beauté.
Le cinéma cubain, des documentaires de l’ICAIC aux films de fiction contemporains, a montré les complexités de la vie nationale sans hésiter devant les stéréotypes extérieurs, en abordant des sujets comme les inégalités, la mémoire historique, la révolution et la vie quotidienne de la population, en créant un récit qui défie le récit hégémonique mondial.
La littérature, de Nicolás Guillén à Leonardo Padura, a coordonné poésie, roman et essais en tant qu'instruments de critique sociale et de formation de la conscience tandis que le théâtre communautaire et la danse afro-cubaine gardent les traditions populaires vivantes, tout en générant des expériences esthétiques à sens émancipateur. Une seule révolution avec les voix de la culture diverse.
La crainte de la force de la culture cubaine naît de la reconnaissance du fait que la culture peut être un instrument d'émancipation, un axe qui organise la vie sociale et renforce l'autodétermination. L'éducation cubaine, de l’ alphabétisation de masse à la formation universitaire, a produit des sujets capables de penser de façon critique, de remettre en question l'ordre établi et de transformer la réalité sociale.
Cela provoque la peur de ceux qui cherchent à réduire les peuples à des consommateurs passifs d'information et de culture transformées en marchandise. La force de la culture de Cuba démontre qu'un autre monde est possible, que la dépendance et l'aliénation ne sont pas inévitables et que la conscience critique peut se coordonner avec la pratique transformatrice. La culture cubaine se transforme ainsi en contre-hégémonie concrète. Une démonstration palpable du fait que l'éducation, l'art et la mémoire peuvent organiser la résistance et soutenir un projet émancipateur contre le pouvoir mondial. Qui ne la connaît pas a perdu un énorme filon du projet civilisateur le plus jeune de notre temps.
Cette force résiste aussi dans sa capacité de résister et de se réinventer de façon révolutionnaire. Elle n’est ni rigide, ni dogmatique, c'est un processus qui assume l'histoire et ses contradictions, reconnaît les erreurs et apprend de l'expérience en incorporant des savoirs locaux et internationaux de manière critique. Les projets culturels communautaires et les programmes éducatifs intégraux permettent la participation active de la population à la production de connaissances en créant des sujets conscients de leur pouvoir transformateur. La musique, le cinéma, le théâtre et la littérature ne représentent pas seulement une esthétique, ce sont des outils pédagogiques et politiques qui remettent en question les sens, renforcent la cohésion sociale et la mémoire historique.
Celui qui a peur de la force de la culture cubaine craint l'émancipation des peuples, l'autonomie de la conscience et la puissance d'une culture qui prouve que créer, résister et transformer sont inséparables. L’hégémonie culturelle révolutionnaire, se conquiert non seulement par la force ou par l'économie, mais par la capacité de produire des signifiés, des symboles et des pratiques qui orientent la vie sociale vers la libération. En ce sens, Cuba a construit un espace symbolique propre qui défie les récits hégémoniques et provoque la peur de ceux qui souhaitent un monde uniforme dans lequel la culture serait une marchandise et non un outil de conscience.
Cette peur bourgeoise face à la culture cubaine s’amplifie face à la capacité de son peuple à lier éducation, art et politique de manière intégrale. Les programmes d'alphabétisation de masse, les projets culturels communautaires et la systématisation de l'éducation artistique permettent à la population de participer activement à la production de connaissances et de sens. Cela défie la logique mercantile et élitiste de la culture mondialisée et démontre que l'émancipation n'est pas une utopie mais une pratique historique et consciente.
La force de la culture cubaine est ce sens, un instrument de souveraineté symbolique qui soutient la résistance face au blocus économique, aux pressions médiatiques et à l'intervention étrangère et qui projette un modèle de développement humain intégral qui va au-delà de la consommation et de l'homogénéisation culturelle.
Une telle force n'est ni une exhibition ni une nostalgie, c'est un exercice stratégique d’émancipation, une praxis de la conscience, la créativité et la solidarité qui se constituent en outils de révolution permanente. Comprendre que cette force défie les intérêts étrangers, éduque et renforce la vie collective de l'intérieur en démontrant que la culture révolutionnaire est un pilier inévitable de tout projet de libération sociale.
Craignent Cuba ceux qui craignent que les peuples se reconnaissent en tant que sujets de leur histoire, capable de créer, de transformer et de soutenir un projet émancipateur qui coordonne justice sociale, souveraineté et conscience critique. La force de la culture cubaine est ainsi une preuve vivante que l'émancipation est pratique, pas une illusion, et que c'est un phare pour tous les peuples qui cherchent à construire un monde plus juste, plus conscient et plus libre.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/12/11/pensamiento-critico-quien-le-teme-a-la-fortaleza-cultural-cubana/
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