Peuples originaires: Leonard Peltier parle des droits des indigènes, de son demi-siècle de prison et de son retour chez lui
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Leonard Peltier, un indigène prisonnier politique de longue date qui a passé presque 50 ans derrière les barreaux pour sa participation au Mouvement Indien Américain.
En septembre, la présentatrice de Democracy Now, Amy Goodman, c'est assise avec Leonard Peltier, prisonnier politique et activiste indigène de longue date, pour sa première longue interview pour la télévision et la radio depuis sa libération pour la prison à domicile en février. Avant que ça peine tes commuée par l'ancien président, Joe Biden, Peltier, 81 ans, à passer presque 50 ans derrière les barreaux. Il a toujours clamé son innocence pour l'assassinat de deux officiers du FBI en 1975. On s'attend à ce qu'il purge le reste de sa peine de prison à perpétuité à domicile dans la Bande Turtle Mountain de la Nation Chippewa à Belcourt, Dakota du Nord. Dans une longue conversation, nous parlons de son affaire, du temps qu'il a passé en prison, de son enfance dans un internat pour indigènes étasuniens, de sa participation au Mouvement Indien Américain (AIM) et de bien d'autres choses.
« Nous devons toujours vivre avec cette crainte de perdre notre identité, notre culture, notre religion, » dit Peltier sur son engagement de toujours envers les droits indigènes. « Pour moi, la lutte continue. Je ne me rendrai pas. »
Transcription.
Cette transcription est une transcription dans l'urgence. Il est possible que la copie ne soit pas dans sa version définitive.
AMY GOODMAN : Dans cette émission spéciale, nous passons une heure avec le activiste indigène vétéran Leonard Peltier. En février, il a été libéré d'une prison fédérale de Floride, après avoir passé presque un demi-siècle derrière les barreaux pour un défi qui affirme ne pas avoir commis. Le président Biden, lors du dernier jour de sa résidence, a commué sa condamnation à perpétuité en prison à domicile. La décision de Biden a été prise après les appels croissants de dirigeants tribaux et de sympathisants du monde entier dans une campagne communautaire pour sa libération qui a duré des décennies.
Dans les années 70, Peltier a participé au Mouvement Indigène Américain (AIM). En 1975,2 agents du FBI, unissent de AIM sont morts dans un tire dans un feu dans la réserve Pine Ridge du Dakota du Sud. Deux. Membres d'AIM ont été arrêtés ensuite pour avoir tué des agents. Lors du procès, les jurés les ont acquittés. Leonard Peltier a été arrêté par la suite, juger séparément et condamné. Il a toujours clamé son innocence.
Parmi les partisans connus de Leonard Peltier se trouvent le président sud-africain Nelson Mandela, le pape François et Amnesty international. Ceux qui le soutiennent affirmant que son procès a été marqué par de graves fautes du procureur fédéral et du FBI, dont la coercition de témoins, la falsification de témoignages de la suppression de preuves disculpantes.
Après avoir été libéré en février, Leonard Peltier est rentré chez lui dans la réserve de la Bande Turtle Mountain de la Nation Chippewa à Belcourt, Dakota du Nord. Le 12 septembre, il a célébré son 81e anniversaire. Les gens se sont réunis toute la journée, lui ont rendu visite et l'ont appelé du monde entier pour le féliciter. Cette nuit-là et le lendemain, nous avons parlé avec Leonard Peltier dans son salon pour sa première longue interview pour la radio et la télévision depuis qu'il est sorti de prison.
AMY GOODMAN : Bonjour. Je suis Amy Goodman présentatrice de Democracy Now!, dans la maison de Leonard Peltier, récemment libéré de prison après 49 ans.
LEONARD PELTIER : Plus deux mois.
AMY GOODMAN : Plus deux mois.
LEONARD PELTIER : Oui.
AMY GOODMAN : J'ai souvent parlé avec toi, Leonard, en prison, dans différentes prisons, dont plusieurs de très haut sécurité. Il est réellement ahurissant d'être ici avec toi en personne. Parle-nous de l'endroit où nous sommes. Où sommes-nous assis : ?
LEONARD PELTIER : nous sommes chez moi, la maison qui m'a été cédée par mes sympathisants. Ce n'est pas la tribu qui me l'a donnée et le Gouvernement n'a rien eu à y voir. Biden m'a libéré en commuant ma peine en prison à domicile. En réalité, ils m'ont sorti d'une cellule et m'ont mis dans une autre prison. Mais celle-ci est mon foyer, maintenant. Celle-ci est mon foyer. Et c'est beaucoup mieux.
AMY GOODMAN : Attends, que veux-tu dire quand tu dis qu'ils t'ont sorti d'une cellule de prison après plus de 49 ans, et tu dis que tu n'es pas complètement libre ?
LEONARD PELTIER : Non, non, j'ai des restrictions très strictes. Même pour aller chercher le courrier, je dois appeler mon… J'appelle mon contact. Je dois l'appeler pour aller chercher mon courrier. Ensuite, en revenant, je dois l'appeler et dire que je suis revenu. Ou si je dois faire quoi que ce soit, aller faire des courses ou autre, je dois le faire. Si je dois parcourir cent miles au-delà de la nation — je n'appelle pas mon lieu une « réserve » ; nous sommes des nations de personnes — je dois obtenir un laissez-passer, généralement de Washington, D.C., pour me rendre à des cérémonies médicales ou religieuses dans différentes nations, des nations indigènes.
AMY GOODMAN : Revenons au moment où tu étais dans la cellule de Colman, Floride, et où tu as appris que le président Biden avait commué ta peine. Ça a été seulement quelques heures avant de quitter son poste ? Peux-tu nous raconter ce processus? Comment a-t-il été mené à bien ?
LEONARD PELTIER : bon, tout au long des années, alors que je demandais des grâces et d'autres choses, Rodrigo a été le premier à promettre de me laisser sortir. Quelqu'un à Washington l'a empêché. Il n'y a qu'une organisation qui pouvait l'en empêcher et elle n'avait pas le pouvoir de le faire, mais même si, d'une certaine manière, elle avait assez de pouvoir pour annuler un président des États-Unis, notre Congrès. C'est le FBI. Reagan avait promis de me laisser sortir. Et le FBI est intervenu, il l’en a empêché. Et Bill Clinton et Obama et, enfin, nous arrivons à Biden.
Et Biden a subi des pressions du monde entier. Presque toutes les nations tribale des États-Unis ont demandé ma libération, l'ont exigée. Les Nations unies élaborer un rapport complet sur mon affaire et ont exigé ma libération immédiate et comme paix, entre guillemets. Des antennes de congressiste, des sénateurs et des millions de personnes…
AMY GOODMAN : Et le pape.
LEONARD PELTIER : Et le pape, deux papes, le pape précédent et la pape actuel. Et des dirigeants mondiaux, beaucoup de dirigeants mondiaux, ont exigé ma libération.
AMY GOODMAN : Le prix Nobel de la Paix, un évêque… l’archevêque Desmond Tutu?
LEONARD PELTIER : Oui. J’ai même été nominé, quatre fois, pour mon travail en prison, au prix Nobel. Et le comité l’avait accepté mais à nouveau, quelqu’un est intervenu. Et je l’ai perdu 4 fois.
Je pense que quelqu'un faisait pression sur Biden pour qu'il arrête toute possibilité de signer une grâce. C'est pourquoi il ne l'a signée qu'au dernier moment. En effet, un jour et demi avant qu'il la signe, quand il avait déjà terminé son mandat, il avait simplement pris la position de : « Non, on ne va pas le faire. » Je suis resté dans ma cellule, allongé, et j'ai pensé : « Bon, je suppose que je vais mourir ici, et c'est le seul sacrifice que je peux faire et je dois l'accepter. Je n'ai pas d'autre solution. »
Et pendant que je gisais là, en pensant à cela, d'autres personnes se sont approchées et même les gardiens me disaient : « Ne te rends pas, Léonard. Ne te rends pas. » Et d'autres prisonniers, et certains d'entre eux me disaient : « Léonard, tu dois savoir que s'il ne signe pas cela, c'est un suicide politique pour le parti démocrate parce que des millions de personnes vont prendre leur distance s'ils ne le fait pas. »
Et pendant que j'étais là, allongé, pensant : « bon, essayons autre chose. » Alors j'appelai une de mes représentantes qui travaillait étroitement avec le Gouvernement Biden. Nous avions… Nous avions des gens natifs des gens natifs dans son gouvernement qui communiqué avec Biden. Et je lui ai dit : « dites-lui qu’il commue ma peine, et qu'il m'accorde la prison à domicile. » Elle a donc appelé et l'a fait, et c'est ce qu'on m'a accordé. Et c'est ce que je vis actuellement.
AMY GOODMAN : Comment avez-vous appris que vous alliez être libre ?
LEONARD PELTIER : Ouah! Imagine que tu vis dans un cagibi, à peine plus grand que les armoires de certaines personnes pendant toutes ces années, et ensuite, enfin, tu peux sortir de là. C'est-à-dire, c'était simplement… Pour moi, c'était incroyable que ceci soit réellement en train de se passer. Mais, la sensation de ouah! Je peux m'en aller… Je serai chez moi. Je ne vais plus…Je ne vais plus dormir dans cette cellule froide avec une seule couverture, et je ne vais plus devoir sentir l'odeur de ma cellule quand je vais aux toilettes. Je ne vais plus devoir manger des repas froids. Est-ce que c'est vraiment fini pour moi ? Est-ce que ça va vraiment s'arrêter pour moi ? Et c'était de l'incrédulité. Beaucoup d'incrédulité, vraiment.
AMY GOODMAN : et maintenant, nous sommes assis ici, dans ton salon, entouré des peintures que tu as faites en prison.
LEONARD PELTIER : Oui.
AMY GOODMAN : Tu es un art extraordinaire, peut-être es-tu sur le point d'exposer dans une galerie de New York. Tout au long des années, tu as vendu tes œuvres. Parle-nous du fait de peindre en prison et de la façon dont tu es devenu un peintre.
LEONARD PELTIER : Bon, tu verras, beaucoup de gens pensent qu'on nous permettait de peindre dans nos cellules et ce genre de choses. Il n'en était pas ainsi. Ils ne le permettaient pas. Il y avait une salle d'art, une zone de travaux manuels, et l'une d'elles était pour peindre. Donc, il fallait s'inscrire. Beaucoup de gens pensent que la prison te donne tous les matériaux pour l'art, l'artisanat amateur. Ce n'est pas vrai non plus. Nous devons les acheter nous-mêmes. Et je me suis inscrit immédiatement pour l'atelier d'art et de travaux manuels. J'y allais tous les jours et c'était ce que je faisais. Je peignais et je peignais et je peignis jusqu'à pouvoir créer mon propre style, et tout ça, oui.
AMY GOODMAN : Peux-tu voir tes peintures maintenant ?
LEONARD PELTIER : Non. Il y a deux mois, je crois, j'ai perdu 80 % de la vision. Et je suis en train, par chance, de retrouver la vue avec un traitement et de la rééducation.
(pause (…))
AMY GOODMAN : Bon, revenons en arrière dans le temps. Présente-nous, en commençant par ton nom, tes parents, à quel pays ils appartenaient, ta famille et où tu as grandi.
LEONARD PELTIER: Bien. Mon nom en anglais est Leonard Peltier. J'ai eu 81 ans hier. Mon père était chippewa je pense, de cette réserve, de cette nation.
Je continue à dire « réserve » parce qu'on nous a appris dès l'enfance que nous sommes tous des réserves, que nous sommes des indigènes. Et nous ne sommes pas des indigènes et ce n'est pas une réserve. Nous avons fait des traités avec le Gouvernement des États-Unis et la Constitution dit qu’on ne fera des traités qu'avec des nations souveraines. Ainsi, nous sommes des nations souveraines. Nous ne sommes pas des indigènes, comme ils disent.
Et ma mère est de Fort Totten. Mais, je les répète, ce n'est pas le véritable nom. Le véritable nom est Spirit Lake et c'est celui du peuple Lakota/Dakota.
J'ai passé la plus grande partie de ma vie avec mes grands-parents, ce qui est la coutume de mon peuple. Les grands-parents se chargent des enfants et les élèvent. Mais quand mon grand-père est mort, ma grand-mère ne pouvait pas nous garder et je suis allé à l'agence d'ici demander de l'aide. Et, en représailles, on nous a emmenés et on nous a mis dans un internat.
AMY GOODMAN : Quel internat ?
LEONARD PELTIER : Wahpeton, Dakota du Nord, 1953. Je suis resté là jusqu'à… pendant trois ans, en 1956. Et les conditions étaient extrêmement brutales.
AMY GOODMAN : Quel âge avais-tu ?
LEONARD PELTIER : J'avais 9 ans quand j'y suis arrivé. Et…
AMY GOODMAN: Parle-moi du but de ces internats. Est-ce qu'on t'a coupé les cheveux ? Est-ce qu'on t'a interdit de parler ta langue ?
LEONARD PELTIER : Evidemment. Ils ont tout fait… Ils ont fait… C'était le but de ces écoles, de sortir l'indien des Indiens, c'était littéralement l'ordre. On nous emmenait dans des internats. La première chose qu’ils ont faite, c'est de nous raser les cheveux, on nous a tout enlevé et ensuite on nous a mis sous la douche. Nous nous sommes douché et, en sortant de la douche, on nous a pulvérisé du DDT sur tout le corps. Comme vous le savez, c'est du poison.
AMY GOODMAN: Ils t'ont lancé du DDT sur le corps ?
LEONARD PELTIER : Ils nous jetaient du DDT, avec toutes les doses, sur la tête, sur tout le corps. Et ensuite ils nous donnaient des vêtements, du linge de lit et on nous assignait un lit. Et ce fut le début de notre traitement. C'était une école extrêmement stricte et les corrections étaient habituelles pour la plus petite infraction aux règles.
J'étais peut-être un peu impulsif, je ne sais pas. Mais quand je suis arrivé, il y avait un groupe. Il s'appelait Les Résistants. Et ensuite, je les ai rejoint, et je suis devenue un d'entre eux. Alors, on file derrière le gymnase et nous parlions notre langue. Nous chantions des chansons et même nous priions, oui. Et si nous nous faisions prendre, on nous donnait une correction.
AMY GOODMAN: Vous avez écrit dans votre livre « Prison Writings: My Life Is My Sun Dance » que vous considériez ces internats contre votre première emprisonnement.
LEONARD PELTIER : Oui, c'est vrai. C'est vrai. J'ai trouvé les règles plus restrictive que quand j'étais… j'ai fini en prison.
AMY GOODMAN: Alors, tu vas dans un internat avec ta cousine et ta sœur pendant trois ans. Où reviens-tu ? Et comment as-tu conservé ta langue et ta culture ?
LEONARD PELTIER : Bon, je suis revenu ici vivre avec mon père. Et j'ai continué à vivre dans des cabanes de tronc d'arbres, sans électricité ni eau courante. Nous devions porter l’eau. Nous devions porter le bois. Et nous avions seulement 55 $ pour vivre, les prestations militaires de mon père pendant dans la seconde guerre mondiale, et avec cela, nous devions vivre.
Et nous affrontions… Nous affrontions le moment de l’assimilation. Le Gouvernement des États-Unis a rédigé un projet de loi d'assimilation approuvé par le Congrès et signé par le président en 1956. On supposait qu'elle serait complète en 1985. Et les premiers à être éliminés ont été les Indiens Menominee du Wisconsin. Ils possédaient des millions de dollars en terres de première qualité, en bois et en lacs, pour construire des refuge de chasse et d'autres choses là. C'était beau, comme ils le font aujourd'hui. Encore… Ils ont toutes ces choses là aujourd’hui. Mais ils sont venus et ils leur ont arraché toute ces terres. Ensuite, ils sont venus ici en 1958. Est-ce que j’y étais en 58 ? Oui, en 58. J'avais 13 ans alors. Et ils sont venus et ils nous ont dit qu'ils nous avaient éliminés et que nous devions l'accepter. On supposait que nous allions être la seconde réserve à être éliminée.
AMY GOODMAN: La Bande de la Montaña Tortuga de Chippewa Cree.
LEONARD PELTIER : La Bande de la Montaña Tortuga de Chippewa Cree. Oui. Mon père et tous ceux de sa génération, beaucoup de gens, ont été déplacés. Ils ont dit : « C'est inutile. Nous ne pouvons pas lutter contre ces gens. Ils sont trop puissants. Ils sont trop puissants. Va savoir, peut-être la vie sera meilleure là-bas » et ce genre de choses pendant le déplacement. Ainsi, ils ont choisi la ville dans laquelle aller. Beaucoup sont allés dans l'état de Washington et dans l'Oregon.
Nous étions un petit groupe à être resté ici, et nous disions : « Non, nous ne partons pas. » Alors, mon père et sa génération ont dit : « Bon, que veux-tu dire par «avoir été expulsés » ? Il ne peuvent pas venir ici et nous dire que nous devons nous en aller et simplement nous bannir en tant que race et nous dire que nous n'existons déjà plus. Allez-vous en ! Allons-y ! Luttons ! » Et, littéralement, ils étaient… J'étais fier d’eux. J'avais 13 ans.
Il nous ont coupé tout l'approvisionnement. Une toute petite fille est morte ici de dénutrition et c'est ce qui a réellement rendu tout le monde furieux.
AMY GOODMAN: Alors ils ont pensé qu'ils allaient faire mourir de faim.
LEONARD PELTIER : Oui, ils nous ont imposé des conditions tellement dures que nous avons accepté de partir. Nous sommes partis. Beaucoup de gens à commencer à dire : « Bon, au moins mes enfants ne mourront pas de faim. »
AMY GOODMAN: Des bons ?
LEONARD PELTIER : Il en fallait pour acheter de la nourriture ici à Rolla. Tout le monde en a reçu… Toute la réserve a reçu 50 $.
AMY GOODMAN: Et ils n'ont pas dit sous la réserve ?
LEONARD PELTIER : Non, ils sont partis, parce que nous leur avons dit que nous allions nous battre contre eux.
AMY GOODMAN: Alors, ça a été réellement le début du Mouvement Pouvoir Rouge et la fondation d' AIM, c'est vrai ?
LEONARD PELTIER : Bon, je suppose que oui, dans la mesure… Oui, dans la mesure… Oui.
AMY GOODMAN: Le mouvement indigène américain.
LEONARD PELTIER : Oui.
AMY GOODMAN: Tu veux changer le nom à l'américaine... ?
LEONARD PELTIER : Mais ils l'ont fait pendant… Je veux dire, mes gens ont lutté pendant 500 ans, Amy.
AMY GOODMAN: Mais actuellement.
LEONARD PELTIER : Oui, les choses modernes. Mais non, nous leur avons déclaré la guerre. Nous sommes passés à toutes sortes de niveaux de…
AMY GOODMAN: Résistance ?
LEONARD PELTIER : Résistance, tu le sais déjà.
AMY GOODMAN: Parlons un peu de la fondation de AIM, le Mouvement Indien Américain qu'aujourd'hui, tu aimerais rebaptiser Mouvement Indigène Américain.
LEONARD PELTIER : Bon, j'ai participé à plusieurs organisations avant de rejoindre AIM. L'une des plus importante a été celle d'aider à organiser les Tribus Unies de Tous Les Indiens dans l'état de Washington. Nous avons pris Fort Lawton. L'un des traités que nous avons encouragé en ces temps –en fait, nos gens– ont également été encouragés par des vieux, mais simplement on l'a approuvé. Toute notre connaissances provenaient des traditionalistes. Ce sont les politiques du Mouvement Indien Américain que nous suivons ici.
Avant tout, les gens doivent comprendre que la politique du Mouvement Indigène Américain est qu'on ne peut pas venir dans cette réserve et commencer à dicter ses propres politiques. On doit être invité par les traditionaliste, un Gouvernement tribal ou n'importe quel entité. Nous ne pouvons pas simplement aller dans une réserve et dire : « faites ceci, faites cela. » Non, nous ne pouvons pas faire cela et nous ne le faisons pas. Nous devons être invités d’abord.
Bon, bon c'était avant que je rejoigne le Mouvement Indigène Américain. J'ai participé aux luttes pour la pêche et la chasse ici. C'était une grande zone sur laquelle nous avons lutté avec insistance, et ils sont re guérisseurvenus très…
AMY GOODMAN: Droit de pêche et de chasse.
LEONARD PELTIER : Oui, les droits du traité. Marlon Brando a été arrêté avec nous en 1955. Ils l'ont arrêté sur l'un de ces lacs. Et je n'étais pas là mais lui, si. Ils l'ont arrêté en train de pêcher et de chasser avec les natifs.
AMY GOODMAN: Bon, parlons de l'occupation des bureaux de BIA, A. Washington, en passant par Wounded Knee et Pine Ridge.
LEONARD PELTIER : Bon, simplement… Notre résistance est devenu extrêmement populaire. Le Mouvement Indigène Américain se développait et pas seulement ici aux États-Unis, mais aussi au Canada et en Amérique centrale. Ils ont dit : « Waouh! il y a beaucoup d'indigènes de pur sang dans toute l'Amérique centrale, » plus qu'ici aux États-Unis. Et nous nous sommes unis avec eux tous, avec tous ces indigènes de ce pays, de tout le continent. Et nous nous sommes unis. Nous les avons rejoint avec le Mouvement Indigène Américain. C'est pourquoi nous sommes devenus une menace pour le Gouvernement.
Et plus tard, quand on m'a arrêté, après qu'on m'ai arrêté, un type m'a raconté : « je suis allé au Mexique, dans l'un de ces villages. », J'ai dit qu'ils étaient en train d'organiser la résistance et ces choses là. J'étais là, en visite. » « j'ai vu un vieux… Il m'a dit qu'il était une espèce de guérisseur ou quelque chose comme ça. Quand je suis allé lui rendre visite et que je suis rentré dans sa maison, » dans ça… Je suppose qu'il avait une espèce de maison de type cabane. Et je me suis demandé : « qu'est-ce que je vois ? ». « Je vois un de tes posters sur un des murs, » a-t-il dit. C'était il y a très longtemps. Mais ça ne l'était pas. Nous sommes passés par tout cela. Et bon…
AMY GOODMAN: Particulièrement pour que les jeunes comprennent, je veux dire que tu parlais de ce moment critique de 1973, 1974 et 1975.
LEONARD PELTIER : Dans les années 60, en réalité.
AMY GOODMAN: Qu'est-ce que c'est ?
LEONARD PELTIER: J'ai commencé dans les années 60, en réalité.
AMY GOODMAN: Et aussi l'apogée du mouvement contre la guerre ? Et le rôle et l'effet du mouvement contre la guerre sur le mouvement indigène et vice versa ? Pourrais-tu nous parler de ces moments critiques ?
LEONARD PELTIER : Nous étions –moi et beaucoup de natifs– nous avons aussi participé aux marches pour la paix avec les Noirs, au mouvement contre la guerre et à ce genre de choses. Nous avons aussi participé à tout cela. Mais nous nous efforcions d'obtenir leur soutien et il s'efforçaient d'obtenir le nôtre. Alors sont apparus les hippies et ils nous ont beaucoup aidés. Ils ont fait beaucoup pour nous aider. Ils ont commencé à s'habiller comme des natifs. Ils ont commencé à faire des choses comme les natifs. Et beaucoup provenait de familles très riches. Beaucoup de gens, les haïssait . C'est une des raisons pour lesquelles le Gouvernement les haïssait: parce qu’ils soutenaient avec insistance les problèmes des natifs, leur culture et ce genre de choses.
AMY GOODMAN: Alors, le Sentier des Traités Rompus, c'est en 1972. Explique-nous ce que c'était ce que fut l'essor du Sentier…
LEONARD PELTIER : Bon, nous savions que nous devions obtenir que le Gouvernement commence à respecter nos traités parce qu’il ne les avait jamais respectés. Et la seule manière de l'obtenir était d'aller directement à Washington. Alors nous avons organisé un groupe. Nous l'avons appelé la Route des Traités Non Respectés. Et nous nous sommes organisés dans tout le pays. Ils ont envoyé des représentants dans de vieilles voitures. À cette époque là, personne n'avait de voitures neuves. Et nous sommes tous allés à Washington.
AMY GOODMAN: Tu y es allé ?
LEONARD PELTIER : Bien sûr, oui. Bien sûr, j'étais là aussi, oui.
AMY GOODMAN: 16, évidemment, une parodie, du sentier, des larmes. Et la plupart des gens, dans nos écoles, et peut-être encore moins, surtout, maintenant, ne sauront jamais ce qu'était le Sentier des Larmes.
LEONARD PELTIER : Exact, exact, exact. Tout cela était du passé, tout ce que nous faisions, nous l'appelions… Bon, comme le Sentier Des Traités Rompus qui est né du Sentier des Larmes, et la Longue Marche, tous ces autres événements similaires qui se sont produits. Ça n'a pas été seulement le Sentier des Larmes. C'est ce que les gens doivent comprendre. C'était…le Sentier des Larmes seulement l'un de ceux qui sont devenus tellement célèbres, parce que je pense que 10 000 personnes sont mortes sur lui, et simplement tomber de maladie, de dénutrition, etc.…sur le Sentier des Larmes. Et c'est pourquoi on est revenu tellement…
AMY GOODMAN: Le président était Andrew Jackson ?
LEONARD PELTIER : Oui, oui.
AMY GOODMAN: Le président que le président Trump vénère.
LEONARD PELTIER: Ce fut un ordre [coup de sifflet], oui. C'était un anti… un ennemi. Et donc, il nous en ont empêché. Nous nous sommes organisés. Nous avons organisé nos bases sous les mêmes politiques d'exposer ce qui s'était fait dans le passé, ce qui continuait à se faire.
Et nous, voyons ce qui continue à arriver aujourd’hui, Amy. Ann Coulter a fait une déclaration publique sur les natifs américains : « Nous n’avons pas tué suffisamment d'indigènes. » C'est très dangereux de dire cela de qui que ce soit, parce qu'il y a un tas de fous par ici, comme, tu le sais, déjà, si tu prends un de ces haineux et tout cela peut finir par tuer beaucoup de natifs innocents seulement parce que ces paroles ont été dites.
Vous avez un président qui cherche à annuler nos traités. Si nos traités sont annulés, ils nous annulent. C'est la seule chose qui montre que nous sommes une nation souveraine et un peuple. Et si cela est annulé, nous sommes annulés en tant que peuple. Donc, non. Je veux dire, ce n'est pas fini pour nous. Nous continuons à être en danger. Oui, on le voit dans les rues, sais-tu, aujourd'hui même. Regarde ce qu'ils sont en train de faire en Palestine : ils tuent des femmes, des enfants, des bébés, des foetus. C'est ce qu’ils nous ont fait. Et ici cela continue à arriver.
AMY GOODMAN: il y a 52 ans, en 1973, a commencé l'occupation de 71 jours de la zone de Wounded Knee, dans la réserve de Pine Ridge par le Mouvement Indigène Américain. Cette occupation a contribué à attirer l'attention internationale sur la situation difficile des natifs américains. Le Gouvernement des États-Unis a répondu à cette occupation par un siège militaire total qui a inclus des véhicules blindés de transport de personnel, des avions F-4 Phantom, des policiers étasuniens, le FBI est des forces de sécurité de l'État et locales. Pendant l'occupation, deux Sioux ont été assassinés par balle par des agents fédéraux et un activiste noir des droits civiques, Ray Robinson, a disparu. Le FBI a confirmé en 2014, des décennies plus tard, que Ray Robinson était mort pendant la affrontement. La plupart des gens ne connaît pas cette histoire.
LEONARD PELTIER: Non.
AMY GOODMAN: Peut-être as-tu entendu parler du livre : « Enterre mon cœur à Wounded Knee »? Alors, peux-tu parler de Pine Ridge et de Wounded Knee, en particulier pour les jeunes qui ne connaissent pas cette histoire?
LEONARD PELTIER: Bon, j’étais en prison au début de Wounded Knee, mais je suis sorti. C’était à mi-chemin. Après j’étais là et j’ai aidé à emballer des choses pour Wounded Knee. Et je suis resté là, dans les forces extérieures.
Après tous ces voyages à Washington et tout cela, toutes ces manifestations et toutes ces promesses, toutes nos acquisitions et tout cela, ils allaient faire cela. Ils allaient enquêter sur tout, toutes nos acquisitions et tout cela. Et nous avons découvert très vite - nous le savions déjà mais nous avons très vite découvert que c’était tout des mensonges- Ils n’allaient pas enquêter et ils ne l’ont pas fait.
Et finalement, les anciens et les chefs ont décidé d’aller à Wounded Knee. AIM n’a pas participé à cette décision. Nous ne pouvions aller à aucun endroit du territoire indigène et établir des politiques. Nous ne pouvions pas. Cela ne nous revenait pas. Nous ne pouvions pas le faire. Et nous ne pouvions pas y aller à moins que ces gens nous y invitent. Et ils se sont simplement fatigués de toutes ces fausses promesses et de tout ce qui se passait.
Ils étaient terrorisés par un groupe organisé par…. un groupe mercenaire, je dois dire. Ile leur ont fourni du renseignement, des munitions pour les véhicules blindés, des armes sophistiquées, une surveillance et ce genre de choses, des voitures et plus. Le dirigeant l’a admis dans une interview nationale. Comme nous le savons, tout est vrai. Au début, ils ont essayé de le nier mais ils s’appelaient eux-mêmes les Gardiens de la Nation Oglala. Et…
AMY GOODMAN : Les MATONS.
LEONARD PELTIER : Les MATONS, oui.
AMY GOODMAN : De Dick Wilson.
LEONARD PELTIER : Dick Wilson, eux tous. Nixon a ordonné à la 82ème division aéroportée d’entêter sur ce qui se passait ici. Et si nous étions, comme l’affirmait le Gouvernement, communistes et marxistes et si nous recevions un financement des communistes, ils devaient venir ici et nous détruire.
Quand Nixon a impliqué la 82ème division aéroportée, nous avon s présenté une plainte. Ça nous a pris 10 ans mais nous avons obtenu toutes les informations des archives qu’ils nous ont remises, non? Nous avons découvert qu’ils étaient allés à l’armurerie et et qu’ils avaient contrôlé 250 000 cartouches de plusieurs calibres, des armes sophistiquées, des véhicules blindés de transport de personnel, des finances, la surveillance et d’autres choses. Tout était illégal. Ainsi, nous avons découvert beaucoup de choses sur ce qu’ils faisaient là. Et tout était illégal. Si Nixon avait pu le faire, il nous aurait détruits. Mais il ne l’a pas fait parce que, selon ce que nous avons entendu dire, sa femme s’est avancée et lui a dit: « Non, ne fais pas ça! »
AMY GOODMAN : Maintenant, bon, revenons 50 ans en arrière. Qu’est-ce qui t’a conduit en prison? Je voudrais évoquer ce qu’a dit Democracy Now! en 2003. L’occupation de Wounded Knee est considérée comme le début de ce que les oglala appellent le Règne de la Terreur, de 1973 à 1976, une période pendant laquelle plus de 60 résidants sont morts. Le FBI, dont c’était la juridiction, n’a pas enquêté sur ces assassinats. Cette période s’est achevée par la fusillade du 26 juin, pour laquelle Leonard Peltier a été emprisonné.
LEONARD PELTIER : Tout d’abord, je ne sais pas qui est celui qui a tiré ni qui sont ceux qui ont tiré. Et je ne le dirais pas si je le savais, alors, je ne vais rien vous raconter à ce sujet. Mais je parlerai des autres problèmes parce que c’est de notoriété publique et que nous avons essayé de con tiquer à donner ces informations.
Mais il y avait beaucoup d’indigènes, de traditionalistes don t les maisons ont été brûlées, sur les maisons de qui on a tiré depuis un véhicule. Ils ont arrêté des gens et les ont frappés, sur certains, ils ont tiré et d’autres, ils les ont tués. Et ces choses ont littéralement enregistrées. Maintenant, nous avons des enregistrements de tout cela et personne ne peut le nier. Les seuls qui le nient, ce sont le Gouvernement des Etats-Unis, le FBI et cette sorte de gens.
Mais nous affrontons une époque appelée le Règne de la Terreur pendant laquelle vous pouvez faire tout ce qu'ils voulaient. On n’a enquêté sur rien de tout cela. Beaucoup de vieux qui les ont vus les ont identifiés mais le FBI a continué de ne pas en enquêter. Ils pouvaient tuer les gens au hasard. Ils le faisaient –et il s’en tiraient bien parce qu’ils n'avaient pas peur de se retrouver devant les tribunaux. La seule crainte qu'ils avaient, c’était de nous, le Mouvement Indigène Américain, parce que nous ne les acceptions pas. Chaque fois que nous avions l'occasion de nous réunir, nous les affrontions. Et c'était la seule crainte qu'ils avaient : des représailles, des arrestations ou tout autre chose.
[pause]
AMY GOODMAN : C’est Democracy Now! Je suis Amy Goodman et nous reprenons notre conversation avec le dirigeant indigène Léonard Peltier qui a été mis en liberté conditionnelle en février, après presque un demi-siècle de prison. Je lui ai demandé de m'expliquer ses affirmations selon lesquelles son extradition du Canada et son procès aux États-Unis avaient été entachés de fautes professionnelles de la part du ministère public.
Parle-nous du témoignage de Myrtle Poor Bear, obtenu sous la contrainte. Qui est-ce ?
LEONARD PELTIER : Qui est-ce ?
AMY GOODMAN : Je veux dire, je sais que tu ne la connaissais pas à ce moment-là.
LEONARD PELTIER: Je ne l'ai jamais connue. Son père est venu à mon procès, il est venu témoigner à mon procès qu'elle avait un grave problème mental. Et sa sœur est venue témoigner que le jour de la fusillade, ils étaient assis là à boire de la bière. Et nous avons enregistré tout cela. Et ils étaient assis là à boire, à boire de la bière, et ils n'ont pas eu de bière. Et ils regardaient la télévision, a-t-il dit, et ils ont décidé de s'échapper de la réserve parce que c'était une réserve sèche. On ne permettait pas d’alcool là, et alors, dit-il, pour aller acheter plus de bière, revenir et regarder plus la télévision. Et ils ont commencé à conduire sur la route, et à nouveau est arrivé un bulletin par la radio : une grande fusillade à Oglala entre les shérifs, le FBI, les policiers de la BIA, les escadrons GOON contre le Mouvement Indien Américain. Ainsi, ils étaient à plus de 80 km de distance. Finalement, Myrtle a reconnu qu'elle ne me connaissait pas.
AMY GOODMAN : Mais elle …son témoignage disait que…
LEONARD PELTIER: C'est son témoignage devant le grand jury qui nous a tous conduits à être accusés.
AMY GOODMAN : Elle a dit qu'elle était ta fiancée et qu'elle avait vu…
LEONARD PELTIER : Elle a été témoin… Oh mon dieu !
AMY GOODMAN : J'ai vu tout cela.
LEONARD PELTIER: Quand les avocats sont venus me voir au Canada, ils m'ont dit : « Leonard, nous avons de mauvaises nouvelles pour toi. » Et moi, j'ai dit : « Ah oui ? Quel genre de mauvaise nouvelle ? » et ils ont dit : « Ta fiancée témoigne contre toi. » Je l'ai regardé et je lui ai demandé : « Ma fiancée ? Qu'est-ce que tu veux dire ? Ma fiancée ? » et il a dit : « Ta fiancée. » Et, moi, j'ai dit : « Je n'ai pas de fiancée. J'ai une femme et deux fils. »
AMY GOODMAN : Parlons de James Reynolds, l'ancien procureur fédéral en charge de l'accusation qui a aidé à vous condamner. Ensuite, il s'est transformé en défenseur de votre libération en alléguant que le Ministère Public n'avait pas pu prouver que vous aviez commis un délit et que la condamnation était injuste. Il a écrit à un président après l’autre. –celui-ci a été nommé par Carter–, jusqu'à arriver à Biden.
LEONARD PELTIER: Oui, bon, je suppose qu'il y a environ 10 ans, James Reynolds a commencé à changer d'opinion. Il a dit qu'il n'y avait pas de preuve que Léonard Peltier avait commis un délit dans cette réserve. Et c'est très bon : il était en charge de tout.
AMY GOODMAN : en dernière instance, cela t'a conduit à passer 49 ans en prison.
LEONARD PELTIER: Oui.
AMY GOODMAN : La plus grande partie de ta vie derrière les barreaux. Que signifie pour vous, cette institutionnalisation, que signifie le fait d'être prisonnier et d'être considéré comme un prisonnier politique dans le monde entier et comme un symbole de la lutte pour les droits des natifs américains, et que vous arrive-t-il quand vous participez à tout cela, à toutes ces choses ?
LEONARD PELTIER: Bon, je pense qu'on m’a trop posé cette question et qu'il m'est difficile d'y répondre. Mais je pense que ce qui m'a réellement conservé fort, ça a été ma colère. J'étais extrêmement furieux par ce qu’ils nous avaient fait à moi et à mes gens. Et je suis encore très, très furieux. Et il n'y avait aucune façon que justice soit faite. Il pourrait y avoir eu… Il y avait au moins 14 problèmes constitutionnel pour lesquels j'aurais dû être libéré, au moins ce nombre et je savais que je n'allais pas l'obtenir. Je savais ce que c’était: les tribunaux n'allaient pas me la donner. Et, je veux dire, même la Cour Suprême refusait d'entendre mon affaire et des choses similaires. Mais je savais pourquoi. J'ai trouvé des preuves qu'ils sont rencontrés le juge Heaney. Et le juge Heaney est devenu un ferme défenseur de ma libération. Mais nous avons trouvé des preuves qu'il travaillait avec le FBI.
Et simplement… J'ai ressenti tellement de haine et de rage, et que eux… Ce qu'ils ont fait aux natifs de ce pays et de ce continent, et cela me garde fort. Cela m'empêche… Bon, m’a empêché… ils m'ont proposé de nombreuses fois, ou au moins quelques fois, que si j'acceptais la responsabilité et faisais des déclarations sur tout ce que nous avions dit de négatif sur le Gouvernement des États-Unis, son histoire passée et son traitement envers nous en tant que peuple de la nation, ils me laisseraient en liberté. Et j'ai refusé de le faire. J'ai refusé de m’agenouiller devant eux, et j'ai refusé encore de m’agenouiller devant eux. Je vais mourir avec mes croyances. Et je refuse simplement… Pour moi, c'est une trahison envers ma nation, envers mon peuple.
AMY GOODMAN : Vous êtes un symbole important du pouvoir indigène, pas seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?
LEONARD PELTIER: Bon, j'espère pouvoir l'utiliser au bénéfice de mes gens. C'est-à-dire, comme je l'ai dit auparavant, nous sommes toujours en danger. Ce n'est pas fini pour nous. Nous ne pouvons pas vivre comme le reste des gens de ce pays, sans crainte de ce qui va nous arriver si on nous enlève nos traités. Nous ne pouvons pas vivre ainsi. Nous devons encore vivre avec cette crainte, de perdre notre identité, notre culture, notre religion et tout le reste. La plupart des Etasuniens n'ont pas à se préoccuper de cela. Nous, oui. Et c'est pourquoi la lutte, la lutte continue pour moi. Je ne vais pas me rendre. Je ne me suis pas rendu. Je ne veux pas retourner en prison bien que j'ai entendu dire que Trump allait essayer de revenir sur toutes les grâces de Biden et tout cela.
AMY GOODMAN : Que diriez-vous aux jeunes indigènes ? Je vois derrière vous, une photo de… C’est une photo de votre arrière, petite fille ?
LEONARD PELTIER: Oui, celle-ci, juste là.
AMY GOODMAN : Et elle porte une chemise avec l'inscription « forte ». Quel âge a-t-elle ?
LEONARD PELTIER: Maintenant, elle a 11 ans, nous l'avons adoptée quand elle était bébé et nous nous en sommes occupés depuis. Elle m’aime et elle pense que je suis le meilleur du monde. Je l'aime parce que c'est la meilleure du monde. Et maintenant, elle est championne de natation avec papillon. Son plan était… Si elle gagnait les Jeux olympiques, elle allait dire : « C'est pour mon grand-père, Leonard Peltier, qu'on a mis en prison illégalement. C'est pour lui. » je lui ai dit : « d'où sors-tu ça ? » Elle ne me l’a pas dit mais elle me regarde, oui.
AMY GOODMAN : Tu sais, nous avons pendant longtemps couvert le mouvement climatique. Nous étions ici dans le Dakota du Nord pour couvrir l'affrontement à Standing Rock, le mouvement mondial dirigé par les Siouks et les indigènes pour préserver l'environnement. Et cette année, le sommet climatique de l'ONU se tient à la pointe de la forêt tropicale, à Belém, au Brésil. Et, à chacun de ces sommets climatiques de l'ONU, nous voyons des peuples indigènes, en particulier, de jeunes indigènes, qui luttent pour la planète. Vois-tu la voix des peuples indigènes dans le mouvement climatique comme un espoir?
LEONARD PELTIER: Nous parlons de cela depuis 250 ans ou, pour mieux dire, depuis que les États-Unis se sont organisés. Quand nous prions et dans toutes les choses que nous faisons, nous continuons encore à parler de la Terre Mère et d'autres sujets environnementaux. Nous ne nous sommes pas arrêtés. Nous ne nous arrêterons jamais. Nous continuerons à défendre fermement les environnementalistes.
AMY GOODMAN : Bon, Leonard Peltier, je veux te remercier infiniment pour nous avoir invité chez toi. Je suis très heureuse que nous ne nous soyons pas vus dans une prison.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/11/27/estados-unidos-no-me-voy-a-rendir-leonard-peltier-habla-de-los-derechos-indigenas-su-medio-siglo-en-prision-y-su-regreso-a-casa/
URL de cet article :