Venezuela: Du blocus au rétablissement de l'économie, 10 ans sous sanctions
William Castillo Bollé
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
« Le péché que nous avons commis au Venezuela est d'avoir osé pour la première fois depuis 100 ans, affronter les grossiers privilèges d’une oligarchie insensée et insensible. »
Hugo Chávez, janvier 2003
Le 18 décembre 2014, quand nous, les Vénézuéliens, nous préparions pour Noël –une date qui, dans notre pays est célébrée avec une dévotion inégalée– le Congrès des États-Unis approuvait une étrange loi dirigée spécifiquement contre le Venezuela. En dehors de ce qu'il y a d'insolite dans le fait que le parlement d'un pays vote une loi sur un autre pays, dans cet instrument légal –voté à l'unisson par les démocrates et les républicains– les États-Unis se donnaient à eux-mêmes le droit d'intervenir au Venezuela pour défendre la démocratie et la société civile. »
Trop occupés à préparer les repas de Noël et à choisir les nouveaux vêtements pour les enfants, nous, les Vénézuéliens, ne nous sommes pas rendus compte qu'ils nous avaient taillé un costume sur-mesure. Ce jour-là, au Capitole, les membres du Congrès des États-Unis se justifiaient par la nécessité de défendre « les protestataires pacifiques vénézuéliens », faisant allusion aux actions violentes et aux actes de vandalisme dirigés par l'opposition cette année-là, qui on fait 43 mort par assassinat. La vérité : cette loi de « défense de la société civile » fixait le cadre juridique et préparait le terrain pour les futurs sanctions contre le Venezuela.
Trois mois plus tard, en mars 2015, Barack Obama, citant cet instrument légal, émettait un décret présidentiel dans lequel il déclarait que le Venezuela était « une menace inhabituelle et extraordinaire pour la sécurité nationale et la politique étrangère des États-Unis. » Dans l'ordre exécutif 13 692, Obama se montrait préoccupé par la « situation au Venezuela » et cette angoisse -comme on pouvait s’y attendre– l’a amené à créer un programme de sanctions pour notre pays, programme destiné à « discipliner », cette démocratie bolivarienne insoumise et gênante qui ne respecte pas les standards étasuniens.
Depuis, le Venezuela a été la cible d'une politique de dévastation économique brutale et d'une agression multiforme. En 10 ans, 1 043 mesures coercitives unilatérales, sanctions, persécutions, asphyxies et châtiments contre l'État, l'économie, les finances publics, l'industrie pétrolière et le commerce extérieur ont été imposés par les États-Unis, d'autres Gouvernements et le système financier international. L'ensemble de cette agression inédite dans l'histoire du Venezuela et dans les presque 200 ans de relations diplomatiques avec les États-Unis est ce qu’on connaît sous le nom de « blocus du Venezuela. »
Bloquer assiéger, établir un encerclement du pays. Soumis à un processus croissant d'hostilité économique et politique et à une implacable campagne de criminalisation à travers les médias et les plates-formes digitales– on a empêché le Venezuela pendant ces 10 dernières années, d’accéder au marché financier, de commercialiser le pétrole et d'autres minerais, on a bloqué, gelé et confisqué d'importants actifs à l'étranger et on l'a empêché d’accéder aux aliments, aux médicaments, aux matières premières et aux biens essentiels, y compris aux vaccins pendant la pandémie de COVID–19.
En 10 ans, le blocus a dévasté l'économie vénézuélienne et a eu un dur impact sur la vie, le bien-être et les droits de l'homme du peuple vénézuélien. Entre 2015 et 2022, l'économie s'est contractée pour atteindre un cinquième de sa valeur de 2015, le revenu en devises a baissé de 90 % pendant cette période, ce qui a créé un déficit aigu dans le budget national qui a eu un impact sur la prestation des services publics et sur les programmes destinés à la protection sociale.
Le coût est estimé des pertes pour l'économie vénézuélienne à cause de la chute du PIB a atteint en 7 ans 642 000 000 000 de dollars, c'est-à-dire une perte moyenne de 91 000 000 000 de dollars par an.
Les experts étasuniens dans la conception des sanctions –comme l'ancien employé d’Obama Richard Nephew – soutiennent que les sanctions doivent « causer de la douleur » et être appliquées « là où elle peuvent causer le plus de douleurs. »
À cause de cette conception, les mesures coercitive unilatérales ont imposé de dures restrictions à l'industrie pétrolière vénézuélienne, ce qui empêche notre pays de pouvoir utiliser souverainement ses sources d'énergie. Depuis 2017, grâce à plusieurs ordres exécutifs dictés par les États-Unis, on a empêché PDVSA, la compagnie pétrolière nationale, de renégocier ses engagements internationaux et on a imposé de sévères restrictions à ses opérations dans le monde entier. Le secteur pétrolier a été la cible de 163 mesures de coercition économique, ce qui représente 16 % du total des mesures contre le pays.
Suite à ces sanctions, pendant les 7 premières années du blocus, l'industrie pétrolière vénézuélienne a cessé de produire 3 993 000 000 de barils de pétrole, ce qui s'est traduit par 232 000 000 000 de dollars de perte.
Comme conséquence, le Venezuela a perdu 90 % de ses revenus en devises entre 2014 et 2020. Pour se faire une idée à partir des chiffres, le Venezuela est passé de 39 000 000 000 de dollars de revenus extérieurs en 2014 à 743 000 000 en 2020 de 39 à moins de1. Il est extrêmement difficile de faire un graphique de cette chute à cause de l'énorme brèche entre les deux chiffres.
En 2017, Donald Trump a bloqué la dette souveraine et la dette de PDVSA et –comment on pouvait s'y attendre– le pays est tombé en cessation de paiement (défaut). À cause d'un phénomène que la rapporteuse de l'ONU sur les mesures coercitives unilatérales, Alena Douhan, appelle le « sur-respect » - qui survient quand les entreprises respectent trop les sanctions par crainte d'être sanctionnées– le Venezuela a été, dans la pratique, expulsée du système de messagerie, interbancaire (Swift), ce qui l’a isolé du monde financièrement.
Plus de 22 000 000 000 de dollars de ressources et d'actifs du pays sont actuellement bloqués ou gelés dans le système financier ou par des mesures des États-Unis. L'ironie est que, alors que le Venezuela ne pouvait pas vacciner ses enfants à cause du blocus sur les vaccins, une grande partie de ces fonds ont été confisqués par les États-Unis et remis en 2019 à l'opposition vénézuélienne pour financer le faux Gouvernement auto-proclamé de Juan Guaidó, une créature politique de Donald Trump, qu'il a fait applaudir debout en session plénière par le … Congrès des États-Unis !
Jusqu'à 41 banques internationales ont gelée leurs transactions avec le Venezuela, y compris les importations d'aliments et de médicaments, de turbines pour le secteur électrique, de pièces de recharge pour le système d'eau potable et de matières premières et de matériel pour l'industrie nationale.
Ces restrictions incluent des mesures contre des entreprises privées et des personnes vénézuéliennes et étrangères : interdiction de voyager, refus de visa, gel des actifs publics et des réserves internationales à la banque internationale.
Pendant que vous lisez cela, le Venezuela a encore 32 tonnes d'or gelées à la banque d'Angleterre et 5 000 000 000 de dollars au FMI, des montants que les deux organismes refusent de rendre parce que « ils ne reconnaissent pas », le Gouvernement du Venezuela. La fameuse doctrine de l'immunité du patrimoine des Etats qui aujourd'hui est discutée à propos de la tentative de confiscation des réserves russes a déjà été complètement violée dans le cas du Venezuela.
Plusieurs actifs vénézuélien ont été saisi ou détruit par les États-Unis. Le principal actif du Venezuela à l'étranger, la compagnie CITGO Petroleum, a été bloqué par un ordre exécutif de Donald Trump en 2019 et est sur le point d'être mis aux enchères dans le système judiciaire étasunien.
Comme on pouvait s'y attendre, les impacts économiques se sont déplacés rapidement vers le budget national et de là vers les programmes sociaux et les services publics.
Entre 2016 et 2017, on a empêché l'importation de vaccins, de médicaments, ce qui a fait augmenter l'indice de prévalence de certaines maladies pendant au moins trois ans. Le blocus sur les aliments a fait passer le déficit nutritionnel de moins de 3 %, où l’avait laissé Hugo Chávez, à plus de 35 %. Les sanctions unilatérales et le phénomène de sur-respect ont réduit de 60 % la production locale de médicaments et les principales entreprises pharmaceutiques ont cessé d'envoyer leurs produits au Venezuela par crainte d'être sanctionnées.
Cette crise a induit une vague migratoire inédite qui a affecté de larges secteurs professionnels, sociaux et du travail, en particulier, dans le domaine de la santé, de l'éducation, de l'ingénierie et des techniques spécialisées. Dans certains domaines médicaux, le Venezuela perdu près de la moitié de ses spécialistes, plus de 2 500 000 personnes ont quitté le pays, un chiffre très loin de celui que donne la propagande anti-vénézuélienne mais qui suppose un choc culturel et social inédit.
Le blocus est allé bien au-delà des préoccupations d'Obama en 2015, et aujourd'hui dépasse les menaces militaires de Trump. C'est une constante, une politique d'État. Le contrôle du Venezuela et de ses immenses ressources est un objectif stratégique de la politique étrangère des États-Unis. Et re-coloniser le Venezuela, c'est ouvrir la voie –comme le disait Álvaro García Linera en 2017– à la reconquête économique et sociale de l'Amérique latine et des Caraïbes.
Les sanctions contre le Venezuela ont été conçues et instrumentalisées pour produire un « changement de régime politique », une figure qui –selon les propres stratèges de Washington– dépasse le changement de Gouvernement ou d’autorités et suppose une sorte de « réinitialisation » du système politique, économique et juridique du pays cible.
Comme l'affirmait Marx, l'histoire se répète parfois comme tragédie et parfois comme farce : le changement de régime ou de modèle est quelque chose que les États-Unis ont déjà fait au Chili en 1973 et aujourd'hui tentent de faire en Argentine. Ce qui auparavant se faisait avec le sang, la propagande et la guerre économique, aujourd'hui se fait avec la guerre économique, la propagande (sur les réseaux sociaux) … et le sang.
Les sanctions ont blessé profondément le tissu économique du Venezuela mais ont échoué de façon écrasante à endommager l'âme nationale et à obtenir un changement de régime politique. Aujourd'hui, nous pouvons affirmer, sans arrogance, que la Révolution Bolivarienne a été soumise à une épreuve historique et l’a surmontée avec succès.
En 2018, le président Nicolas Maduro a lancé un programme économique pour affronter la coercition des sanctions et en 2020 –pendant la pandémie– a conçu une stratégie financière et juridique anti-blocus audacieuse. Pendant tout ce temps, au-delà des canailleries et des mensonges contre notre pays qu'on voit tous les jours, la révolution qu'à engagée Chávez, basée sur les idées de Bolivar, a pu compter sur un peuple prêt à résister à l'agression grâce à la conscience, au travail et à la production.
Comment a résisté le peuple vénézuélien, quelles ressources et quelles stratégies il a utilisées pour affronter la pression étrangère et être aujourd’hui l'économie la plus dynamique d'Amérique du Sud est un sujet certainement surprenant que je traiterai dans un article ultérieur.
Source en espagnol :
https://www.alai.info/venezuela-del-bloqueo-a-la-recuperacion-economica-una-decada-bajo-sanciones
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