Venezuela : Un plan pour utiliser des armes biologiques
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Une récente enquête journalistique aux États-Unis a révélé des documents qui contiennent des propositions d'actions biologiques dirigées contre le Venezuela, élaborées par des opérateurs liés à l'opposition d'extrême droite et remise à des instances du pouvoir politique à Washington.
Ces plans montrent niveau d'agression qui dépasse le conflit conventionnel et met à nouveau en évidence la façon dont la machinerie de changement de régime a incorporé des tactiques propres à la guerre secrète, depuis des dégâts aux infrastructures jusqu'à des schémas de déstabilisation sanitaire, en plus des mécanismes financiers déjà connus.
Cette affaire apporte une pièce clé pour comprendre la nature structurelle de l'attaque contre le Venezuela et les stimulants qui expliquent pourquoi Washington n'est pas prêt à démanteler son système de sanctions et de pressions, car il implique un réseau qui apporte des bénéfices politiques, financiers et opérationnels à des acteurs qui ont transformé l'agression en industrie.
Ce que révèle l’enquête
Le reportage de la journaliste Maureen Tkacik dans The American Prospect montre un document de 29 pages envoyés au bureau du vice-président des États-Unis, de l'époque, Mike Pence, par un groupe identifié comme Virtual Democracy, une organisation liée à des agents de l'opposition et à des consultants du renseignement qui agissait parallèlement à ce qu'on appelle « l'intérim ». Ce matériel, obtenu pendant des procédures judiciaires associées à l'opération ratée de Jordan Goudreau, détaille une feuille de route destinée à déchaîner un changement de régime au Venezuela grâce à des tactiques qui combinent le sabotage, le terrorisme économique et des opérations biologiques.
Selon Tkacik, ce plan comprenait des actions destinées à provoquer un effondrement du pays : « contamination par l’hépatite (A, B et C), la grippe, la rougeole et la rubéole dans les clubs sociaux où se réunissent les hauts fonctionnaires du régime narcotrafiquant », en plus d'induire un « arrêt forcé des transports publics et privés sous toutes leurs formes ».
Ces propositions faisaient partie d’une escalade calculée qui devait s'achever par le remplacement de la Constitution vénézuélienne par « un texte constitutionnel fédéraliste simple qui interdirait le communisme et le socialisme », accompagné par des entraînements paramilitaires dans un camp de Caroline-du-Nord géré par Constellis, auparavant connu sous le nom de Blackwater.
Ce document envisage aussi l'instrumentalisation directe des ressources du Venezuela sous contrôle étranger. Tkacik signale que les conspirateurs cherchaient à obtenir du département du Trésor un « passeport d'autorisation Swift du Gouvernement des États-Unis pour transférer sur des comptes du `Gouvernement des États-Unis environ 14 500 000 000 de $ d'actifs du narco-régime. »
Ces révélations s’insèrent dans un contexte déjà marqué par des épisodes d'agression contre des infrastructures vénézuéliennes comme l'attaque de la centrale hydroélectrique de Guri en 2019. Tkacik rappelle que l'opposition elle-même avait célébré publiquement ces faits. Dans une interview avec Max Blumental, Goudreau avait affirmé qu'une entreprise de conseil en renseignement avait « réalisé des attaques d'infrastructures ou facilité des attaques d'infrastructures pendant environ 10 ans » au Venezuela. Le document remis à Pence confirmerait que ces sabotages faisaient partie d'une stratégie plus large et systématique.
Les violations de la loi et l'ombre institutionnelle de Washington
Les indications de l'économiste Francisco Rodriguez sur le document révélé par Virtual Democracy apportent un angle important pour évaluer la gravité du plan : son contenu représente une violation directe des lois fédérale des États-Unis, en particulier de la 18 USC §175 qui sanctionne la planification d'attaques biologiques par des peines qui peuvent aller jusqu'à la condamnation à perpétuité.
Rodriguez souligne que ce document constitue « une preuve forte que des groupes vénézuéliens en exile ont violé la loi des États-Unis, en planifiant des attaques biologiques à partir du sol des États-Unis. » Ce plan a été envoyé au bureau du vice-président Mike Pence, ce qui pose des questions décisives sur le traitement qui a été donné à une proposition criminelle de cet ampleur.
Les questions posées par Rodriguez visent l'existence d'éventuelles omissions délibérées :
« Le bureau du vice-président ou une autre agence des États-Unis s'est réuni avec ce groupe ? »
« Y a-t-il eu un suivi, un financement ou une coordination postérieure ? »
« Ce document a-t-il été transmis aux autorités compétentes pour qu'elles enquêtent dessus ? »
Si le bureau de Pence avait reçu un document qui décrivait des opérations biologiques et ne l'avait pas remis aux agences compétentes, ce fait en lui-même « constituerait une grave violation du devoir institutionnel. » Et s'il y a existait une certaine sorte d'interaction, de suivi ou de stimulant vers ceux qui l'ont proposé, cela ouvrirait la possibilité que des fonctionnaires des États-Unis soient impliqués dans la planification de délits fédéraux.
Dans cette optique, ce document ne peut être réduit à une proposition excentrique d’agents périphériques mais doit être compris comme un plan qui est entré dans l'orbite du système politique étasunien sans qu'il existe de preuve de la réponse des institutions qu'une affaire de cette nature exigeait.
L'absence de mesure visible de la part de Washington face à une proposition qui envisageait « la contamination avec l'hépatite, la grippe et la rougeole », des Vénézuélien suggère que la guerre secrète contre le Venezuela a pu s'appuyer, au moins, sur des omissions délibérées et des silences fonctionnels qui ont permis la circulation d'initiatives qui constituent des crimes qualifiés aussi bien dans la loi des États-Unis que dans le droit international, y compris dans le domaine des crimes contre l’humanité.
Sabotages, sanctions et négoce permanent de l’attaque
L'incident fait partie d'un cadre beaucoup plus large exposé dans l'enquête de Maureen Tkacik centrée sur le rôle de l'opposition d’extrême-droite vénézuélienne dans le pillage des actifs de l'État, en particulier de CITGO, et dans le réseau d’incitations qui a surgi autour du système de sanctions.
Dans ce cadre, la journaliste reprend l'interview de Goudreau par Blumental. La, le mercenaire affirme que la CIA à sa beauté, la tentative d'incursion armée, une accusation qui, la première vue, pourrait paraître auto-disculpante mes dents, la motivation révèle un fond significatif.
« Simplement, je pense… qu'ils gagnaient beaucoup d'argent », a dit Goudreau à Blumental pour justifier le fait que la communauté du renseignement a laissé mourir l’opération. Et l'enquête de Tkacik rappelle les éléments nécessaires pour comprendre la logique derrière cette phrase. L'appareil d'agression contre le Venezuela avait généré, en 2019,1 circuit de financement qui profitait aussi bien à l'opposition extrémiste, qu'à des centres d'investigation, des consultants et des opérateurs liés à Washington. L’USAID avait déboursé presque 2 300 000 000 de dollars entre 2017 et 2021 pour des programmes destinés à des acteurs d'opposition. Guaido, pour sa part, gérait 98 000 000 de dollars destinés à soutenir à son soi-disant « Gouvernement par intérim. »
Mais la véritable dimension de ce négoce se trouvait dans l'industrie créée autour du département du Trésor. Tkacik décrit la façon dont la prolifération de sanction à constituer une économie propre : « une industrie artisanale de 30 000 000 000 de dollars », composé composée par des intrigants, des consultants de l’OFAC et des spécialistes en conformité qui touchaient des honoraires exorbitants (pouvant aller jusqu'à 1 000 000 de dollars) pour aider des individus et des entreprises à surfer sur l'exclusion du système financier mondial. Pour ces acteurs, une normalisation des relations avec le Venezuela aurait signifié la perte d'un marché extrêmement lucratif.
Dans cette écosystème, apparaît la figure de Martín Rodil, un agent politique résident à Washington, et rechercher en Espagne pour un réseau international d'extorsion. Selon l'enquête, Martín Rodil aurait obtenu « pas moins de 20 000 000 d'euros », en profitant de la criminalisation du commerce vénézuélien et de la vulnérabilité induite par les sanctions.
Sa façon d’opérer –« conseiller » des patrons vénézuéliens pour ensuite leur soutirer des millions sous la menace de sanctions –ne fut possible que grâce à la structure de coercition financière conçue par Washington.
Le pillage des actifs vénézuéliens à l'étranger complète ce panorama. L'opposition extrémiste, protégée par la reconnaissance des États-Unis, a pris le contrôle de CITGO et de divers comptes de l'État vénézuélien sans mécanisme réel de contrôle. Tkacik site l'ancien fonctionnaire du Conseil National de Sécurité, Juan Sebastián González, qui a indiqué que la Réserve Fédérale de New York en est venu à retenir environ 400 000 000 de dollars appartenant au Venezuela. Selon des documents diffusés postérieurement, ce chiffre retombe à un peu plus de 30 000 000.
Pour une large gamme d'acteurs à Washington et en exil, la poursuite de l'attaque du Venezuela créait plus de revenus et d'opportunités que son éventuelle résolution. Dans ce contexte, des opérations comme l'opération Gédéon étaient risquées et inutiles car le négoce de l'agression fonctionnait mieux sans changement réel de Gouvernement.
Ainsi, la révélation des plans d'attaque biologique n'est que la manifestation la plus crue d'un écosystème qui combine sanctions, sabotages, pillage des actifs et stimulations financières dans une même logique d'agression structurelle.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2025/12/03/venezuela-asi-circulo-en-ee-uu-el-plan-de-usar-armas-biologicas/
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