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Panama : Les élites et la déformation de l'histoire du Libérateur Simon Bolivar

30 Janvier 2026, 18:42pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Jaime Flores Cedeño

Traduction Françoise Lopez, pour Amérique latine–Bolivar Infos

200 ans après le Congrès  Amphictyonique 

Cette année, nous commémorons le bicentenaire du Congrès Amphictyonique  organisé à Panama par le libérateur Simon Bolivar dans le cadre de sa stratégie d'unité des territoires récemment émancipés qu'il a appelés « la Grande Patrie. »

Tandis que cette commémoration s'approche, il est impératif d'organiser des débats et des forums académiques qui évaluent le long chemin parcouru jusqu'à aujourd’hui dans la perspective des mouvements de libération nationale et des agressions impérialistes en Amérique latine, y compris la plus récente, celle du 3 janvier, dans la Patrie du Libérateur.

Dans le cadre de ce bicentenaire, nous voyons comment certains groupes d'enseignants nationaux et étrangers proches de la droite internationale cherchent à déformer l'héritage du Libérateur Simon Bolivar, en  le faisant voir comme un grand homme historique mais en considérant comme nul son héritage anti-interventionniste proclamé d'abord dans sa fameuse « Lettre de la Jamaïque » et ensuite dans sa convocation du « Congrès  Amphictyonique » de 1826 pour la lutte de l'autodétermination des peuples dirigée par de nombreux héros et martyrs du continent, dont l'un des principaux partisans était le commandant Hugo Rafael Chávez Frías.

Le travail de flottage idéologique que visent ces « intellectuels » n'est pas un hasard et ne fait pas partie d'un simple manuel élaboré par des novices. Au contraire, c'est la continuité de longues décennies d’une planification intellectuelle créée dans les cercle du pouvoir oligarchique et hégémonique destinée à salir les grandes figures révolutionnaires de l'Amérique latine pour diminuer leur histoire et pour qu'elle ne serve pas d'exemple aux générations qui élèvent la voix pour un monde plus juste.

Ces élites se réuniront pour faire des conférences sur le Congrès Amphictyonique en mettant l'accent sur l'appel du Libérateur à l'unité mais oublieront de mentionner que cette communion découle de la politique expressionniste proclamée par le président James Monroe en 1823. De même, elles passeront sous silence le fait que lors des sessions, il a été question de la possibilité de libérer Cuba du colonialisme espagnol par une incursion armée et de la formation d'une armée américaine pour résister à toute menace étrangère.

Ces conclaves « d'intellectuels » qui se réunissent dans de grands salons, en sécurité et loin des travailleurs, des étudiants, des chercheurs populaires et d’autres secteurs non inclus dans le pouvoir arriveront à la conclusion que le bicentenaire a été un événement important dans l'histoire du XIXe siècle mais sans aller au-delà.

Pour eux, l'exemple de la lutte anti-coloniale du Libérateur ne sert pas pour le présent, elle est restée dans le passé, ce qui doit prédominer, à présent, c'est la « soumission » et la résignation. Par conséquent, l'épée du Libérateur contre le joug colonial leur semble désormais sanglante, horrible et hautement scandaleuse pour leurs intérêts de classe.

Cette pensée et cette façon d'agir prend ses distances avec la véritable origine du Libérateur et de sa lutte armée pour expulser le colonialisme espagnol qui a provoqué un génocide extraordinaire en Amérique que même ses apologistes n'ont pas pu occulter malgré toutes leurs justifications. Bolívar, issu d'une lignée créole, était l'héritier d'une immense fortune qui le plaçait au sommet de la société. Cependant, il ressentait la discrimination des péninsulaires et les injustices qui s'accentuèrent après la victoire des Bourbons dans la guerre de Succession. Avec son armée, il remporta de grandes victoires continentales, aussi bien à Boyacá, Carabobo, Pichincha, qu’à Junín et Ayacucho.

Le Libérateur n'était pas un pacifiste comme ils veulent le montrer dans ces réunions de privilégiés. Au contraire, c'était un guerrier qui a mis en danger sa vie à de nombreuses occasions et a été l'objet de multiples attentats destinés à arrêter son autorité.

Le Congrès  Amphictyonique qu'il avait convoqué deux ans auparavant à Lima n'était ni une réunion destiné à remplir un espace ni une démarche de bureaucratie diplomatique. C'était une réalisation tactique de son objectif stratégique, qui était l'unité des territoires nouvellement émancipés face aux menaces provenant d'Europe avec la Sainte Alliance et l'expansionnisme des États-Unis qui considéraient les territoires hispanophones comme leur arrière-cour et le centre d'où ils tireraient leurs matières premières pour développer leur pays comme l'avait fait leur mère patrie, la Grande-Bretagne, quelques siècles auparavant avec la révolution industrielle.

Le Congrès  Amphictyonique ne s’et pas tenu dans l’isthme de Panama par hasard. Bolívar savait que sa position géographique était cruciale, comme cela avait été le cas à l'aube de la colonisation, pendant le processus de conquête et de colonisation espagnole. Il comprenait que le Panama, même s'il avait proclamé son indépendance le 28 novembre 1821 sans diffusion de sang, alors que ses troupes avaient un vaste contrôle sur l’Amérique du Sud, à cette époque, l’isthme avait été l'un des principaux centres de la marine espagnol qui partait affronter ses armées comme l'a noté Mariano Arosemena « Notes historiques », d'autres particularités coexistaient : les racines coloniales persistantes dans l'enceinte de la ville avec ses positions hanséatiques et les positions expansionnistes des États-Unis qui étaient évidentes à cette époque, et dans lesquelles on entrevoyait les plans stratégiques de domination, comme cela s'est effectivement produit quelques années plus tard avec la signature du traité Mallarino-Bidlack en 1846.

Les 200 ans du Congrès amphictyonique, face à la situation géopolitique actuelle qui conditionne le monde, doivent être un espace propice à la réflexion pratique, permettant de situer la pertinence de la pensée du libérateur Simón Bolívar et de sa lutte pour la libération coloniale de l'Amérique latine, qui ne cessa qu'à sa mort.

Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/01/29/panama-las-elites-y-su-distorsion-de-la-trayectoria-del-libertador-simon-bolivar/
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