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Venezuela: Le « contenu ultra-faux » comme arme dans l’attaque du Venezuela

18 Janvier 2026, 18:19pm

Publié par Bolivar Infos

 

Anatomie d’une offensive

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

Dans les jours qui ont suivi l'enlèvement du président Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores, nombreux sont ceux qui, sur les réseaux sociaux, ne discutaient pas du fait mais jouaient avec des images et des enregistrements audio créés à partir de l'intelligence artificielle (IA),  connus sous le nom de deepfakes (contenus ultra-faux).

Ceci n'avait rien de nouveau. D'abord est apparu une photo « trop parfaite : Maduro, escorté, parc de soi-disant agent des États-Unis–et presque en même temps des versions dérivées : des extraits, des vidéos générées à partir de l'image, de nouveaux téléchargements avec une musique épique et des textes désignant les coupables et tirant des conclusions.

La soi-disant première photo de Maduro escorté par des forces des États-Unis. Ce contenu a été partagé plus de 4000 fois sur X, Facebook, TikTok et YouTube. On a identifié comme source originale sur X l’usager @San_live qui se qualifie lui-même « d'enthousiaste du vidéo-art  fait avec l'intelligence artificielle » (la photo n'a pas été éliminée des plates-formes). L'authenticité de cette image a été remise en question par des services de vérification d'agence comme EFE et AFP.

Sur X (auparavant Twitter), une trace précoce de l’une des images les plus partagées a conduit à un compte qui se présente comme enthousiaste du "vidéoart fait avec l’intelligence artificielle". En quelques minutes, TikTok, Instagram, Facebook et YouTube se sont remplis de pièces fausses ou recyclées, tandis que les plateformes regardaient ailleurs ou fournissaient des réponses incohérentes sur l’origine du matériel.

Selon la revue spécialisée Wired, «pendant ces dernières années, les principaux incidents qui se sont produits dans le monde ont déchaîné d'énormes quantités de désinformation sur les réseaux sociaux, car les entreprises technologiques ont cessé de faire des efforts pour modérer leurs plate-formes. Beaucoup de comptes ont essayé de profiter de ces règles laxistes pour augmenter leur visibilité et gagner des adeptes.

Cet épisode est le point de départ de cette analyse : pas la question de savoir si la technologie pour la manipulation et la désinformation la plus effrontée existe mais comment elle est utilisée, comment elle se distribue et quels dégâts elle occasionne quand la vérification arrive tard.

Du contenu ultra faux au choc de l’information

La littérature récente tend à distinguer trois couches dans ce phénomène :

Le contenu ultra faux « strict » : un contenu créé par l'intelligence artificielle qui simule une identité ou des faits (visage, voix ou scène) avec une vraisemblance suffisante pour tromper. Des rapports qui font autorité préviennent qu'un contenu ultra faux bien synchronisé peut déclencher des crises politiques, de la violence ou l'effondrement de la confiance, surtout dans des situations polarisées.

Cheapfake (faux bon marché): manipulation de faible complexité : ralentir une vidéo, couper le contexte, altérer les sous-titres. Sa puissance réside dans sa distribution pas dans sa sophistication. Un exemple caractéristique est l'affaire Pelosi (2019) dans laquelle avait utilisé un enregistrement audiovisuel « ralenti » pour présenter Nancy Pelosi, ancienne présidente de la Chambre des Représentants des États-Unis, comme si elle était ivre.

Dividende du menteur (Liar’s dividend): plus les contenus ultra-faux se répandent, plus il est facile de nier le matériel authentique. Cet effet n'exige pas de contenu ultra-faux parfait : il suffit qu'il existe un doute général. Plusieurs analyses académiques et de politiques publiques le désignent comme un facteur important pour la démocratie et le journalisme.

Dans des conflits et des crises de haute intensité –guerre, coup d'Etat, élections, opérations militaires– ce qu'on appelle la « désinformation synthétique » (élaborée avec l'intelligence artificielle) s'intègre dans un schéma répété : « choc + saturation + attribution. »

Il y a d'abord un impact émotionnel (choc). Ensuite, on inonde l'espace avec des variantes (saturation) pour rendre difficile sa traçabilité. Et enfin, on essaie de fixer des « coupables », et des « récits » (attribution) même si le contenu original a déjà été démenti.

Le cas du Venezuela (2026)

Des vidéos apparemment créées par l'intelligence artificielle aux vieilles photos réutilisées, TikTok, Instagram et X n’ont pas fait grand chose pour arrêter l'avalanche de publications trompeuses qui s'est produite à partir du 3 janvier 2026, après l'invasion du Venezuela par les États-Unis, selon une enquête publiée par Wired.

Descher, déjà connu en suivi. Certaines personnes ont partagé sur les réseaux sociaux de vieilles vidéos en affirmant faussement montrer les attaques de la capitale du Venezuela, Caracas.

Quelques minutes après qu'on ait appris l'enlèvement du président Maduro, de nombreuses photos montrant des agents de la DEA surveillant le président vénézuélien se sont largement répandues sur de multiples plates-formes. Cette fausse image a été dénoncée pour la première fois par le vérificateur de faits David Puente.

David Puente a utilisé SynthID, une technologie développée par Google DeepMind qui identifie les images créées par l'intelligence artificielle:

« Selon mon analyse, la majeure partie de cette image ou sa totalité a été créée ou éditée en utilisant Google AI. J'ai détecté une marque d’eau SynthID qui est un signe digital invisible incrusté par les outils d'intelligence artificielle de Google pendant le processus de création ou d'édition. Cette technologie est conçue pour rester détectable même quand les images sont modifiées grâce à des coupures ou à une compression. »

Le chatbot de X, Grok, également confirmé que cette image était fausse quand plusieurs utilisateurs. Le lion demandé. Il a confirmé que l'image était une version retouchée de l'arrestation du trafiquant de drogue mexicain Dámaso López Núñez en 2017.

Des outils de l’IA  ont également été utilisés pour créer des vidéos à partir de l'image qui prétend montrer l'arrestation de Maduro. Sur TikTok, de multiples exemples de ces vidéos générées par l’IA ont été vues des milliers de fois quelques heures après l'enlèvement du président de son épouse.

Plusieurs des vidéos de TikTok étaient basées sur des images créés par l'intelligence artificielle publiées à l'origine sur Instagram par un créateur digital du nom de Rubén Darío et vues des milliers de fois.

Des vidéos similaires et de multiples variations avec des images de meilleure qualité, clairement conçues pour ressembler plus au style d'un photographe qui aurait travaillé pour les autorités étasuniennes  ont également fait leur apparition sur X. Par exemple, cette présentation de diapositives sur Instagram, qui présentait plusieurs de ces images avec une légende : « plus de photos de Maduro divulguées par les États-Unis. » 

Ont été également repris sur les réseaux sociaux et les chats de messagerie (Telegram et WhatsApp) des enregistrements avec des messages vocaux (créés par l'intelligence artificielle) attribués au président Maduro et soi-disant révélés par son avocat depuis la prison dans laquelle il est détenu illégalement à New York.

Bien que la fausseté de ces messages ait tes démontrée, ce contenu continue à être actif sur X et on peut également le trouver sur Facebook et Instagram.

Une analyse de l'un de ces enregistrements audio réalisés par l’Observatoire des Médias de Cubadebate grâce a la plate-forme Undetectable.ai, a estimé qu'il y avait seulement 1 % de chances qu'elle soit réelle.

La photo d'un soldat des forces spéciales des États-Unis soi-disant d'origine cubaine et présenté comme le chef du commando Delta Force qui a enlevé Nicolas Maduro a également circulé sur les réseaux cubains. À l'origine, elle a été divulgué par le site d'un individu d'extrême droite anti-cubain sur Facebook, et l'image a été reprise par des dizaines d'utilisateurs :

On a demandé à Grok si cette image avait été généré par l'intelligence artificielle, et il a répondu : « oui, cette image a été générée par l'intelligence artificielle. »

Principales raisons :

Il n'y a pas de preuve réelle de l'existence de Alexis "Cuco" Mendieta: bien que l'enlèvement de Nicolas Maduro par les forces de Delta Force soit un évènement réel rapporté par des sources fiables, aucune mention officiel officielle ou crédibles, ni identifie le commandant de cette force, comme un Cuban américain du nom d’Alexis Mendieta. Cette affirmation n'apparaît que dans des publications virales de réseaux sociaux (Facebook, Instagram, Threads) et de sites de la diaspora cubaine souvent sur un ton sensationnaliste ou humoristique ( « c'est ce que dit la voisine commère »), ce qui indique que c'est une rumeur ou un meme fabriqué pour devenir viral dans des communauté anti-Maduro.

Cette photo ne coïncide pas avec d'autres photos réelles des membres de Delta Force : les photos authentiques de Delta Force sont extrêmement rares à cause du fait qu'il s'agit d'une unité secrète (ils ne publient jamais de visages nets des membres actifs). Les images réelles disponibles sont floues, vieilles ou génériques.

Cette photo montre des détails typiques des images créées par l'intelligence artificielle : lumière parfaite, texture impeccable des vêtements, proportion des visages idéale et fond flou artificiel.

Similitudes avec des images créées par l'intelligence artificielle : 

Des recherches sur des images similaires révèlent que cette photo circule exclusivement dans des posts diffusant la rumeur concernant Mendieta et, comparée avec des exemples connus de soldats de Delta Force, créés par l'intelligence artificielle (comme modèle 3D ou stock photos), partage des caractéristiques communes : casque avec NVG quadruple, gilet avec l’ écusson «  DELTA FORCE » stylisé (rare sur les photos réelles), drapeau des États-Unis inversés dans certains cas et pose dramatique.

Il y a beaucoup d'autres exemples, certains identifié par la presse des États-Unis.


Laura Loomer, une partisane influente de Trump a été l'une des personnes à partager des images montrant une affiche de Maduro soi-disant en train d'être arrachée. Elle a écrit sur X : « Après la capture de Maduro par les forces spéciales des Etats-Unis ce matin, le peuple vénézuélien déchire les affiches de Maduro et les emporte dans les rues pour célébrer son arrestation par l'administration Trump ». Ces images ont été prises à l'origine en 2024.

Une autre vidéo qui affirme montrer des images de l'attaque de Caracas par les États-Unis a été publiée par l'utilisateur « Renseignement de la Défense » peu après que Trump ait annoncé l'enlèvement du président Maduro et a été vue sur X plus de 2 000 000 de fois. Les images en question ont été publiées à l'origine sur TikTok en novembre 2025.

Le chercheur Alan MacLeod, rédacteur en chef du journal Mint Press News, a dénoncé hier le fait « qu'une vidéo qui montre Maduro soi-disant en train de torturer des dissidents vénézuéliens est devenue virale avec 15 000 000 de visites et 80 000 « j'aime ». Le seul problème ? C'est une scène de film. »

Ce cas peut être considéré comme un deepfake (ou, plus précisément, un deepfake « par recontextualisation »), car il remplit la fonction centrale des images ultra-fausses dans la guerre cognitive : faire passer pour une preuve réelle un matériel audiovisuel qui ne prouve pas le fait qui lui est attribué. Même s'il n'y a pas de « visage synthétique » généré image par image, l'effet est le même : on fabrique une réalité en manipulant le sens, pas nécessairement les pixels.

Plateformes et canaux : que faire ?

Détecter les contenus ultra faux protège la prise de décision dans des situations où une image, une vidéo ou un enregistrement audio pourraient déchaîner des réactions immédiates et un contrôler avant qu'il y ait une vérification.

Un « contenu synthétique » vraisemblable peut créer la panique, l'agitation sociale, des changements de comportement aux élections ou des décisions économiques basées sur de fausses informations. Quand ce matériel circule rapidement et s'installe en tant que « preuve », le dommage ne se limite pas au contexte dans lequel il apparaît : il érode la confiance dans les institutions, dans les médias et dans les procédures de sécurité ou de justice, même après qu'on ait démontré qu'il était faux.

Des enquêtes ont prouvé que sur une population exposée à de fausses informations, seulement 30 % de ceux qui ont consommé l'information mensongères réussit à voir les démentis. C'est pourquoi les contenus ultra-faux facilitent des opérations de manipulation destinées à polariser, à imposer des cadres d'interprétation et à désigner des coupables à des moments critiques, en se transformant en instrument efficace d'influence politique.

Sur le plan individuel, l'usurpation audiovisuelle peut conduire à l'extorsion, aux menaces, au harcèlement ou à la destruction de la réputation. Et, à long terme, sa normalisation alimente un effet particulièrement corrosif : l'idée que « tout peut être faux », ce qui permet à des acteurs réels de nier des faits authentiques en prétendant qu'il s'agit d'intelligence artificielle.

Bien que la technologie avance rapidement, en 2026, beaucoup de contenus ultra-faux sont presque impossible à distinguer même s'il existe des méthodes manuelles et des outils pour les détecter :

Règle d’or (20 secondes) : si le contenu provoque l'euphorie, la rage ou la crainte et « ferme le problème » avec une seule image ou un seul enregistrement audio, considérez-le comme suspect, jusqu'à preuve du contraire.

Vérification rapide avant de partager  (checklist):

Origine : qui l'a publié en premier ? Si tu ne peux pas identifier le post original ou la source originale, ne le renvoie pas.


Contexte : y a-t-il la date, le lieu et média ou un auteur identifiable ? S il n'y en a pas, c'est un drapeau rouge.


Confirmation croisée : cherche deux confirmations indépendantes (des communiqués officiels, des médias avec la signature d'une rédaction ou d’un auteur, des vérificateurs).

Cohérence audiovisuelle :

Image : les bords du visage, des mains, un texte déformé, des accessoires « trop parfaits », des ombres incohérentes.


Vidéo : des sauts de lumière, des clignotements étranges, des dents ou des lèvres avec des appareils, un son qui ne « respire pas. »


Enregistrement audio : diction, excessivement, uniforme, respiration absente, intonation « plate », coupures étranges.


Preuve de l'origine : si c'est une image, réalise une recherche inversée, si c'est une vidéo, extrait des photographes et répète ta recherche. Si c'est un enregistrement audio, exige le lien de la publication original. (pas «, on me l'a fait parvenir ».)

Comment démentir sans amplifier ?

Ne rediffuse pas le fichier tel quel ; si tu as besoin de l’afficher, utilise une capture partielle, une faible résolution ou un flou et marque FAUX.
Partage le démenti avec un lien de source originelle et explique pourquoi il est faux (origine, date réelle, matériel recyclé).

Que faire si tu l'as déjà partagé :

– Efface ton partage, publie un correctif sur le même fil ou sur le même groupe et demande de ne pas continuer à le renvoyer.

–Si tu administre des groupes, inscrit un message : « sans source originale, on ne publie pas. »

–Hygiène de l'information en messagerie (WhatsApp/Telegram): méfie-toi des enregistrements audio « révélé » sans document original.

–En période de crise, définit 1 ou 2 sites « de référence » (institution, média ou Vérificateur) et donne-leur la priorité.

–Et souviens-toi que les détecteurs automatiques aident, mais ne remplacent pas la vérification de l'origine et du contexte.

Conclusion :

Lors d'une crise, la question décisive n'est plus de savoir si l'intelligence artificielle peut fabriquer une image vraisemblable, mais combien de temps elle mettra à l'installer comme preuve. » Dans les heures qui suivent un événement à haute tension, la désinformation ne se bat pas pour la vérité : elle se bat pour le premier impact, pour le volume et pour l’interprétation.

Là, c'est la séquence « choc + saturation + attribution » qui opère : émouvoir, inonder et fermer le récit avant que la vérification soit au centre de la conversation. C'est pour le contenu ultra faux et moins un prodige technique qu'une arme de distribution et de manipulation à grand échelle. 

Quand une image fausse circule d'un post original a des remises en ligne et de la au chat de messagerie fermée et enfin à la sphère publique, les dégâts ne dépendent déjà plus du fait que le montage soit parfait mais du fait qu'il trouve une audience prête à le renvoyer comme certain. Et chaque nouvel envoi, dans ce contexte, est une décision.

La défense la plus efficace n'exige pas de transformer toute la population en expert judiciaire, elle exige d'installer un reflet civique minimum : faire une pause, exiger la provenance, opposer et surtout ne pas amplifier.

Parallèlement, il faut que les plates-formes fassent leur part : étiquetage réel, friction de partage, traçabilité des remises en ligne et réponses cohérentes. Sans cette double couche de citoyens formés et de plateformes responsables, la prochaine crise répétera le même scénario, avec de nouveaux visages et le même objectif.

L’expérience du Venezuela, nous apprend que, dans des situations de haute polarisation, de sanctions, de guerre psychologique et de circulation massive de rumeurs, la désinformation, n’agit pas comme une « erreur » occasionnelle mais comme un dispositif soutenu de pression psychologique et de dispute de la légitimité : dans ce cadre, le contenu ultra-faux n'est pas seulement une falsification technique, c'est un instrument de la guerre cognitive destiné à modifier les perceptions, à conditionner les émotions et à déplacer le jugement du public.

Là, on a vu comment des enregistrements audio « révélés », des vidéos trois, OK tronquées et des pièces fabriquées avec l'intelligence artificielle peuvent activer des pics d'angoisse collective, alimenter des décisions précipitées et surtout imposer un cadre d'interprétation avant que le document ne soit confirmé.

C'est pourquoi, face au contenu ultra-faux, la clé est d'anticiper sa dynamique de distribution : réagir rapidement, avec des sources originales, créer des routines publiques de vérification, réduire le partage impulsif sur des messageries fermées et installer un « cordon sanitaire » autour de l'information pendant les premières heures, quand le choc cherche à se transformer en certitude.

Source en espagnol :
http://www.cubadebate.cu/especiales/2026/01/06/deepfakes-como-arma-informativa-contra-venezuela-anatomia-de-una-ofensiva/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/01/venezuela-le-contenu-ultra-faux-comme-arme-dans-l-attaque-du-venezuela.html