Venezuela: Le cyber-espace comme champ de bataille
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
L'attaque militaire du Venezuela par les États-Unis le 3 janvier 2026 n'a pas seulement ouvert un cycle de tension géopolitique maximale en Amérique latine, elle a placé au premier plan une composante habituellement opaque des opérations modernes : le cyberespace.
On ne sait pas vraiment comment ils ont fait mais dans une déclaration publique inhabituelle, le président Donald Trump et le chef de l'État Major Conjoint, le général John Daniel Caine en ont fait une pièce maîtresse de la « panne d'électricité » de Caracas pendant l'agression des États-Unis.
Trump a déclaré qu'avant l'incursion, « les lumières de Caracas » avaient été « en grande partie éteintes » grâce à « une certaine expertise » des agresseurs ; et Caine a ajouté qu'à l'approche des forces de la côte vénézuélienne, les États-Unis « ont commencé à superposer différents effets » fournis par le U.S. Space Command et le U.S. Cyber Command (le Commandement spatial des États-Unis (et le Commandement cybernétique des États-Unis) afin de « créer un couloir » qui faciliterait l'insertion des forces.
Des sources militaires citées par Axios renforcent cette lecture en signalant que le Commandement Cybernétique était « fier de soutenir », l'opération sans révéler de détails.
Dans les Europe précédents, l'opération et pendant celle-ci, des pannes importantes ont été enregistrées dans certaines zones de Caracas, suivies par une chute brutale de la connexion à Internet, constatée par les citoyens vénézuéliens et les compteurs internationaux spécialisés.
Le groupe de contrôle NetBlock a rapporté une perte de connexion dans des parties de la capitale correspondant aux coupures d’électricité pendant l’offensive.
Des spécialistes cités par Axios ont remarqué que, bien que le Venezuela ait subi des pannes d'électricité récurrentes à cause de la fragilité de ses infrastructures, la nature des coupures associées au 3 janvier –brusques, localisées et synchronisées avec l’attaque– ne correspond pas du tout avec les patrons habituels de pannes, ceux qui confirmerait la panne « cyber-assistée » et le point de vue qui combine, action physique, guerre électronique et emploi de capacités digitales pour maximiser l'impact sur les infrastructures stratégiques.
Preuves des attaques cybernétiques
Entre le 7 et le 12 janvier, de nouvelles preuves concernant le type d'attaque subi par le Venezuela ont émergé.
Axios a recueilli des témoignages d'anciens fonctionnaires et d'experts qui identifient « des signaux révélateurs » compatibles avec des attaques cybernétiques de l'armée des États-Unis, déjà décrites dans d'autres situations : coupures brusques, localisation géographique –c'est-à-dire, une perturbation concentrée dans des zones particulières, cohérentes avec la zone de l'incursion et non homogènes à l'échelle nationale– et un rétablissement relativement rapide dans les sous-stations, des signes qui démontrent qu’il ne s’est pas produit une « panne habituelle. »
Les rapports disponibles décrivent une dégradation en cascade : les dégâts ou la perturbation sur le système électrique impactent les antennes, les noeuds stratégiques et les services de voix et de données et génèrent des interruptions intermittentes ou totales. CORPOELEC , selon des communiqués, citées par les agences, a parlé de perturbations dans les sous-station et sur les lignes concrètes (Panamericana 69 kV et École Militaire 4,8 kV, entre autres), ce qui nous dit que cette attaque a eu un impact sérieux sur les infrastructures stratégiques du Gouvernement vénézuélien.
C'est agression n'a pas débuté le 3 janvier. Deux jours avant l'assaut, le réseau mondial de serveur qui sert d'intermédiaire entre les usagers et les sites Web, Cloudflare, a signalé une anomalie de routage BGP associée à CANTV, l'entreprise publique de télécommunications du Venezuela. C'est-à-dire qu'on a détecté au Venezuela des problèmes dans le service de navigation sur Internet qui ont débuté plus de 12 heures avant les attaques du 3 janvier.
Cloudflare a été explicite : cette sorte d'incident, observer de façon récurrente depuis début décembre, constitue un indicateur technique vérifiable d’instabilité dans la couche de navigation internationale à l'approche de l'attaque.
Il existe également des preuves publiques des impacts sur les infrastructures des télécommunications. Une analyse de ABC/Good Morning America a identifié, parmi les objectifs atteints, des antennes de communication. Des rapports journalistiques décrivent des dégâts sur des tours et des antennes.
Attaque contre l'antenne du Volcan. Source : La Patilla.
On a rapporté qu'une antenne antenne de signal dans la zone du mont El Volcán (sud-est de Caracas) faisait partie des objectifs atteints. L’incident a été accompagné de preuves audiovisuelles sur les réseaux et des mentions dans la presse.
Reuters a évoqué, en outre, un cas dans lequel une attaque a détruit une tour de télévision et de téléphonie qui s'était effondrée sur des logements dans les environs de Caracas (El Hatillo), faisant des victimes civiles, selon le témoignage recueilli par l’agence.
Le 7 janvier dernier, la ministre des Sciences et de la Technologie du Venezuela, Gabriela Jiménez, a dénoncé la destruction d'installations associées à l’Institut Vénézuélien de Recherche Scientifique (IVIC) dont des zones « qui hébergeaient des serveurs et du matériel essentiels » pour les réseaux d'ordinateur. Cette dénonciation a été diffusée au niveau international et accompagnée par un matériel audiovisuel. C’est-à-dire qu’il n’y a pas eu d’attaques sur "le réseau" en dehors de celles décrites mais que les capacités institutionnelles de calcul et de recherche ont été rendues inutilisables.
Les autorités vénézuéliennes ont révélé que le centre de mathématiques de l'Institut Vénézuélien de Recherche Scientifique (IVIC) avait été totalement détruit et quatre autres locaux (les centres de physique, de chimie, d’écologie et l'unité de technologie nucléaire) avaient été touchés par deux bombes des États-Unis qui sont tombés sur cette zone pendant les attaques militaires du 3 janvier dernier. Source : AlbaCiudad.
La guerre électronique et une autre pièce du casse-tête. Reuters et The Wall Street Journal en rapporter le déploiement d'unité spécialisé dans l'interférence de signaux (« jamming") le contexte de cette agression. Lors d'opération de supériorité aérienne, le « jamming » est compatible avec des efforts de « dégradation des communications et de la navigation » et avec des « pannes » et une désorganisation de l'information.
Une attaque de « jamming » est l'interférence intentionnelle de signaux de communication sans fil (comme le wi-fi, le GPS, le Bluetooth, les téléphones mobiles) pour les bloquer ou les dégrader. Source : The Guardian.
Le « jamming » appartient aux outils techniques qui connectent un spectre électromagnétique, des télécommunications et des infrastructures digitales dans n'importe quelle stratégie de guerre cybernétique.
En terme de possibilité technique, beaucoup de rumeurs disent que les États-Unis, un acteur d'État avec de hautes capacités, aurait tenté d'engager des mobiles pour obtenir de l'information de renseignement (contacts, situation, métadonnées, messagerie). Mais jusqu'à présent, les rapports les plus solides sur l'opération se concentrent sur les preuve concernant d'autres actions dans le cyber-espace et il n'y a encore aucun indice d'une intervention à distance sur les téléphones et les dispositifs électroniques du président Maduro et de son entourage.
À tout cela, s'ajoute le fait que Starlink, l’internet de SpaceX (l’ entreprise d’Elon Musk) par satellite, a annoncé avoir fourni un service gratuit de bande large pour le Venezuela jusqu'au 3 février 2026. Cette offre -accessible seulement à ceux qui disposent des terminaux adéquats– opère simultanément comme une possibilité d'accès à Internet de certains usagers dans des conditions de cyber-attaque comme un « geste » du patron ami de Trump et généreux donateur des républicains, dans un contexte d’effondrement de la connexion.
L'autre bataille : la désinformation + l'intelligence artificielle
Si le premier niveau d'une cyber-attaque a pour but d'endommager les infrastructures stratégiques, le second a pour but de saturer l'environnement informatif de « l'ennemi. »
L'observatoire des médias de Cubadebate a largement montré comment des images et de vidéos fausses ou sorties de leur contexte (matériel ultra-faux ou vieux matériel « blanchi » comme s'il était actuel et recyclage audiovisuel) ont circulé.
Nous avons décrit l'inondation de contenu trompeur après l'enlèvement du président, Nicolas, Maduro et de son épouse, Cilia Flores la façon dont de vieilles vidéos et de vieux films, ont fait leur réapparition pour les être présentés comme « des preuves » des soi-disant actes criminels du Gouvernement vénézuélien. On a même créer de faux personnages diffusés par les laboratoires anti-cubains de Floride.
La soi-disant première image de Maduro encadrer par les forces étasuniennes a été partagé plus de 4000 fois sur X, Facebook, TikTok et YouTube. On a identifié comme source originale sur X l’utilisateur @San_live qui s'auto identifie comme « enthousiaste du vidéo-art » créé avec l'intelligence artificielle. » L'authenticité de cette image a été remise en question par les services de vérification d'agences comme EFE et AFP.
Le saut qualitatif de ces derniers jours a été l'apparition de découvertes qui montrent des campagnes d'influence plus structurées, pas seulement « un chaos organique » des utilisateurs sur les réseaux sociaux comme ont été présentées initialement ces opérations de désinformation.
The Washington Post a fait savoir que des hackers extérieurs au Venezuela ont exploité cet événement pour « contaminer » le débat avec des récit contradictoires, des récits de conspiration et du matériel manipulé en utilisant les stratégies de saturation et des meme dont du matériel créé par l'intelligence artificielle.
Quand les pirates informatiques, « mettre des spaghettis sur le mur », cela signifie qu'ils essaient de nombreuses techniques, outils ou vecteurs d'attaque différents, souvent peu raffinés dans l’espoir l'un d'entre eux « s’incruste » et viole avec succès les défenses d'un objectif. C'est particulièrement habituel à l'étape initiale d'une cyber-attaque.
Les médias étasuniens ont attribué cette sorte de contamination à des hackers russes et chinois alors qu'il est connu que le fait qu'une campagne parte de comptes avec « des origines extérieures » ne prouve pas automatiquement qui en est l'auteur. Sur Internet, il est habituel de masquer la situation des attaques, des actions fréquemment utilisées par l'armée des États-Unis qui a des structures officielles d'influence très actives, en particulier lors d'opérations à l’étranger.
Le département de la Défense définit et régule les Military Information Support Operations (MISO) en tant qu'actions destinées à influencer des audiences étrangères intégrées dans des objectifs opérationnels. Des documents doctrinaux décrivent ces opérations comme des outils destinés à avoir une influence dans les dimensions politiques, sociales et informatives de l'environnement opérationnel. Ce n'est pas de la spéculation : c'est l'architecture de la doctrine publique.
On pourrait citer, par exemple, 3 cas très connus :
–Des enquêtes journalistiques de 2011 ont décrit des programmes et des contrats liés à des environnements militaires destinés à gérer des identités on line (le phénomène connu sous le nom de “sock puppets”).
–Pendant le coup d'Etat contre le président et Evo Morales, en Bolivie (2019), Facebook/Meta s'est-vu obligé d'éliminer un réseau de faux comptes et d'actif non authentiques liés à la firme étasunienne CLS Strategies. Le réseau « avait ses origines aux États-Unis » et se concentrait « principalement sur le Venezuela » et sur le Mexique et la Bolivie. Méta a considéré qu'il entrait dans le cadre d’une "foreign interference / coordinated inauthentic behavior" («interférence étrangère/comportement non authentique coordonné ») et de multiples investigations ont désigné MISO.
–En 2022, Meta et Twitter ont éliminé des réseaux de comptes qui diffusaient des messages pro-occidentaux et pro-États-Unis pour « comportement non authentique coordonné. » Ce cas a été rapporté par Axios et d'autres médias qui ont cité des analyses de Graphika et du Stanford Internet Observatory.
En terme opérationnels, cela renforce une leçon centrale : dans les conflits contemporains, le contrôle du récit se dispute avec la même urgence que le contrôle des sous-stations, des antennes et du spectre radio-électrique.
Les leçons de l’attaque
L'attaque de l'empire contre le Venezuela du 3 janvier 2026 n'a pas été uniquement un épisode « militaire » conventionnel mais une action de domination multiple (terre, air, mer, espace, cyber-espace) dans laquelle le cyber-espace, le spectre électromagnétique et la manipulation de l'information ont opéré comme armes pour désorganiser les capacités de l'État, influencer la perception publique et réduire le coût politique de l’agression.
La panne provoquée à Caracas apparaît dans le discours public de Trump et du chef de l'État Major Conjoint comme un vecteur opérationnel (« éteindre les lumières » et « superposé différents effets à partir d’U.S. Space Command et d’U.S. Cyber Command), c'est-à-dire dans le cadre de la conception de la guerre, et non comme un accident collatéral. Les dégâts sur les infrastructures stratégique. (énergie et télécommunications) et la dégradation de la connexion ne sont pas « du bruit » autour d'une action armée, c'était un mécanisme d’asphyxie tactique destiné à couper, à segmenter et à tromper la population vénézuélienne.
En termes militaires, et cela a été confirmé par les sources citées, cette opération a été conçue pour « ouvrir un corridor » pour l'armée des États-Unis, diminuer la résistance locale et limiter la capacité de commandement, de contrôle et de communication de l'État vénézuélien.
Une autre conclusion importante est politique : attaquer les infrastructures stratégiques et les nœuds des communications, en plus d'avoir des effets militaires, transfert le coût à la population avec l'interruption des services, les risques dans l'environnement urbains et sur des logements. Il y a eu des dégâts sur des antennes, des tours et des capacité institutionnelles (serveurs/équipement dans des installations ) et l'utilisation de l’interférence (“jamming”) dans le cadre de cette opération a été rapportée par la presse internationale.
Ce schéma est cohérent avec une doctrine de « domination » qui cherche la supériorité non seulement par le feu, mais par le blocage des services, la désorientation et la paralysie temporaire de l'adversaire dans un contexte dans lequel la distinction entre objectif militaire et écosystème civil devient délibérément poreuse.
D'autre part, le contrôle du récit a été disputé avec la même priorité que le contrôle du territoire. On peut voir un « second niveau », basé sur la désinformation, le recyclage audiovisuel et le contenu synthétique ou ultra-faux (« deepfake » ) et des preuves de campagne, plus structurée. Il y a des rapports de « contamination » du débat avec des récits contradictoires et du matériel manipulé produit hors du Venezuela.
Il n'y a pas eu non seulement « désinformation » mais emploi de tactiques destinées à multiplier des versions favorables à l'armée des États-Unis, à éroder la confiance, à rendre difficile l'attribution de sources et à créer les conditions pour imposer la version des centres de pouvoir médiatiques et gouvernementaux des États-Unis. Washington dispose de cadres doctrinaux et d'antécédents prouvés d'opérations d'influence à l’étranger (MISO/PSYOP et gestion d’identités), il est donc logique de supposer que, dans une attaque d'une telle envergure, ces unités sont également entrées en action au Venezuela avant, pendant et après le 3 janvier.
Enfin, l’épisode de Starlink souligne un aspect fréquemment sous-estimé : dans les conflits contemporains, les acteurs privés peuvent devenir des supports politiques de connexion, de légitimation du récit de l'empire et de dépendance technologique.
L'offre de service gratuit de l'entreprise d'Elon Musk « pour soutenir le peuple » n'est pas neutre. Elle fonctionne à la fois comme une solution sélective pour ceux qui ont des terminaux et comme un geste communicationnel aligné sur les intérêts des États-Unis. Elle renforce les asymétriques qui se sont exprimées dans une attaque aussi brutale que celle qu'à vécu le peuple vénézuélien et cherche à ouvrir un flan dans la souveraineté des nations agressées par Washington.
Source en espagnol :
http://www.cubadebate.cu/especiales/2026/01/13/el-ciberespacio-como-campo-de-batalla-lecciones-del-ataque-de-eeuu-a-venezuela/
URL de cet article :
https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/01/venezuela-le-cyber-espace-comme-champ-de-bataille.html