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Amérique latine : Réflexions sur le concert de Bad Bunny au SuperBowl, pour ceux qui ne supportent pas Bad Bunny

11 Février 2026, 17:39pm

Publié par Bolivar Infos

Luigino Bracci,

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

Benito Antonio Martínez Ocasio, musicien, portoricain, mieux connu, sous le nom de Bad Bunny, est un personnage controversé. Beaucoup de ses chansons et de leurs paroles ont été critiquées pour dénigrer et objectiver les femmes, hypersexualiser, évoquer fréquemment la consommation de drogues illégales, la violence et d'autres thèmes considérés comme néfastes, en particulier pour les plus jeunes. Cependant, sa participation et son concert ce dimanche à la mi-temps du SuperBowl LX (peut-être l'un des spectacles les plus regardés aux États-Unis) ont fait beaucoup parler d'eux.

Même si on ne peut nier bon nombre des critiques formulées à l'encontre de la musique, de la prononciation et du style de Bad Bunny, l'artiste a mis à profit sa popularité pour mettre en lumière les problèmes sociaux de Porto Rico et renforcer le soutien à l'identité et à la culture portoricaine et latino-américaine. 

Ce concert s'est déroulé aux États-Unis, au milieu du conflit entre le président Donald Trump, un patron qui s’est vanté d'avoir des positions suprémacistes et d'extrême droite pour arriver au pouvoir à deux occasions et les émigrés, en particulier, les émigrés latino-américains.

Trump a polarisé son propre pays en bloquant l'arrivée de migrants aux frontières, en expulsant des dizaines de milliers d'entre eux (souvent en les envoyant dans des prisons d'autres pays comme le CECOT du Salvador), en éliminant de nombreux mécanismes destinés à leur légalisation et en faisant des déclarations xénophobes permanentes contre les latinos. Cela n’a pas seulement causé un fort  rejet parmi la population latino, mais aussi parmi la population blanche et afro-descendante qui ne sont pas d'accord avec ces actions.

Trump a aussi a augmenté le budget, le personnel et les pouvoirs du Service de Contrôle de L'immigration et des Douanes (ICE) qui est devenu un corps répressif qui persécute toute personne qui ne semble pas en gros saxonne. Lors de ses actions, il a assassiné aussi bien des émigrés latino que des citoyens des États-Unis.

L’ICE a été accusé de violation des droits de l'homme par des organisations étasuniennes et international : l'ACLU (Union américaine pour les libertés civiles), Amnesty International, Human Rights Watch et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme. Il est souvent comparé à la Gestapo de l'Allemagne nazie pour cette raison.

Il y a quatre mois, la NBC, la chaîne qui possède les droits du Super Bowl et qui a déjà eu plusieurs affrontements avec Trump, a fait savoir que Bad Bunny serait le musicien chargé de la mi-temps du Super Bowl. Quelques jours plus tard, dans le célèbre programme humoristique Saturday, Night Life, Benito annonçait: « C'est dans quatre mois. Vous avez encore le temps d'apprendre l'espagnol, » soulignant que son récital ne serait pas en anglais.

Le concert

La langue espagnole a été majoritaire dans ce concert. Le spectacle a commencé avec le message: « Benito Antonio Martínez Ocasio présente… le spectacle de la mi-temps du Súper Tazón. »

Le concert du Superbowl avait pour scène un décor fantaisiste composé de palmiers, de cannes à sucre et des toits de deux bâtiments du Morro du Vieux  San Juan, avec son marché La Marqueta, sa petite maison, son salon de coiffure et un magasin d'alcool qui s'appelait simplement « Conejo » (« Lapin »).

Bad Bunny a commencé le concert en chantant « Titi me preguntó », un ballon de football américain à la main, tout en marchant parmi les cannais, entouré de personnes travaillant avec des machettes. Il s'est également déplacé parmi les vendeurs de noix de coco fraîches et de piraguas (granités), des hommes jouant aux dominos, des filles se faisant les ongles et travaillant sur des chantiers de construction.

En chantant “Yo perreo sola”, Benito et passer à ce qu'on attendait de lui, en tant qu'artiste du genre : il a chanté du reggaeton, avec de nombreuses ballerines qui… disons… Effectué une danse lascive. L'immense écran géant du stade, Levi’s de San Francisco portait les mots «PERREO PERREO » ainsi que les paroles des chansons.

Pour certains, il faut voir la danse comme acte de résistance.

Lorsque « Gasolina »  ("Essence") de Daddy Yankee a retenti, Benito a rappelé: « Tu écoutes de la musique de Porto Rico, des quartiers et des villages ». 

Le virage dans le concert a eu lieu quand, après la mise en scène d'une noce, est apparu par surprise, Lady Gaga chantant “Die With a Smile” (ballade qu'elle a écrit avec Bruno Mars) mais en version salsa avec l'ensemble portoricain Los Sobrinos. elle l'a chanté et ensuite elle a dansé avec Benito sur sa chanson « Danse inoubliable », un clin d'œil à l'union et à la convivialité des cultures qui rendent les États-Unis si divers.

Ensuite, l'artiste a chanté “Nuevayol” (sa version de « un été à New York », du Grand Combo) avec une chorégraphie de salsa spectaculaire avec des dizaines de danseuses.

Lors du concert, Bad Bunny a remis à un enfant l'un des prix Grammy qu'il a obtenu dimanche dernier. L'enfant était un acteur, Lincoln, Fox, qui ressemblait à Liam Conejo, le petit de 5 ans arrêté à Minneapolis et devenu un symbole de la politique migratoire, agressive de la Maison-Blanche.

Que s'est-il passé d'autres pendant le concert ?

À un autre moment, des travailleurs de l'électricité escaladent des pylônes électriques et Benito lui-même le fait ensuite,  ouvrant la voie à la chanson « la panne d'électricité. »

Cette chanson a été lancée en 2022, et elle est, en partie, une célébration de la fierté portoricaine mais elle dénonce aussi les très graves problèmes sur l'île de Porto Rico : les coupures d'électricité après la privatisation du service et la gestion de LUMA Energy qui a énormément augmenté les tarifs et laisse pendant des heures des régions de l'île, dont des hôpitaux, sans électricité.

En plus, « panne d'électricité » dénonce la façon dont les Portoricains qui habitaient certaines zones de l'île ont été obligés de quitter leur foyer car les édifices dans lesquels ils résidaient en tant que locataires avaient été achetés par de riches entrepreneurs étrangers (embourgeoisement).

Elle dénonce aussi la privatisation des plages aux mains de grandes sociétés immobilières privées.

Avec cette chanson, Bad Bunny, s'est éloigné du format normal des vidéos musicales et a fait un documentaire de 20 minutes appelé « Les gens vivent ici » avec la journaliste indépendante Bianca Graulau qui interviewe de nombreuses personnes affectées par ces trois situations.

La phrase « Maintenant, tout le monde veut être latino, mais non. Ils n'ont que la fausse saveur, la batterie et le reggaeton », extraite des paroles de « La panne d’électricité » chantée par Bad Bunny au SuperBowl, a été l'une des plus reprises sur les réseaux sociaux.

Ricky Martin et ce qui s’est passé à Hawaï

Ricky Martin, une autre idole portoricaine qui a également pénétré le marché anglo-saxons, a chanté « Ce qui s'est passé à Hawaï », une chanson que Bad Bunny a lancée en 2025 et qui est devenue, peu à peu, une partie du répertoire des anti-impérialistes et anti-colonialistes du monde entier.

La chanson dit : « ils veulent m'enlever le fleuve, et aussi la plage/ ils veulent mon quartier et que ma petite grand-mère s'en aille/  Non, ne lâche pas le drapeau et n'oublie pas le lelolai / Je ne veux pas qu'ils fassent avec toi ce qui est arrivé à Hawaï ».

Elle dit aussi : « Ici, personne ne voulait partir, ceux qui sont partis rêvent de revenir / Si un jour cela m'arrivait, cela me ferait beaucoup de peine / Une autre campagnarde qui se bat, une qui n'a pas abandonné / Elle ne voulait pas partir non plus et elle est restée sur l'île ».

Et que s'est-il passé à Hawaï ?

Cette île, jusqu’au XIXe siècle, était une monarchie composée par les descendants des différents peuples originaires qui peuplaient l’île.

Son économie a commencé à être dominé par de grands propriétaires, terriens et des patrons étasuniens qui se consacrer à la canne à sucre. En 1887, ce groupe de patrons a obligé le roi Kalākaua à signer le nouvelle Constitution sous la menace des armes. On a retiré une grande partie de son pouvoir au monarque et on n’a donné le droit de vote qu’aux propriétaires terriens riches (en majorité étrangers), laissant les natifs sans voix.

Quand la reine Liliʻuokalani a tenté de rétablir le pouvoir de la monarchie et les droits des natifs, les patrons étasuniens ont organisé un coup d’Etat.

Le ministre des États-Unis à Hawaï a ordonné le débarquement de marins étasuniens pour « protéger leurs intérêts », ce qui a intimidé la reine et l’a obligé à abdiquer pour éviter un bain de sang.

Les États-Unis, après avoir promulgué une Constitution dans le style des États-Unis et aboli la monarchie hawaïenne, ont décidé, en 1898, d’annexer Hawaï en tant que territoire. La nécessité d'avoir une base militaire là pour dominer l'océan Pacifique a influé sur cette décision. Hawaï obtiendra la catégorie d'État en 1959.

« Ce qui s'est passé à Hawaï » est une référence évidente à ces évènements et une comparaison avec ce qui pourrait arriver à Porto Rico. Et au Groenland. Et à Cuba. Et dans tant d’autres pays et pour tant d'autres peuples qui sont dans la ligne de mire de l'empire des États-Unis.

L'Amérique en tant que continent

Le final a été spectaculaire. Alors que retentissait la chanson « café avec rhum », les gens couraient  avec des drapeaux de tous les pays du continent. Benito a reçu de nouveau le ballon de football américain qu'il avait au début du concert et a crié la phrase classique “God Bless America” (Dieu bénisse l'Amérique ! ») une phrase que les Etasuniens s'appliquent à eux-mêmes car pour eux, « l'Amérique », c'est uniquement leur propre pays : les États-Unis.

Mais Benito a continué, le ballon à la main, et il a réciter les noms de tous les pays du continent du Sud au nord : « le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, le Paraguay, la Bolivie, le Pérou, l'Équateur, le Brésil, la Colombie, le Venezuela, le Guyana, le Panama, le Costa Rica, le Nicaragua, le Honduras, le Salvador, le Guatemala, le Mexique, Cuba, la République Dominicaine, la Jamaïque, Haïti, les Antilles, les États-Unis, le Canada et mi homeland, ma patrie, Puerto Rico. »

Son message est évident : l'Amérique, ce n'est pas un seul pays, nous sommes tous l'Amérique.

Tandis que les musiciens faisait raisonner les tambours de Bad Bunny, sur l'écran géant, il y avait la phrase en anglais “The only thing more powerful than hate is love” (« la seule chose qui est plus puissante que la haine, c'est l’amour »).

Benito a montré très rapidement le ballon à la caméra, en disant : «Together we are America » (« Ensemble, nous sommes  l’Amérique. »)

Autres détails

Le drapeau de Porto Rico utilisé par Benito en chantant « la panne d'électricité » est celui qu'utilisent les partisans de l'indépendance de l’île avec le bleu clair caractéristique, et non le bleu foncé traditionnel.

Pendant qu'il chantait “Nuevayol”, Benito a reçu une boisson d'une femme du troisième âge qui lui souriait avec bonheur : c’est Toñita (María Antonia Cay), une femme de 85 ans, née à Juncos, Puerto Rico, et patronne du Caribbean Social Club, une affaire qui a plus de 50 ans et est une sorte de refuge pour les latinos qui vivent à New York et cherchent à passer une nuit comme s'ils étaient dans leur pays natal.

Cardi B, Karol G, Pedro Pascal, Jessica Alba et Ronald Acuña on fait des apparitions dans différentes scènes du concert.

L'un des premiers à élever la voix contre ce spectacle a été Donald Trump dans un post sur son réseau Social Truth, quelques minutes à peine après la fin du spectacle : « Personne ne comprend rien à ce qu'ils disent » et « Ce spectacle est gênant, en particulier pour les enfants, qui le voient, a-t-il écrit.

On peut comprendre les objections de parents inquiets mais pas celles de Donald Trump. Celui-ci devrait répondre aux nombreux signalement qui le font apparaître des milliers de fois dans les archives de Jeffrey Epstein, et le signalent comme coupable, ou au moins complice de pédophilie.

Par ce texte, je ne cherche à réconcilier personne avec Bad Bunny, mais nous devons au moins comprendre que sa position en ce moment, aux États-Unis, est juste, courageuse et nécessaire.

Source en espagnol :
https://albaciudad.org/2026/02/tips-concierto-bad-bunny-superbowl/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/02/amerique-latine-reflexions-sur-le-concert-de-bad-bunny-au-superbowl-pour-ceux-qui-ne-supportent-pas-bad-bunny.html