Cuba: L’horizon et le rocher
Par Geraldina Colotti
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Il existe une image qui définit l'ontologie de Cuba mieux que toute statistique : celle d'une île qui est, en même temps, la ligne d'horizon pour celui qui rêve d'un autre monde et le rocher contre lequel se brisent, depuis plus deux 60 ans, les vagues d'un empire qui ne tolère pas l'existence d'un bastion de souveraineté à quelques kilomètres de ses côtes. Cuba n'est pas seulement un pays, c'est une fissure dans le mur de la pensée unique atlantiste, une sentinelle qui empêche la mer des Caraïbes de redevenir, selon les souhaits de la doctrine Monroe, un lac privé de Washington.
Pour comprendre l'agression actuelle, nous devons nous immerger dans la perspective historique qui fait de Cuba le cœur symbolique du continent. Comme dans le cas du Venezuela, l'attaque des États-Unis ne vise pas seulement les ressources, elle cherche à éradiquer une idée. Cuba a appris au monde que la souveraineté ne se mesure pas à travers le PIB, mais à travers ce que nous pouvons définir comme la dignité en tant que ressource naturelle. C'est l'héritage de José Marti et de sa « Notre Amérique » : l'idée que l'émancipation n'est pas un cadeau des voisins puissants mais une chose née de la souveraineté des peuples.
Cuba a transformé cette dignité en pratique à travers l'internationalisme. Comme disait Fidel Castro, être internationaliste, c’est solder notre propre dette envers l’humanité. Quand nous parlons de la tendresse des peuples, nous ne citons pas une formule poétique mais les médecins cubains qui amènent la vie là où l'impérialisme sème des drones. Cette capacité d'exporter la santé est la plus grande insulte à l'éthique du capital.
Précisément, en cette année 2026, le monde célèbre le centenaire de la naissance de Fidel Castro. Un anniversaire qui n'appartient pas au passé, mais à l'avenir de la géopolitique mondiale. Le président russe Vladimir Poutine l'a rappelé avec force en recevant le chancelier cubain Bruno Rodriguez : évoquer Fidel aujourd’hui, c’est reconnaître la vision de l'avenir d'un dirigeant qui, avec Chávez, avait prévu la fin de l’uni-polarité et la nécessité d'un monde multipolaire.
Fidel est le pont idéal entre la résistance du XXe siècle et la naissance des BRICS+. Précisément en cette année 2026, la participation de Cuba comme pays associés des BRICS+ démontre que l’île n'est pas un fragment isolé dans le temps, mais un noeud vital dans le réseau du nouveau monde multipolaire. Ses relations avec la Chine et la Russie par le biais de cette nouvelle architecture mondiale sont la construction d'une défense collective contre l'hégémonie du dollar.
L'agression des États-Unis, contre Cuba, après celle dirigée contre le Venezuela, répond à une logique d'effet dominos : frapper Cuba pour décapiter la pensée critique régionale, effacer le Nicaragua sandiniste et rétablir la doctrine Monroe sur tout le continent. Il existe une relation organique entre la résistance cubaine et la résistance vénézuélienne : ce sont des vases communicants. Cuba agit comme bouclier éthique pour le Venezuela et Caracas donne de l'oxygène énergétique pour briser le blocus.
L'agression militaire, les bombes cognitives, lancer contre l'île servent à affaiblir tout l'axe de la résistance. Celui qui ne comprend pas que le sort de La Havane et celui de Caracas sont indissociables n'a pas compris la nature de la guerre hybride et multidimensionnelle en cours. Dans ce cadre, le blocus agit comme une arme d'extermination silencieuse.
Dans les années 2025–2026, les dégâts est estimé en dépassé des 5 000 000 000 de dollars par an. L'inclusion absurde de Cuba dans la liste des pays qui soutiennent le terrorisme est le sceau d'une architecture de la terreur financière. Ce n'est pas une pression économique, c'est une tentative pour provoquer l'effondrement systémique pour ensuite le présenter dans les médias comme l’échec du socialisme. Mais le rocher résiste parce que sa structure est faite de conscience collective.
Et l'empire a fait de mauvais calculs. La réaction de l'Amérique latine et du monde ne s'est pas faite attendre. Tandis que les Gouvernements progressistes de la région haussent la voix dans les forums internationaux, des mouvements populaires européens naît une réponse concrète qui stimule l'héroïsme de la résistance palestinienne. On est en train de préparer une Flottille de la liberté, des bateaux chargés d'aide, de combustible et, surtout, de militants prêts à briser physiquement et poliment le blocus naval.
Cette initiative change le concept: Cuba n'est plus seulement un peuple à aider mais une tranchée à protéger. Comme avec Gaza, la flottille déclare que le blocus est un crime contre l'humanité et que la société civile mondiale ne pense pas rester les bras croisés pendant qu'un peuple est étranglé par la faim.
Mais il faut démasquer l'insidieuse dynamique de la guerre cognitive qui utilise une révolution contre l'autre. Il existe aujourd'hui une redécouverte paradoxale et rituelle, de Cuba par certains secteurs de la gauche européenne qui, jusqu'à hier, la regarder avec méfiance, et qui maintenant l'utilise comme arme pour attaque le soi-disant tournant modéré du Venezuela.
C'est une manipulation mesquine qui utilise Cuba comme un fétiche de pureté idéologique pour frapper Nicolas Maduro et Delcy Rodriguez en les accusant de pragmatisme excessif alors qu'il négocient, avec un pistolet sur la tempe, leur propre survie.
Ces critiques, souvent retranchés dans une gauche qui n'aime que les révolutions immobiles ou n’aime que pleurer sur les victimes, brandissent aujourd'hui l'image d'une Cuba cohérente pour dénoncer une soi-disant trahison de Caracas.
Mais où étaient ces partisans de la dernière heure quand le Venezuela était dépouillé de ses ressources et agressé militairement ? Pourquoi ne comprennent-ils pas que la souplesse tactique de Caracas est la fille du même siège que Cuba combat depuis 60 ans, mais avec le désavantage de ne pas avoir expulsé par la force sa propre bourgeoisie ?
Ces secteurs puristes font semblant de ne pas voir que les réformes économiques à Cuba –l'ouverture aux petites et moyennes entreprises et les réformes monétaires– et les négociations souveraines du Venezuela sont deux faces de la même monnaie : la défense du pouvoir populaire à un moment d'asymétrie extrême et sous la complète hégémonie du marché capitaliste au niveau international.
Opposer La Havane et Caracas est une faveur faite à l'impérialisme. Celui qui aujourd'hui loue Cuba seulement pour discréditer le Venezuela est en train d'essayer de couper les vases communicants de la résistance latino-américaine. Il tente d’étouffer le moteur de la solidarité réciproque en ignorant que, sans le pétrole et le soutien politique du Venezuela, le blocus de Cuba serait encore plus féroce et que sans l'exemple éthique de Cuba, le Venezuela serait plus seul dans la tourmente. La transformation économique intérieure de Cuba est un acte de réalisme révolutionnaire, une tactique de survie dans un monde dominé par le marché capitaliste qui a isolé l’île.
Et qu'on ne peut être avec Cuba si on n'est pas avec le Venezuela. La résistance est une, indivisible et multipolaire. Celui qui cherche à la diviser, qui joue le jeu du bon « révolutionnaire » contre le mauvais négociateur, ne fait rien d'autre, que préparer le terrain pour la défaite des deux. C'est la fameuse gauche du doute qui, incapable d'agir chez elle, exige le martyre des autres.
Défendre Cuba signifie défendre sa capacité de s'adapter sans trahir sa propre mission : garantir la dignité malgré le blocus le plus long de l'histoire. Comme l'enseignait Fidel, la révolution est la lutte pour changer tout ce qui doit être changé mais sans céder jamais sur les principes.
En conclusion, en siècle de Fidel, cuba, continue à être l'horizon parce que sa résistance et la seule mesure de notre liberté. Elle continue à être le rocher parce que, tant que la havane ne tombe pas, l'impérialisme ne pourra jamais proclamer la fin de l'histoire. Comme l'écrivez Marti : « un principe juste du fond d'une grotte peut plus qu'une armée. »
L'agression qui se profile est le dernier soupir d'un empire sénile qui craint la solidarité mondiale et la mémoire vivante de Fidel Castro. Mais la dignité n'est pas une condition passive, c'est un acte de guerre contre l'injustice qui invite les peuples à remplir leur rôle.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/02/19/cuba-el-horizonte-y-la-roca/
URL de cet article:
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