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Honduras: Le vrai visage des Zones d’Emploi et de Développement Économique

22 Février 2026, 18:39pm

Publié par Bolivar Infos

 

par Edith Romero

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

En avril 2025, Palantir, l'entreprise de Peter Thiel, a fait les gros titres après la publication de documents qui détaillaient sa collaboration avec le service de l’Immigration et du Contrôle Des Douanes (ICE) des États-Unis, pour créer ImmigrationOS, une énorme base de données composée d'informations recueillies auprès de diverses sources parmi lesquelles le Service des Impôts Internes (IRS) pour surveiller, arrêter et déporter les immigrés. Ce n'est pas la première fois que Thiel se trouve à l'avant-garde d'initiatives qui ont pour objectif de déshumaniser et d’attaquer les personnes racialisées. En effet, le magnat de la technologie est l'un des multimillionnaires qui dirigent notre version moderne du néocolonialisme technologique, le nouveau et ancien monstre de l'empire qui colonise les terres, extrait les ressources, exploite les populations natives et profite de leur souffrance.
 
En tant qu’émigré hondurien, je le sais bien.

En 2009, le Honduras a été soumis au chaos après un coup d'Etat militaire qui a déstabilisé le pays et provoqué des niveaux de violence et de répression sans précédent.

Suivant l'exemple de la « doctrine du choc », les acteurs politiques de l'élite qui étaient derrière le coup d'Etat (parmi lesquels le narco-dictateur Juan Orlando Hernandez à présent, amnistié par Donald Trump, après avoir été condamné à 45 ans de prison pour trafic de drogue et délit en relation avec des armes) ont assoupli les protections environnementales sur le territoire honduriens et approuvé des contrats illégaux pour vendre les terres indigènes protégée au plus offrant. 

Parmi d'autres cas de corruption et d'appropriation de terre, le Gouvernement approuvé [en 2013 et ensuite réformé en 2021] une loi qui permettait la création des Zones d’Emploi et de Développement Économique (ZEDE) de Peter Thiel. Les ZEDE sont nées de l'idée des « villes charter. » Proposées par la direction de la Banque mondiale et l'économiste Paul Romer, ces villes sont des enclaves dans des pays à faible revenu qui « encouragent la croissance économique », grâce à la privatisation et à l'élimination des régulations nationales tout en offrant d'importantes incitations fiscales aux pays étrangers pour qu'ils investissent dans les affaires. Les zones économiques spéciales du Kenya, du Bangladesh et de l'Éthiopie ont été l'objet de critiques à cause de leurs bas salaires, des dures conditions de travail et des menaces envers le droit de libre association et de négociation collective. Romer, l'un des premiers défenseur des ZEDE au Honduras, à exprimer ses critiques en 2015, concernant les ZEDE honduriennes à cause de leur absence de reddition de comptes devant les lois locales et de leur gouvernance anti-démocratique.

Ces ZEDE sont un projet de Praxis, une start-up financée par des multimillionnaires de la technologie qui ont pour objectif de créer des villes–Etat pour « restaurer la civilisation occidentale. » Les ZEDE peuvent avoir leur propre Gouvernement, leur propre police, leurs propres tribunaux et leurs propres lois et les impôts recueillis ne sont pas payés au Gouvernement hondurien mais aux ZEDE elles-mêmes.

Les ZEDE sont le rêve de tout multimillionnaire de la technologie : pouvoir sans limite, fantasmes technologiques, accaparement des ressources, un Gouvernement dirigée par l'intelligence artificielle et la cryptomonnaie comme principale monnaie.

Des organisations des droits de l'homme ont tiré la sonnette d'alarme sur la façon dont les ZEDE ont déplacé les communautés indigènes.

Próspera (une des 3 ZEDE du Honduras)  possède même un centre de Bitcoin, associé à des entreprises technologique qui offre une thérapie génique pour 25 000 $ et « des services d'implantation sous-cutanée et une variété d'améliorations cybernétiques. » Próspera est située à Roatán, une île hondurienne, qualifiée de l'un des meilleurs lieux du monde en 2023 par la revue Time. Roatán est une beauté tropicale des Caraïbes, entourée par le second récif de corail le plus grand du monde et héberge une riche culture afro-descendante, le peuple garífuna qui lutte depuis des siècles contre les menaces envers sa souveraineté. Roatán, un endroit très convoité pour le tourisme de luxe étranger et les investissements, a été le témoin de la fondation de Próspera en 2017 avec le financement d'individus comme Peter Thiel et de Pronomos Capital, dirigée  par Patri Friedman, petit-fils de Milton Friedman, considérer par beaucoup comme le père du néolibéralisme, de la dérégulation et de la privatisation.

Il y a une infinité de raison pour que les ZEDE soit dangereuse pour le peuple hondurien. Les organisations des droits de l'homme ont tiré la sonnette d'alarme à propos de la façon dont les communautés indigènes qui ont des liens ancestraux avec la terre ont été déplacées et expropriées de leur territoire. 

Greicy, une femme indigène garífuna de Triunfo de la Cruz, sur la côte du Honduras, trouve des similitudes entre la ZEDE de Próspera et d'autres appropriations illégales et dépouillement de terres dans son peuple ancestral. Pour des raisons de sécurité, Greicy n'indique que son prénom dans cet article.

« Bien, qu'ils disent le contraire, je vois que seuls les riches en bénéficie, sachant parfaitement que nous, les garífunas, vivons de la plage, vivons du tourisme, vivons de la pêche, et également vivons du fait de cultiver, récolter et semer nos propres aliments. C'est vrai ? Mais maintenant il ne nous reste aucune terre, » affirme-t-elle.

Le harcèlement, la violence des menaces de la police hondurienne ont poussé Greicy à émigré au nord, à la Nouvelle-Orléans (États-Unis) et à devenir un témoignage vivant de la façon dont le néocolonialisme a déplacé des millions de familles dans le Sud Mondial.

La famille de Greicy fait partie des familles, concernées par la sentence de la Cour Américaine de 2015 qui a déclaré l'État du Honduras coupable de violations des droits du peuple garífuna à Triunfo de la Cruz et Punta Piedra et a ordonnée à l'État de payer une indemnisation pour ses droits sur les terres communales. Malgré la sentence, l'État hondurien n'a engagé aucun processus de restitution et les menaces et la violence envers les dirigeants garífunas persistent. Greicy considère que les ZEDES sans l'outil définitif pour dépouiller le peuple garífuna de ses terres ancestrales.

« Au Honduras, la sentence n'a pas été respectée, les revendications n'ont pas été écoutées. Et j'imagine qu'il y aura encore plus de dépouillement de terres [avec plus de ZEDES], un dépouillement non seulement des foyers, mais aussi des moyens de subsistance des gens. Oui, ce sera pire, parce que nous savons que toutes ces zones spéciales de développement économique profitent à de hauts fonctionnaires, à des personnes riches qui font des investissements et à des investisseurs étrangers qui assistent à des réunions politique. Et comment cela profitent-t-il à la population ? Pas du tout. Exactement. »

Les préoccupations relatives aux ZEDE et au dépouillement néocolonialiste des communautés de la côte nord du Honduras sont habituellement en relation avec le trafic de drogue, et même le blanchiment d'argent, affirme Greicy.

« Ceux qui vont investir là sont Etasuniens. L'une des raisons est d'introduire leurs substances interdites parce que nous savons que cela est également compris dans l’accord. Il y a aussi blanchiment d'argent, non ? Quand ils vont sur les plages, soi-disant pour faire du tourisme et tout ça, c'est également du blanchiment d'argent parce que la plage est une zone franche. Là, on introduit de la marchandise de contrebande, là on vend de tout et quelqu'un comme moi, qui vit dans la ville, se tait par peur… Si j'étais au Honduras, je t'assure, je ne te raconterai pas ça, » a-t-elle dit.

La peur de Greicy n'est pas un fondement : les enquêtes sur les zones économiques, spéciales, comme celle de China ont montré « des zones économique, Gries », dans les enclaves dans lesquelles abondent les drogues, le blanchiment d'argent et la traite de personnes. D'autres sont préoccupés par la façon dont les ZEDE ont le pouvoir de créer des lois inhumaines pour le travail pour exploiter les Honduriens, mais prenons un moment pour voir le panorama général.

Les ZEDES sont la représentation que les multimillionnaires de la technologie ont du néocolonialisme : ils s'approprient la terre, les ressources et la main-d'œuvre hondurienne pour construire des empires de loisirs pour les multimillionnaire de la technologie et éviter les protections constitutionnelles, la responsabilité du Gouvernement et même la protection des droits de l’homme.

En 2022, le nouveau Gouvernement du Honduras a abrogé la loi sur les ZEDE, ce qui a donné lieu à une réclamation de 10 700 000 000 de dollars de la part de Próspera, l'entreprise de Thiel, qui pourrait conduire à la faillite, un pays déjà en difficultés.

Malheureusement, la loi sur les ZEDE a une lacune juridique qui a permis à ce qu'on appelle les « nations digitales », comme Próspera, de continuer.

En décembre  2025, le Honduras a eu des élections présidentielles totalement entachées par l'intervention des États-Unis, à travers le soutien public de Donald Trump au candidat du parti nationaliste de droite, Nasry Asfura, et de ses menaces de couper l'aide des États-Unis au Honduras si un autre candidat gagnait. La connexion des intérêts particuliers entre Trump, ses amis, multimillionnaire du secteur de la technologie et les ZEDE est évidentes et Nasry s’érige un défenseur des souhaits de Trump et de Thiel au prix des vies et des droits du peuple hondurien.

Greicy explique la terrible situation des émigrés qui affrontent le dépouillement de leurs terres et l'arrestation, la surveillance et la violence, aux États-Unis, de la part des mêmes forces puissantes.

S’il y avait plus de ZEDE au Honduras, « il y aurait plus d'émigration parce que nous savons que nous qui sommes ici, devons partir et que ceux qui sont là sont expulsés et viendront ici. Ils viendront chercher un asile politique qu'on leur refusera, » a-t-elle affirmé depuis les États-Unis.

Ce n'est pas la première fois que Thiel utilise des personnes de couleur en situation de crise comme laboratoire pour ses monstrueux fantasmes oligarchiques. Palantir, l’entreprise de Thiel, et l'un des principaux fournisseur de software et de hardware avancer de l'intelligence artificielle pour les forces israéliennes. Cette technologie est utilisée pour localiser, surveiller et assassiner des palestiniens. Alors que le génocide continue sous un cessez-le-feu qu’Israël n'a pas respecté, Palantir continue, comme l'a dit soit directeur exécutif Alex Karp en minimise les faits : « à tuer des gens de temps en temps. » Palantir ne fournit pas seulement la technologie pour massacrer les Palestiniens. Elle a également entraîné ses modèles d'intelligence artificielle avec des données brutes de courriers électroniques et de conversations téléphoniques entre des Palestiniens dans les territoires occupés et leur famille aux États-Unis, reçues en secret de l’ Agence de Sécurité Nationale.

En 2020, Karp a admis que Palantir « [trouve] des sans-papiers dans notre pays, » en évoquant les contrats avec le département de sécurité nationale pour utiliser Palantir afin de surveiller les immigrés sans-papiers. Thiel et sa bande de milliardaires construisent une nouvelle frontière de profits aux dépens des moyens de subsistance des individus racialisés. Le vol de terres et de ressources, la surveillance de masse et la collecte sans fin des données : les projets préférés de Thiel considèrent les émigrés et les personnes racialisées comme superflus. Nous sommes une ressource de plus qu'ils extraient très volontiers, que ce soit notre terre, notre travail, nos données ou nos propres vies. Alors que les centres de données dévore des ressources sous forme d'eau potable et d'énergie, la technologie qu'ils hébergent exploitent les personnes racialisées, que ce soit à travers la technologie de reconnaissance faciale biaisée ou la technologie policière de prédiction qui cherche à nous criminaliser.

De la même façon que les Espagnols ont colonisé l'Amérique latine grâce au travail forcé, à l'extraction de ressources et à la soumission des peuples indigènes, Peter Thiel et sa bande de multimillionnaire de la technologie sont en train d'élaborer des plans pour recoloniser l'Amérique latine en occupant des terres, en déplaçant les habitants natifs et ensuite en faisant de l'argent avec leur surveillance et l'emprisonnement après qu'on se soit vu obligé de fuir aux États-Unis.  Thiel a récemment prédit l'arrivée d'un « antéchrist » sous les traits de l'écologisme, des barrières technologiques et des agences internationales, allant même jusqu'à désigner Greta Thunberg comme un possible antéchrist. Au sujet de l'utopie libertaire des « villes charters » telles que Prospera, Thiel a déclaré que « la nature du gouvernement est sur le point de changer de manière très fondamentale ».

En dernier recours, ImmigrationOS de Palantir et une arme que l’ICE et d'autres agences gouvernementales utilise pour arrêter des émigrés détenus dans des conditions inhumaines et des obliger à réaliser des travaux manuels dans des centres de détention. Un détenu dans une prison de l’ ICE  en Louisiane à dénoncer ce travail Manuel forcé à 2025. Dans son cas, on l'obligeait à transporter des blocs de béton et ensuite il a subi un harcèlement sexuel après avoir dénoncé cette pratique non autorisée. Alors que Palantir facilite les plans de travail forcé, Thiel accumule du pouvoir grâce à ses investissements dans Facebook, Donald Trump et les ZEDE.

Des États-Unis au Honduras, les multi, millionnaires de la technologie, livre une guerre contre les personnes racialisées. Ces oligarques utilisent la vieille méthode rebattue du réempaquetage du néocolonialisme et de la répression comme « développement » et « progrès », en arrivant même à qualifier la technologie de l'intelligence artificielle « d'inévitable. » Quand je suis écrasée par le pouvoir et l'influence des multimillionnaires de la technologique qui ne se préoccupent ni de nos vies ni de la planète mais seulement d'obtenir des profits infinis, je me rappelle à moi-même qu'ils ont, littéralement, 1 %. Si nous nous unissons, nous sommes une force victorieuse indéniable. 

Les multimillionnaires de la technologie ne sont pas l'avenir. Ils ne sont rien d'autre qu'un autre colonisateur, qui cherche une façon d'augmenter son pouvoir et sa richesse à nos dépends. Pour commencer, nous pouvons toujours les frapper ou ça fait le plus mal, à leur argent : boycotter, l'intelligence, artificielle, générative, lutter contre les centres de données, lutter contre les contrats de Palantir qui sont payés avec nos impôts et les dénoncer et soutenir les communautés indigènes qui luttent contre les. ZEDE. Cessons de glorifier les multimillionnaires comme  Thiel et Musk qui ne se soucient que du pouvoir et de l'argent. Appelons-les par leur nom : des colonisateurs qui nous considèrent, nous, les personnes racialisées, comme leur nouvelle frontière de profits.

Source en espagnol:
http://www.cubadebate.cu/especiales/2026/02/21/la-fantasia-neocolonial-de-peter-thiel-en-honduras/

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