Cuba: Conversations ou négociations avec les Etats-Unis?
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Jamais la Révolution n’a refusé de discuter avec les Etats-Unis, un voisin qui, malgré la grandeur Abraham Lincoln —exemple de Martí et de Fidel— est le principal adversaire de la nation cubaine depuis plus de 200 ans.
Bien qu’il ait accueilli les individus proches de Batista - las mains tachées de sang et avec des calettes pleines d’argent volé à l’Etat cubain - et malgré la campagne de discrédit pour avoir jugé les tortionnaires et les pilotes qui avaient bombardé la la Sierra Maestra et le refus de Dwight Eisenhowerde le recevoir, le 19 avril 1959, Fidel a rencontré le vice-président Richard Nixon pour lui expliquer la nécessité de mettre en place la réforme agraire et d’autres mesures que le peuple demandait. Fidel savait qu’il avait organisé le coup d’Etat contre Árbenz au Guatemala en 1954 et qu’il était le garant des dictatures sanglantes en Amérique latine mais il devait éviter l’affrontement. Il n’y est. pas arrivé et nous avons dû faire face à l’invasion de Girón. L’agression vaincue, l’Opération Mangouste conçue par le Pentagone et la CIA a transformé les champs de canne à sucre et les cultures de tabac en proie des flammes. Le harcèlement économique et le revanchisme du Gouvernement Kennedy après leur échec s’est proposé de créer les conditions adéquates pour une invasion directe dont le dénouement a conduit le monde au bord d’un holocauste atomique lors de ce qu’on appelle la Crise d’Octobre. Malgré tout, Fidel n’a pas hésité, en novembre 1963, à recevoir le journaliste français Jean Daniel, envoyé par le président des Etats-Unis pour explorer les possibilités de dialogue sans soupçonner qu’à París la CIA préparait Rolando Cubela pour l’assassiner.
En 1976, des messages qui n’ont conduit à rien ont été échangés avec le Gouvernement Ford et après l’arrivée en 1977 de James Carter - des années plus tard, Fidel l’a qualifié d’ami avec assez de sérénité et de courage pour aborder le sujet des relations bilatérales - un processus de conversations qui a permis l’ouverture de sections des intérêts dans les deux pays a été mis en place.
En 1981 Ronald Reagan est arrivé au Bureau Ovale en étroite collaboration avec la mafia batistienne de Floride et, compte tenu de son alliance avec la Fondation nationale cubano-américaine présidée par Jorge Mas Canosa — père de Jorge Mas Santos, le propriétaire de l'Inter de Miami —, il nous a inscrits sur la liste des pays soutenant le terrorisme. Le général Alexander Haig, que Kennedy avait chargé de s’occuper de la Brigade 2506 après la défaite de Girón qui, de 1974 à 1979, a commandé l’OTAN, en tant que secrétaire d’Etat a encouragé l’idée d’une invasion qui a trouvé un écho dans la presse dans le cadre de la guerre psychologique. Avec le Gouvernement du Mexique comme médiateur, le 23 novembre 1981, le vice-président cubain Carlos Rafael Rodríguez a rencontré secrètement dans le D.F. Haig qui exigeait le retrait de nos maîtres du Nicaragua - il disait que c’étaient des conseillers militaires - la rupture de nos relations avec l’URSS et la fin de notre solidarité envers l’Afrique et l’Amérique latine.
Mandaté par Fidel, Carlos Rafael a déclaré que Cuba était prête à remettre la liste des 2 759 maîtres et indiquant l’endroit où ils vivaient enseignaient sur l’île ainsi que l’endroit où ils travaillaient au Nicaragua. Haig n’a pas entendu raison: il a qualifié les négociations avec Carter de “tactiques de diversion” et Cuba de menace pour la paix, qui exportait la Révolution et les bains de sang. Qu’a répondu
Carlos Rafael? « Nous aussi, sommes prêts pour un affrontement. Nous savons qu’un affrontement serait un traumatisme pour notre peuple. Nous n’avons aucun doute à ce sujet. Mais nous n’avons pas peur d’un affrontement. Ce que nous craignons, c’est un affrontement inutile lors duquel, suite à des erreurs des deux parties, à l’absence de communications, des milliers d’Etasuniens et des centaines de milliers de Cubains mourraient. Cela nous inquiète. […]. S’il le fallait, je pourrais aller un jour à New York et organiser une réunion différente, plus détaillée. Mais certaines de vos interprétations personnelles qui, comme vous dites, sont cohérentes avec celles du président des Etats-Unis, m’inquiètent beaucoup. […]. Nous pouvons et nous devons continuer à discuter de tous ces sujets. Vous dites que le temps presse. Profitons-en au maximum. »
Quand le plan d’invasion a été discuté au Conseil de Sécurité Nationale, Haig a été isolé. Le Pentagone et la CIA ont prévenu que cette aventure aurait un coût que l’Administration ne devait pas payer parce que Cuba ne constituait pas une menace pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Peu après, sur des indications de Fidel, le renseignement cubain partageait des informations sur un ^plan d’attentat contre Reagan qui se préparait sur le territoire même des Etats-Unis.
Après l’exode de 1994, on est arrivé à un accord migratoire avec William Clinton,. Un accord qui a été respecté par les deux parties même quand, en 1996, Clinton a décidé de promulguer la Loi Helms-Burton. Déjà sous le mandat de Raúl, on a négocié pendant des mois dans le secret le plus absolu avec le Gouvernement de Barack Obama, jusque’à l’annonce du 17 décembre 2014 qui a permis d’ouvrir la voie à une normalisation des relations bilatérales et au retour de nos cinq héros en échange d’Alan Gross, un sous-traitant de la CIA arrêté en flagrant délit à La Havane.
Pendant toutes ces conversations et ces négociations, des acteurs internationaux assuraient la médiation. Il n’est donc pas étonnant que, dans les circonstances actuelles, avec un cabinet fasciste à la Maison Blanche dirigé par un individu à la morale tordue, l’intérêt à trouver un accord tendant à éviter l’affrontement armé apparaisse. J’était parmi ceux qui considéraient que Trump mentait quand il parlait de négociations -tout le monde sait que c’est un menteur pathologique- et que Cuba était sur le point de se rendre à ses pieds. Je l’ai dit aussi bien dans l’émission Table Ronde que lors d’échanges que j’ai eus entre le 2 et le 9 mars en Uruguay où on m’a posé des questions à ce sujet. Je ne me sens pas ridicule parce que la discrétion de notre Gouvernement m’a induit en erreur. Conformément à la pratique de la diplomatie cubaine - enracinée dans des valeurs éthiques et le respect de nos interlocuteurs -, ce n’est pas Cuba qui révèle le contenu de ce qui se discute sans accord préalable des parties. Comme je l’ai noté, on a discuté secrètement pendant 67 ans et le schéma de ces discussions est le même depuis l’époque de Fidel.
Une fois que le président Miguel Díaz-Canel l’a eu annoncé, le scénario a changé. A une époque de guerre cognitive, sous-estimer les conséquences des campagnes dans la jungle digitale entre plusieurs segments du pays, c’est laisser l’initiative à l’adversaire. Il ne faut pas révéler le contenu des conversations - pas « négociations » comme disent la presse étasunienne et les médias anti-cubains - mais après la fuite, il est nécessaire d’expliquer au peuple ce qui nous a amenés à nous asseoir à une table « officielle » avec un Gouvernement qui exige une reddition inconditionnelle et considère toute concession comme un signe de faiblesse. La réaction chaotique des réseaux face à la surprise, à l’incertitude et à l’inquiétude de notre peuple - attisée par le plan de guerre psychologique déployé par le Gouvernement Trump -, met en évidence le fait que les institutions et les médias responsables de la communication politique pensent qu’il n’est pas très important de donner des explications à ceux qui, le moment venu, pourraient devoir affronter une invasion militaire. Sans révéler plus que ce qu’on peut, on peut construire un consensus, c’est une leçon que nous a donnée Fidel. La génération qui a vécu cette sorte de conversations pendant des décennies est morte ou est très vieille. Il faut raconter l’histoire à chaque génération et, au milieu de tant d’adversités, il nous appartient de tomber amoureux, de persuader, d’orienter, de rejoindre le combat pour les destins de la nation.
J’ai écrit sur les événements qui se sont achevés par l’approbation de l’Amendement Platt dans une série qu’on peut trouver sur La Jiribilla (en ligne). Les députés constituants qui, face aux pressions yankees ont changé leur vote pour approuver cet appendice abominable à la Constitution qui a induré, en 1902, la république néo-coloniale, ont pu le faire après que les portes du Théâtre Marti aient été fermées au peuple qui, jusqu’alors, avait participé aux sessions. Cela leur a permis de céder. Il n’y a aucune doute que cela n’aurait pas été possible pendant la vie de Martí et de Maceo mais face à l’absence de ces deux dirigeants anti-impérialistes, la pression populaire devenait un obstacle de taille.
Les conversations que nous avons actuellement, à mon humble avis, sont nécessaires parce que, même pendant une guerre, les adversaires ont des échanges pour trouver un point d’accord minimal. Mais je considère que, sachant que toute information concernant Cuba suscite l’intérêt, Trump lance un rideau de fumée pour échapper à la pression de l’affaire Epstein et des résultats calamiteux de son invasion de l’Iran qui menace de faire monter le prix du pétrole à des chiffres record et de provoquer une récession économique mondiale. Sans compter quels résistance du peuple iranien lui donne l’air d’un bouffon, au point qu’aucun de ses alliés de l’OTAN n’a accepté de s’en mêler.
J’avais prédit le 25 août 2025 dans une interview accordée à Alma Plus qu’une attaque chirurgicale aurait lieu contre le Venezuela et qu’une agression de l’Iran - quatrième fournisseur de pétrole de la Chine - lui succèderait et qu’en fonction du déroulement de ce conflit, ils viendraient pour Cuba. J’ai averti que c’était quelque chose d’inévitable dans une note du 17 décembre sur ce modeste mur de Facebook. J’ai déclaré en Uruguay - avec douleur étant donné les conséquences prévisibles d’une guerre - qu’il pourrait revenir à notre génération de défendre la Révolution par les armes. Et les menaces que Trump et Marcos le Petit répétées pendant ces dernières 48 heures m’ont confirmé que si ce qui se passe au Moyen Orient favorise les Etats-Unis, nous devrons nous battre. Il n’y a aucun doute que notre Gouvernement ne fera pas de concessions de principes, que rien ni personne ne pourra faire s’agenouiller ce peuple de cimarons qui a pris les rênes de son destin en 1959. La Génération du Centenaire n’a pas laissé mourir les idées de l’Apôtre des mains de Batista l’année du centenaire. Nous sommes un peuple qui a la justice comme soleil de son monde moral et la dignité comme pilier de sa construction morale. Et depuis que nous sommes enfants, depuis tou tpetits, nous apprenons grâce à notre hymne que « mourir pour la Patrie, c’est vivre! »
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/20/cuba-conversamos-o-negociamos-con-la-administracion-trump/
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