Cuba: La réalité que Trump ne peut ignorer
Par Magencio
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Jeudi, le Gouvernement cubain a annoncé qu’il y avait des conversations entre les autorités de l’île et le Gouvernement Trump « orientées vers la recherche de solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux que nous avons entre les deux nations. » Lundi, le président Donald Trump annonçait qu’il « pourrait faire ce qu’il voudrait avec l’île. » Ce sont les mots d’un politicien désespéré qui a besoin d’avoir un coup de main de la propagande.
Le contexte de la déclaration de Trump est la guerre en cours contre l’Iran qui va très mal pour les Etats-Unis et pour Israël et qui soulève une forte opposition, même parmi la propre base politique de Trump, le mouvement MAGA. En ce moment, les Etats-Unis n’obtiennent pas le soutien de pays tiers pour ouvrir le trafic du détroit d’Ormuz sous le contrôle de l’Iran à ses pétroliers. De plus, les Etats-Unis et leur codépendant Israël affrontent chaque jour plus de problèmes logistiques dans l’approvisionnement en missiles pour continuer la guerre. De même, divers rapports militaires, énergétiques et financiers qui indiquent que l’aventure de «Bibi» Netanyahu et Donald Trump en Iran prend le chemin d’une déroute spectaculaire, s’accumulent.
Cette déroute en cours, jointe à la situation intérieure complexe, compromettent sérieusement l’avenir politique de Trump qui affronte des élections difficiles pour le contrôle du sénat et de la chambre basse le 3 novembre prochain et une seconde période de son mandat plus qu’incertaine. Le président a donc besoin en ce moment, de façon urgente, de succès médiatiques.
L’autre élément de la situation qu’on ne peut ignorer est la situation désespérante pour le peuple cubain que crée le fait que depuis trois mois, le pétrole de l’étranger n’entre plus dans le pays à cause du blocus énergétique imposé par Trump. Même si Cuba génère une bonne partie de son énergie à partir du pétrole et du gaz locaux ainsi que d’une industrie d’énergie solaire en pleine expansion, cela ne parvient pas à stabiliser le système électrique du pays, ce qui entraîne des coupures de courant, des restrictions dans les transports, l'annulation de dizaines de milliers d’opérations et d'autres restrictions dans les services de base. Trump a fait de la vie de onze millions de Cubains un enfer et le fait que le peuple ne se soit pas soulevé contre ses dirigeants est la preuve qu’il comprend la situation.
Il semble curieux que les premiers à s’opposer aux conversations entre La Havane et Washington aient été les secteurs de la mafia de Miami qui reçoivent. traditionnellement des fonds de l’USAID comme ce qu’on appelle l’Assemblée de la Résistance Cubaine (ARC), dirigée par le terroriste Orlando Gutiérrez-Boronat. Mais les membres du Congrès anti-cubains se sont joints à eux car ils voient dans ces conversations une reconnaissance du Gouvernement de Cuba qu’ils ont juré toute leur vie de renverser. Comment justifier des carrières entières construites sur le discours d’un peuple soumis à une horrible dictature dont il faut le libérer, alors que le Gouvernement fédéral lui-même s'assoit à la table des négociations avec elle et reconnaît sa légitimité ?
En effet, les grands perdants politiques de ces conversations sont les secteurs qui dépendent de l’argent fédéral pour le « changement de régime » à Cuba et les secteurs de l’oligarchie cubaine qui rêvent encore de rentrer au pays et de récupérer les propriétés dont ils ont été expropriés par la Révolution mais reste à voir si le peuple cubain va accepter de les rendre: Ce n'est pas une question de « prendre les armes », mais de « changer les lois » par le biais de référendums, d'élections, etc. Le discours tenu depuis des décennies par Miami sur la « dictature des Castro » est une mensonge flagrant.
En s’asseyant à la table avec le Gouvernement cubain, les Etats-Unis reconnaissent la réalité de tout un régime institutionnel profondément enraciné dans le fonctionnement de la nation cubaine. Et il s’agit certainement d’un régime défendu par les armes, également dans les mains d’une armée, d’une police et de milices contrôlées par les institutions. Le sens du blocus de Cuba n’est autre que de troubler ce régime institutionnel qui n’est pas celui d’une famille mais de tout un peuple.
A la suite de l’annonce des conversations avec les Etats-Unis, le Gouvernement cubain a annoncé une série de « mesures destinées à faciliter la participation des Cubains résidant à l’étranger à l’économie nationale. »
Grâce à ces nouvelles dispositions, les Cubains résidant à l’étranger pourront s’associer avec des entreprises privées et des coopératives dans le cadre de la Loi sur les Investissements Etrangers, être associés ou patrons d’entreprises privées sur l’île, avoir accès au crédit et au système financier en pesos cubains et en devises étrangères conformément à la loi, opérer en cryptomonnaies et créer des fonds d’investissement et des projets de coopération internationale.
Il fait dire que la diaspora cubaine compte des millions de personnes, pas seulement aux Etats-Unis mais aussi dans d’autres pays. Parmi les bénéficiaires de ces mesures se trouvent une majorité de Cubains à l’étranger qui ne sont pas riches et souhaitent engager des activités commerciales sur l’île comme beaucoup ont essayé de venir le faire malgré le blocus. Les autorités cubaines ont discuté de ce genre de problèmes avec la diaspora pendant des dizaines d’années. Il existe aussi des secteurs très petits mais très puissants qui ont réussi à s’établir, par exemple, dans les activités financières des Etats-Unis. Ces secteurs seront-ils prêts à rentrer à Cuba mais pas pour reprendre par la force ce qu’ils ont perdu, en payant des impôts et en s’intégrant dans les institutions du pays?
Les Etats-Unis n’ont jamais imposé un blocus à Cuba parce qu’elle était socialiste. En effet, la déclaration du caractère socialiste de la Révolution cubaine a été faite après et non avant la mise en place du blocus yankee. Jusque là, Cuba n’avait entrepris aucune réforme socialiste. La réforme agraire n’est pas une mesure socialiste mais une mesure élémentaire de justice sociale de la révolution libérale bourgeoise qui, dans nos pays, a été interdite sur la base d’une vision colonialiste et erratique du libéralisme.
Cuba a été mise sur la liste noire des Etats-Unis pour avoir mis en place le programme de la Moncada annoncé par Fidel Castro en 1953. Ce programme, qui comprenait une série de mesures sociales, économiques et politiques avait pour but de faire avancer un pays retardé par l’imposition néocoloniale des Etats-Unis et par une élite politique et économique profondément corrompue. Evidemment, il y avait dans ce programme des choses qui n’étaient pas du goût des Etats-Unis, en particulier celles concernant les droits économiques et sociaux, le contrôle des ressources du pays et l’ordre du jour latino-américaniste.
Le discours de la Guerre Froide comme détonateur de la politique anti-cubaine de Washington n’est qu’une feuille de vigne fragile destinée à occulter le fait que la grande « menace », pour les Etats-Unis, était la mise en place d’un Gouvernement indépendant avec des idéaux de justice sociale sur la plus grande île des Caraïbes. Si une telle entreprise n’avait pas été jugée acceptable ni au Guatemala d’Árbenz ni dans la Colombie de Gaitán, elle l’était encore moins dans Cuba de Castro.
C‘est pourquoi il fallait faire un « exemple » de Cuba en lui imposant un blocus brutal, en la transformant en tranchée, et enfin, si tout le reste échouait, faire ce que Trump est en train d’essayer de faire aujourd’hui, mais le problème, pour les Etats-Unis, c’est qu’ils doivent accepter le fait historique que l’Etat fondé sur ce programme de la Moncada est toujours debout. Si cet Etat n’était plus debout, les conséquences pour les peuples d’un côté et de l’autre du détroit de Floride seraient inimaginables. Les Caraïbes ne supporteraient pas une autre Haïti, elles ont besoin de paix, de développement, de lutte frontale contre le crime organisé et de de frontières sûres. Que Donald Trump le veuille ou non, tout cela, Cuba le garantit.
Trump pourra dire ce qu’il voudra et présenter n’importe quoi comme une grande victoire, même l’invitation à boire un mojito au dernier étage de l’immeuble Bacardí à La Havane mais il ne peut ignorer cette réalité.
source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/17/cuba-la-realidad-que-trump-no-puede-ignorar/
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