Cuba: Moins de solidarité, plus de socialisme
Par Arantxa Tirado
Traduction Françoise Lopez pour Bolivar Infos
Cuba n’est pas arrivée à ce point critique à cause de « l’échec du socialisme » mais bien plus parce que, dans le monde, il manque le socialisme qui soutiendrait Cuba dans sa lutte, qui est celle de tous
Le 16 mars, Trump parle de Cuba dans le Bureau Ovale de la Maison Blanche: « Je pense que j’aurai l’honneur de prendre Cuba. Ce sera extraordinaire. C’est un grand honneur. Je peux la libérer ou la prendre, je pense que je peux faire ce que je veux. C’est une nation très faible, maintenant. » Ces déclarations ne sont pas seulement des paroles en l’air, produites par son verbiage proverbial, elles font partie d’une escalade de menaces directes que le président des Etats-Unis lance contre le Gouvernement socialiste de Cuba, ces derniers mois.
Et, en tenant compte de la façon dont le président qui se surnomme lui-même le président de la paix a commencé l’année, en activant le plus possible son ministère de la Guerre avec l’en lavement du président du Venezuela et l’ouverture d’une guerre contre l’Iran, on ne peut écarter le fait que les menaces se concrétisent.
Attaquer Cuba maintenant servirait à détourner l’attention de la défaite stratégique prévisible vers laquelle les Etats-Unis et Israël semblent se diriger en Iran. Pouvoir présenter une victoire face à un pays qui constitue le principal écueil de la politique étrangère étasunienne pour l’expansion de ses intérêts dans l’hémisphère depuis l’époque de la Guerre Froide aurait une forte charge symbolique en termes idéologiques et géostratégiques.
En finir avec la socialisme à Cuba, que ce soit par un changement de régime violent ou grâce à une négociation qui amène ses dirigeants à se soumettre comme ils ont tenté de le faire au Venezuela pourtant être rentable politiquement face à des élections de mi-mandat qu’on prévoit contraires aux républicains.
Les membres du Gouvernement de Cuba sont conscients que, dans la situation géopolitique actuelle, avec les Etats-Unis prêts à jeter par terre la précaire hégémonie qu’ils possèdent encore dans le système international en tant que puissance dominante, ils doivent prendre très au sérieux les paroles de Trump. Le président Miguel Díaz-Canel, qui a annoncé le 13 mars dernier que Cuba avait engagé des conversations avec les Etats-Unis dirigées par lui-même, a dénoncé l’augmentation des menaces des Etats-Unis et affirmé que « tout agresseur étranger se heurtera à une résistance inexpugnable. »
L’asphyxie économique que vit l’île à laquelle n’est arrivé, ces derniers mois, aucun pétrolier sur ordre des Etats-Unis, a poussé les dirigeants cubains à s’asseoir pour discuter dans cette situation intérieure et extérieure très différente de celle qui avait permis la normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis en 2015 avec Barack Obama à la tête de la Maison Blanche.
A la situation économique, déjà tellement précaire pour devoir se battre contre les traces laissées par la Période Spéciale, des décennies de blocus économique, les actions du premier Gouvernement Trump revenant sur le dégel diplomatique avec Cuba en activant le chapitre III de la Loi Helms-Burton et empêchant nouveau le tourisme étasunien naissant sur l’île ou contre l’impact de la pandémie sur ce même secteur touristique, source essentielle des revenus du pays, s’ajoute maintenant la rupture de la relation avec le Venezuela, une de ses principaux fournisseurs d’énergie. Cela, ajouté à divers problèmes endogènes de gestion et aux caractéristiques structurelles du modèle économique cubain, a fin i par provoquer des pannes d’électricité constantes qui ont paralysé, dans une grande mesure, l’activité du pays.
Les pressions de Washington sur certains pays proches dans la région pour qu’ils mettent fin à leurs accords de coopération médicale avec Cuba ont eu pour résultat la fin des brigades cubaines au Honduras, au Guatemala, au Paraguay, à Saint Vincent et Les Grenadines, aux Bahamas, à Antigua et Barbuda, en Jamaïque et au Guyana et fermé la principale voie d’entrée des devises pour l’Etat cubain.
Une solidarité internationale insuffisante
Cette nouvelle phase d’agression de Cuba a provoqué, c’est la moindre des choses, la solidarité avec l’île. Les collectifs sociaux et politiques qui soutiennent la Révolution cubaine depuis des décennies ont mis en marche diverses initiatives et dénoncé le blocus face à l’absence de réaction des Etats malgré leurs 33 condamnations du blocus à l’Assemblée Générale des Nations Unies.
Certains activistes ont déjà arrivés à La Havane et, le 21 mars, toute cette solidarité, initialement conçue sous forme d’une flottille qui briserait symboliquement le blocus naval pétrolier, a abouti à un grand acte devant le siège de l’Institut Cubain d’Amitié avec les Peuples. Le Nuestra América Convoy pour Cuba est une campagne nécessaire et méritoire comme toutes celles que font les courageux militants de la solidarité envers Cuba, composée dans de nombreux pays par des cadres communistes qui portent sur leurs épaules des décennies de lutte sur tous les fronts.
S’occuper de la situation économique critique dont souffre la population cubaine en amenant des aliments, des produits d’hygiène, des médicaments et n’importe quelle autre aide, semble urgent en ce moment. Ces derniers mois, nous avons vu, en outre, le Gouvernement du Mexique envoyer de l’aide humanitaire, les Etats-Unis ayant interdit d’envoyer du pétrole, la Chine envoyer des tonnes de riz ou un ancien président mexicain, Andrés Manuel López Obrador, sortir de sa retraite pour proposer une collecte d’aide pour Cuba.
Mais nous n’avons vu aucun Etat être capable d’affronter les agressions des Etats-Unis en défiant leurs menaces qui semblent être devenues des ordres dans le monde entier qui les respecte sans remède. L’extraterritorialité par. laquelle la super-puissance impose depuis des décennies sa volonté au reste du monde, que ce soit par des lois, des chantages économiques ou des bombes, est inquiétante. Cette géopolitique de la solitude de Cuba, comme l’a définie Iramis Rosique, devrait interpeller le monde, plus encore dans cette phase de décomposition accélérée de l’ordre international dans laque s’ouvrent des possibilités de construction une autre sorte de relations entre les pays et à l’intérieur des pays.
Les dénonciations du premier ministre « socialiste » espagnol, Pedro Sánchez, sur la guerre illégale des Etats-Unis et d’Israël contre l’Iran ou sa défense de Gaza contrastent avec son silence assourdissant sur la recrudescence de l’offensive des Etats-Unis contre Cuba. Bien que Cuba soit la dernière colonie espagnole en Amérique latine et dans les Caraïbes, un pays avec lequel l’Espagne a toujours prétendu avoir des liens historiques et culturels étroits qui dépassent les différends idéologiques, le premier ministre Sanchez ne semble pas intéressé par le fait de parler haut et fort aussi de ce sujet.
En effet, il est regrettable que l’actuel Gouvernement de l’Espagne revoie à la baisse sa relation avec Cuba juste en ce moment, par la voie de. la coopération internationale en recevant le mois dernier le chancelier cubain pour expliquer ensuite, dans un communiqué du Ministère des Affaires Etrangères dans lequel il il manifestait de l’inquiétude pour « la situation des entreprises espagnoles dans le pays » et n’appelait pas le blocus par son nom mais utilisait le mot préféré par les Etats-Unis « embargo », qu’il s’agissait d’une réunion « à la demande de celui-ci .» Une position d’assistance teintée, en outre, d’intérêt patronal, qui ternit le lien politique.
Dépasser la solidarité et lutter pour le socialisme
Sans doute la solidarité des peuples qui comble les lacunes de leurs Gouvernements, est émouvante et indispensable en tant que mesure d'urgence pour Cuba. Mais la classe ouvrière et les peuples organisés ont besoin d’autres voies de relation avec le peuple cubain, des voies qui ne passent pas par la coopération asymétrique dans laquelle Cuba reçoit peu pour le beaucoup qu’elle a donné, dans le domaine symbolique et dans le tangible, aux luttes de libération du monde et à notre inspiration révolutionnaire.
C’est pourquoi la meilleure manière d’aider Cuba est de faire du socialisme le modèle politique qui guide aussi nos territoires respectifs. Cela peut sembler très utopique ou très éloigné dans l’horizon des possibilités mais c’est al seule manière de ne condamner ni les Cubains ni aucun peuple qui ose défier les Etats-Unis à cet isolement de fait qui facilite le harcèlement collectif pour avoir décidé de s’auto-déterminer hors de la logique du capitalisme.
Peut-être pourrions-nous commencer par faire de petits pas. Par exemple, en faisant un exercice très simple qui passera le fait de ne pas nier la légitimité du système politique cubain en le qualifiant de « régime » ou de « dictature ». Ceci nous conduirait à avoir une perspective historique et à comprendre que c’est le socialisme qui a permis à une petite nation insulaire, périphérique et dépendante, de pouvoir se développer économiquement et d’atteindre un niveau de vie pour l’ensemble de sa population inimaginable pour ses voisins des Caraïbes.
Une situation qui a changé avec le chute de l’Union soviétique et du bloc socialiste, un contrepoids géopolitique qui avait servi à équilibrer le pouvoir dans le système international mais aussi à ouvrir des espaces pour que les peuples du monde puissent lutter avec le soutien d’un Etat qui - non sans contradictions ni sans exercer sa propre répression - était un exemple de la façon d’affronter l’impérialisme étasunien, la colonialisme et la voracité capitaliste.
En définitive, notre première tâche est de comprendre que Cuba n’est pas arrivée à ce point critique à cause de « l’échec du socialisme » mais bien, au contraire, parce qu’il faudrait, dans le monde, plus de socialisme qui englobe Cuba dans sa lutte, qui est celle de tous.
source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/23/cuba-menos-solidaridad-mas-socialismo/
URL de cet article:
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