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International : Le laboratoire du chaos

2 Mars 2026, 17:40pm

Publié par Bolivar Infos

 

De la doctrine Monroe à l'attaque de Téhéran, le siècle du sang unipolaire

Par Geraldina Colotti

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

Une fois encore, les pasdaran des cartouches d'encre tentent de soutenir l'idée que l'agression contre l'Iran peut conduire mécaniquement à une sortie à gauche de la société. Comme en Libye, en Irak et en Syrie, on cherche accréditer l'idée qu'une intervention nord-américaine se réalise au nom du progrès et non de la destruction. Ce récit, qui cherche à présenter l’agression impérialiste parra comme une accoucheuse de la démocratie, ignore délibérément les décombres fumants de Tripoli, de Bagdad et de Damas, où la promesse de liberté s'est traduite par des marchés d'esclaves et des Etats défaillants.

L'actualité nous frappe avec la dure réalité de la guerre totale. Avec le début de l'opération « Lion rugissant » et le soutien massif de la « Furie épique » des États-Unis, l'agression contre l'Iran a dépassé le point de non retour. Les bombardements sur Téhéran, Ispahan et Qom et la provocation directe contre le bureau de l'ayatollah Jameneí, finalement transformé en martyr, ne sont pas de simple opérations militaires mais une déclaration de guerre ouverte à la souveraineté des peuples. Trump, en annonçant la destruction de l'industrie des missiles et de la marine iranienne, agit comme le bras armée d’une hégémonie qui ne tolère pas d’obstacles.

Pour comprendre la férocité de cette attaque, il faut décoder les deux projets qui se fondent aujourd'hui dans le sang de Téhéran et de Gaza : le « Grand Israël », et le « Grand Moyen-Orient. » Le projet du « Grand Israël » (Eretz Yisrael Hashlema) n'est pas seulement une prétention territoriale biblique mais une stratégie géopolitique de fragmentation.

Ses bases modernes résident dans le Plan Yinon de 1982 qui théorise explicitement la survie d'Israël grâce à la « balkanisation » du monde arabe : la destruction des Etats-nations forts (comme l'Irak, la Syrie et l’Iran) pour les réduire à une mosaïque d'entités faibles et en perpétuelle lutte ethnique ou religieuse. Ce que nous voyons aujourd'hui est l'application terminale de ce plan : l'anéantissement de la résistance palestinienne pour l'expansion définitive au-delà de toute frontière légale.

À cela s'ajoute le projet étasunien du « Grand Moyen-Orient » (Greater Middle East Initiative). Lancé par le Gouvernement Bush et aujourd'hui radicalisé par Trump, ce plan vise une restructuration totale de la zone qui va du Maghreb aux frontières de la Chine. L'objectif n'est pas la démocratie, mais la « compatibilité néolibérale » : renverser tout Gouvernement anti-impérialiste qui rejette la domination du dollar et le contrôle des États-Unis sur les routes énergétiques. Dans cette vision, l'Iran représente le dernier grand pilier de résistance souveraine qui empêche le cercle unipolaire de se fermer.

La convergence entre ces deux conceptions crée une tenaille qui s'inspire de la doctrine Monroe de 1823. Si cette dernière considérait l'Amérique latine comme l’arrière-cour de Washington, le binôme Trump–Netanyahu projette la même logique de soumission sur l'Asie occidentale. L'Iran, comme le Venezuela, Cuba et le Nicaragua, est l'anomalie systémique à éliminer parce qu’il revendique le contrôle souverain de ses ressources, quelque chose de vital même pour la stabilité économique de puissances comme la Chine.

L'imposition de la politique du fait accompli et l'asymétrie du pouvoir sont déjà des réalités qui reproduisent fidèlement le modèle appliqué au Venezuela. Il s'agit d'une stratégie de tromperie globale : alors qu'en apparence on fait semblant de négocier et on ouvre des tables diplomatiques, sous la table, les centrales impérialistes préparent l'agression militaire et le pillage des ressources souveraines. La diplomatie, dans ce schéma, n'est pas une recherche de paix mais une manœuvre de diversion tactique pour désarmer l'adversaire avant le coup de grâce. Quelque chose qui se situe aux antipodes de la diplomatie de paix du Venezuela, qui, de Bolivar jusqu'à maintenant, a une seule parole et la respecte.

Après les tentatives ratées de « révolutions de couleur » lancées par la CIA et le Mossad en janvier dernier, l'impérialisme est passé à l'attaque directe. Cette asymétrie se décline aussi dans l'enlèvement de biens souverains : le pillage de CITGO dans le cas du Venezuela et le gel des réserves d'or sont des actes de piraterie politique parallèles aux « sanctions », de véritables armes financières de destruction massive qui frappent les plus vulnérables, de La Havane à Téhéran.

La chose la plus inquiétante reste l'absence d'une opposition réelle en Occident. Les gauches libérales sont devenues des départements logistiques de l'OTAN en justifiant le massacre d'une démocratie qui n'exporte que le chaos. Nous sommes submergés dans un somnambulisme nucléaire qui ignore les risques d'une déflagration mondiale même quand, comme dans le cas de l'Italie, nous avons servi de dépôt de bombes nucléaires aux États-Unis.

La réponse iranienne avec l'opération « Promesse véritable–4 » et les attaque des bases étasuniennes d’Al Udeid et d' Ali Al Salem démontre que la résistance est le seul langage, qui reste face à ce qui ont réduit en miettes la Charte des Nations unies.

Le génocide à Gaza, avec un bilan réel que les projections statistiques élèvent des centaines de milliers de morts, est le laboratoire de ce nouvel ordre. L'enlèvement politique du Venezuela et de la figure de Nicolas Maduro et de Cilia Flores est son corréla latino-américain : si tu ne te plies pas au modèle extractiviste, tu es effacé de la carte du droit. Aujourd'hui, la lutte de l'Iran se joint à celle du peuple vénézuélien et du peuple cubain. C'est une bataille pour la survie contre un système qui ne peut subsister qu'à travers la destruction massive. Défendre ces pôles de résistance signifie empêcher que la phase totale de la troisième guerre mondiale efface toutes traces de souveraineté.

Le front anti-impérialiste est la seule digue qui reste pour défendre la paix avec la justice sociale. Le peuple uni ne sera jamais vaincu et seule l'unité des peuples sous  la bannière de « A bas l'impérialisme ! » pourra accélérer l'avènement d'un monde multipolaire et souverain. Et socialiste.

Source en espagnol
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/01/iran-el-laboratorio-del-caos-de-la-doctrina-monroe-alasedio-de-teheran-el-siglo-de-la-sangre-unipolar/
URL de cet article :

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/03/international-le-laboratoire-du-chaos.html