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Venezuela : l'héritage anti-impérialiste de Hugo Chavez II

16 Mars 2026, 17:07pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Germán Sánchez Otero

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos

Le coup d’Etat (Avril 2002). Le rôle des États-Unis. 

Le 6 avril, un rapport « top secret » de la CIA reflète avec une grande clarté ce qui se passe à Caracas : « Des factions militaires dissidentes qui comprennent certains officiers mécontents et un groupe d'officiers radicaux de moindre rang intensifient leurs efforts pour organiser un coup d'Etat contre le président Chávez, peut-être ce mois-ci. »

Une autre partie du document affirme : « Le niveau de détails rapportés dans les plans (…) montrent l'arrestation de Chávez et de 10 autres hauts fonctionnaires. » « Pour provoquer l'action militaire, les conspirateurs pourraient chercher à exploiter des conflits et la violence pendant les manifestations de l'opposition qui auront lieu ce mois-ci. » À ce rapport, il ne manque que l'annonce de certains films d'Hollywood : « toute ressemblance avec la réalité serait une pure coïncidence. »

Après le coup d'Etat du 11 avril, les porte-parole du Gouvernement des États-Unis rendent Chavez responsable des violences et aucune ne remet en question le fait que « le fil constitutionnel » ait été rompu. Ils reconnaissent encore moins qu'une dictature dans le style de celle de Pinochet. (y compris une rapide et brutale répression) ait été instaurée.

Les réactions massives du peuple dans les rues à partir du 12 avril et dans la matinée du 13 et celles de la majeure partie des militaires jointes au rejet de nombreux Gouvernements du monde et de l'opinion publique internationale provoquent une grande inquiétude dans le Gouvernement des États-Unis. Surtout, sachant que Chávez n'a pas démissionné et qu'il est prisonnier. Et il décide de manœuvrer rapidement pour éviter que le coup d'Etat ne fasse naufrage.

À 9h du matin, le 13 avril, l’ambassadeur des États-Unis et celui de l'Espagne rendent visite à l'usurpateur Pedro Carmona à Miraflores. C'est un aval tacite des deux Gouvernements au régime de fait. Les diplomates informent le dictateur abasourdi du rejet international provoqué par plusieurs décisions annoncées la veille au soir, et « recommandent » de se donner l'apparence d'un Gouvernement démocratique de transition. Ils suggèrent, en outre, de faire en sorte que Chávez signe sa démission et de le faire sortir du pays. Auparavant, le Gouvernement de Bush et celui d’Aznar avaient fait une déclaration conjointe justifiant le coup d’Etat.

À l’heure même où se déroule cette rencontre à Miraflorès, les radars vénézuéliens repèrent l'entrée sans autorisation de trois bateaux militaires étasuniens dans les eaux territoriales du pays qui se déplacent dans les environs de la petite île La Orchila où ce soir-là, les putschistes amèneraient Chávez prisonnier. Un avion privé également immatriculé aux États-Unis stationnait sur la piste de la petite île, attendant qu'il arrive pour le transporter hors du pays après qu'il ait signé sa démission.

La participation des États-Unis au coup d'Etat est tellement évidente que même une partie de la grande presse et certains analystes de ce pays la critiquent. Même sans preuve durant le souterrain des organes spécialisés, les déclarations des porte-parole officiel sont convaincante. Le Phœnix renaissant de ses cendres, dans la matinée du 14 avril, ils se voient obligés de nier encore et encore leur participation au coup d'Etat et leur soutien au Gouvernement de fait.

Par exemple, le porte-parole de la Maison-Blanche, Ari Fleischer, déclare le 15 avril qu'il ne regrette pas d'avoir dit le vendredi 12 que Chávez avait démissionné « suite aux protestations de rue du jeudi qui ont fait des dizaines de morts et de blessés » parce que c'était une information publique qui circulait. Il oublie qu'à cette occasion, il avait également affirmé que Chávez était la cause de la crise à cause de la façon violente dont il avait réprimé les manifestants.

Les diplomates yankees, malgré leurs justifications, sont sur la défensive. Mais pas Bush qui, le 15 avril, suggère à Chávez sur un ton impérial, « d'apprendre les leçons qu'à laissé cette crise récente, et de s'attacher au respect de la démocratie, y compris  la liberté de la presse et  le droit de l'opposition à s'exprimer. » Et il nie le fait que les États-Unis aient eu un rôle quelconque dans le coup d’Etat. 

Cette impasse est bien connue, comme le soulignent plusieurs experts de ce pays. Miguel Díaz, du Centre d’Études Stratégiques de Washington, considère que « le désir de démolir Chávez aveugle les États-Unis. » Et Carol Graham, de la Brookings Institution, affirme : « Les États-Unis étaient contents que Chávez s'en aille. Ce n'est pas un secret. »

L'entêtement des faits et la bordée de critiques poussent le Gouvernement de Bush à prendre une position publique défensive bien qu'ils ne renonce pas à son but de chasser Chávez du pouvoir rapidement. Il comprend qu'il faut réajuster les tactiques et regroupées des forces. Il commence à tourner autour de sa proie et réfléchit à nouveau à la manière de l'attraper.

Le nouveau plan des États-Unis : le coup d'Etat pétrolier. Chávez décide de perdre de l'espace et de gagner du temps (2002)

La victoire civique et militaire bolivarienne contre le régime de fait en à peine 48 heures n’obnubile pas Chavez. Il décide de gagner du temps pour renforcer la Révolution et neutraliser ses adversaires. Il opte même pour perdre un certain espace de pouvoir: par exemple, il remplace plusieurs gérants à PDVSA. Il a besoin d'épurer les forces armées et de les blinder contre une autre tentative de coup d’Etat. Il veut, en plus, démêler le rôle des États-Unis et adopter certaines mesures destinées à éviter une autre surprise anticonstitutionnelle. Il a perdu sa virginité, dit-il en privé, et il se prépare à affronter de nouvelles attaques, il élabore le “Plan Colina” avec une équipe secrète de militaires et d'experts en pétrole pour affronter une éventuelle grève de ce secteur.

Il encourage le dialogue avec toutes les entités politiques et économiques du pouvoir grâce a une commission nationale et à d'autres commissions dans les états. Mais les États-Unis et leurs alliés vénézuéliens pensent que Chávez agit ainsi parce qu'il a été affaibli par les événements d'avril et supposent qu'il est possible de leur renverser grâce à un plan de coup d’état mieux exécuté.

Presque tous les chefs de l'opposition refusent de discuter comme le leur suggère Washington qui cherche à isoler et à affaiblir le Gouvernement. Un tel rejet et l'urgence d'éviter que les adversaires les plus irrationnels entraînent le pays dans un labyrinthe poussent Chávez à rechercher dans le Centre Carter un acteur capable de  faciliter ces conversations. L'ancien président, Jimmy Carter arrive à Caracas, le 6 juillet, accompagné d'une délégation de son O.N.G.. Presque tous les secteurs de l'opposition expriment des réserves concernant cette médiation mais suivent le conseil de l'ambassade des États-Unis, ne rejettent pas la présence de l'ancien président et insistent sur le fait que l'institution adéquate pour exercer la médiation est l’OEA. Enfin, Washington et ses alliés obtiennent que le secrétaire général de l'OEA joue le rôle de médiateur. Même si Chávez ne peut l'empêcher, il obtient un certain contrepoids en impliquant le centre Carter, qui n'est pas du goût de Bush.

Le Gouvernement des États-Unis suit chaque épisode et bouge ses pièces pour influencer. Eva Golinger écrit dans son livre « Le code Chávez »: « après l'échec du coup d'Etat d’avril, l'agence publique des États-Unis, la National Endowment for Democracy (NED), remet en juin 2002 plusieurs millions de dollars aux partis et aux organisations d'opposition impliqués dans le plan de coup d'Etat suivant.  Ce même mois, l'agence internationale de développement des États-Unis (USAID) à travers un sous-traitant privé, installer au Venezuela, canalise, plus de 10 000 000 de dollars.»

Le 11 juin, le département d'État fait une annonce alarmiste dans laquelle il demande à ses ressortissants qui se rendent au Venezuela d'être prudents « à cause du climat politique instable et d'une situation de sécurité imprévisible. » il a averti que si la situation politique se détériore, « des affrontements similaires à ceux survenus entre le 11 et le 14 avril pourraient avoir lieu. » les mois de la fin de l'année 2002 sont intenses. Tous les secteurs de l'opposition, pense qu'ils peuvent renverser Chávez rapidement. Bien que les différences se poursuivent entre, l'ambassade des États-Unis, les aides à se mettre d'accord sur quatre idées basique qui font l'objet de discussions dans les milieux diplomatiques :

- Chávez ne va pas démissionner seulement avec des pressions politiques.
- Il faut planifier les actions, ne pas  désespérer, avoir une direction unie et une proposition de gouvernement concertée.
- La manœuvre principale doit être une grève nationale qui comprendrait le secteur du pétrole pour déstabiliser tellement le pays que Chávez accepterait de démissionner et d’avancer les élections ou les forces armées l'exigeaient de lui quand tout serait devenu ingouvernable.
- S'il ne démissionne pas et si les militaires ne le destituent pas, l'objectif est de le renverser avant mars 2003 grâce à un référendum révocatoire après avoir obtenu la banqueroute économique et le chaos, et que la majorité des gens veuillent qu'il s'en aille en considérant que la seul issue à la crise est un Gouvernement soutenu par les secteurs économiques, la direction de PDVSA et les États-Unis.

Les autorités étasuniennes montrent moins en public pendant les trois mois qui précèdent la grève pétrolière. Ces positions plus subtiles  qui  simulent un respect de la souveraineté vénézuélienne alors qu'ils font des pas vers le coup d'Etat pétrolier sont également le fait de Chávez et des autres dirigeants bolivariens. Ils évitent également d'attaquer le Gouvernement des États-Unis en public.

Début du coup d'Etat pétrolier. Négociation sous pression. Manœuvre électorale pour chasser Chávez (décembre 2002). 

La grève à des fins de coup d'Etat du patronat privé et de l'industrie pétrolière contrôlée par des gérants vénézuéliens alliés des États-Unis est soutenue, en outre, par presque tous les médias et par les militaires putschistes du 11 avril, à présent hors de l’institution. Cette nouvelle attaque crée une situation à haut risque pour le pouvoir révolutionnaire mais Chávez n'est pas prisonnier, il peut diriger la contre-attaque et avec le soutien uni des militaires et du peuple mobilisé, il parvient à vaincre pour la seconde fois la lance putschiste. 

Les États-Unis agissent en coulisses et mesurent le développement des événements. Il propose de chasser Chávez avant d’exécuter, en mars 2003, l'agression prévue de l'Irak pour renverser Saddam Hussein et occuper le pays. Ils veulent le faire, en outre, avant que Lula assume la présidence du Brésil, le 1er janvier 2003. Mais ils évitent de montrer leurs partialité en public. Ils utilisent César Gaviria, secrétaire général de l'OEA, pour essayer d'obtenir des concessions de Chávez au milieu de la paralysie d'une bonne partie du pays qui dure presque deux mois et provoque des effets postérieur sensibles.

À aucun moment, le Gouvernement de Bush ne manifeste d’inquiétude à cause des actions anticonstitutionnelle, de l'opposition, qui comprennent des crimes, des actes terroristes, des sabotages à PDVSA, des pénuries et des violences ─ ni de l'interruption totale de l'approvisionnement en pétrole des États-Unis (15 % de leurs importations d'hydrocarbures). Il fait semblant d'être neutre mais sa conduite, par action ou par omission, indique le contraire. Il est sûr que ses alliés vénézuéliens mangeront le repas de Noël sans Chavez. Et l'imagine aussi qu'il pourra bientôt dévorer leur proie tant convoitée.

Le 3 décembre 2002, les États-Unis commencent à faire pression et à influencer à travers des déclarations et des actions diplomatiques destinées à aider Gaviria et l'opposition qui cherchent à mettre à genoux Chávez  à la table de dialogue de négociation. Ce jour-là, Robert Zimmerman, l'un des porte-parole du département d'État, déclare : « Un accord pour réaliser des élections nationales à une date fixée d’un commun accord est, à notre avis, la seule véritable solution à la crise politique.»

César Gaviria réagit avec inquiétude après un massacre survenu sur la place d'Altamira, dans l'est de Caracas, perpétré dans la nuit du 6 décembre par un fou manipulé au service du plan: « Il est urgent que la table se réunisse le plus rapidement possible et commence à produire les résultats que les Vénézuéliens en attendent. » Le secrétaire d'État nord-américain, Colin Powell, téléphone à Gaviria pendant 16 heures, tendu et lui exprime son soutien pour sa médiation. La manœuvre est évidente : déstabiliser le pays et obliger Chávez a accepter des élections présidentielles anticipées, bien que ce soit une option anticonstitutionnelle.

Il n'accepte pas de pressions. Le 7 décembre, il confirme sa position lors d'une conférence de presse : « Nous ne refusons pas de discuter une option électorale conforme à la Constitution mais auparavant, il faut changer le Conseil National Électoral. » Ce jour-là, le CNE à majorité d’opposition approuve le calendrier pour organiser un référendum consultatif le 2 février avec la question suivante : « Êtes-vous d'accord pour demander au Président de la République, Hugo Rafael Chávez Frías, de renoncer volontairement à sa charge immédiatement ? » En réponse, Chávez soutient que la voie constitutionnelle pour essayer d'interrompre son mandat est de réaliser un référendum révocatoire après le 19 août 2003, date à laquelle il aura accompli la moitié de son mandat.

L'opposition, en accord avec les États-Unis, opte pour violer la Constitution : elle cherche à créer un scénario qui force le président à démissionner ou conduirait à un coup d’Etat. Et, dans le cadre du même plan, elle conçoit une autre variante : avancer les élections présidentielles et réaliser un référendum, deux types consultatif, mais avec une question de caractère révocatoire, en violation flagrante du mandat constitutionnel.

Le contenu et la répétition des déclarations des porte-parole des États-Unis reflètent l'anxiété de la Maison blanche. Richard Boucher exprime le 10 décembre son inquiétude à cause de l'escalade de violence et souligne que Washington continue à considérer que les deux parties doivent « profiter des opportunités que représente le secrétaire général de l'OEA pour résoudre ceci de façon pacifique. »

Pour compléter l'image de chaos qu'il cherche à créer, le département d'État décide d'autoriser une partie de son personnel diplomatique au Venezuela à quitter le pays. De plus, il émet un nouvel avertissement conseillant aux ressortissants des États-Unis de repousser leur voyage au Venezuela « à cause de la situation politique, de la sécurité qui continue à se détériorer et de la sévère pénurie d'essence et d’aliment. »

Le 12 décembre, l'ambassadeur Shapiro, qui est devenu un acteur du dialogue, revient discuter avec Gaviria et reproche au Gouvernement et à l'opposition leurs positions intransigeantes: « il est plus que jamais indispensable que les deux parties se mettent d'accord. » Chávez se tait. Cette nuit-là arrive à Caracas, le sous-secrétaire adjoint pour l'hémisphère occidental, Thomas Shannon, qui donne la priorité à une visite à Gaviria. Il a également fait le voyage pour rencontrer Shapiro,  les dirigeants de l'opposition et le Gouvernement : « cette visite montre une inquiétude qui existe à Washington (…) Nous avons la bonne volonté d'aider à rechercher une issue pacifique, démocratique, constitutionnelle et électorale à un conflit politique qui a réellement paralysé le pays et qui nous inquiète tous. »

Peu après, le 13 décembre, la Maison Blanche porte une consécration au plan de coup d'Etat : « les États-Unis sont convaincus que la seule voie pacifique et politiquement viable pour sortir de la crise est la célébration d'élection anticipées. »

À cette date, Richard Boucher ne laisse aucun doute : « nous pensons que les élections anticipées sont la sorte de solution dont on a besoin. Et je suppose qu'on pourrait dire que ceci est notre objectif… » Enfin, le Gouvernement de Bush  atterrit sur le site convenu avec ses alliés ! Dans une interview accordée  à la chaîne de télévision CNN, le même jour, Chávez les met contre le mur : « Des élections anticipées ne sont pas prévues ici. Je ne pense pas que le Gouvernement des États-Unis soit en train de dire au monde qu'au Venezuela, il faut rompre avec la constitution bolivarienne. Il faudrait leur renvoyer un exemplaire de la Constitution aux autorités nord-américaines. »

Le secrétaire général de l'ONU et plusieurs Gouvernements au plus haut niveau parmi lesquels Lula et Poutine sont d'accord pour soutenir une issue pacifique et le 16 décembre, l'OEA fait une déclaration dans laquelle elle donne son aval à la nécessité d'une solution « pacifique, constitutionnelle, démocratique et électorale. » aussi bien le Gouvernement bolivarien que l’opposition se réclament du soutien de l’OEA. En réalité, le texte révèle un bilan gouvernemental des forces dans l'hémisphère qui, même s'il ne favorise pas les positions de la Révolution Bolivarienne, ne peut pas non plus transgresser les règles de l'OEA, encore moins après les faits du 11 avril.

Chávez à l’offensive. Défaite du coup d'état pétrolier. Victoire de la voie constitutionnelle (janvier 2003).

Début janvier 2003, il est visible que le Gouvernement soutenu par le peuple et les forces armées avance vers la victoire. PDVSA est réactivé, les patrons privés ne résistent plus et les gens font pression de toute part contre la grève illégitime et inhumaine. Les porte-parole principaux de celle-ci se rendent aux États-Unis en janvier, et en rentrant à Caracas, toute la direction de la contre-révolution  joue la nouvelle mélodie vers laquelle on l'a orientée. Ils engagent une campagne destiné à favoriser le référendum consultatif à but révocatoire non contraignant pour essayer de discréditer Chávez et l'obliger à démissionner. Un autre chemin indiqué par Washington pour arriver à Rome.

Ils promettent « nouvel avenir », différent de celui de la IVe République et de la Révolution Bolivarienne. Ils exaltent l'engagement des opposants dans la lutte contre la pauvreté et dans la réconciliation nationale. Ils soulignent une idée clé : avec Chávez, au pouvoir, il n'y aura ni paix  ni concorde et il ne sera pas possible non plus de venir à bout de la pauvreté. C'est pourquoi  ils appelle à choisir entre la guerre, la misère et l'angoisse qu'incarne Chávez et la paix, la conciliation et le progrès que garantit l’opposition.

C'est la même alternative que les États-Unis emploieront pour les élections présidentielles au Nicaragua, en 1990. À cette occasion, leur candidate Violeta Chamorro soutenue par une large coalition a vaincu les sandinistes, après que le pays ait été soumis à une guerre sale et à la déstabilisation économique pendant plusieurs années. Un alibi parfait : ils créent les conditions par la voie violente et légitiment la victoire contre-révolutionnaire par les urnes. Les balles et le chaos d'abord, le vote après.

Le 9 janvier, le Washington Post publie une information qui affirme que les États-Unis préparent une un initiative pour créer un groupe de pays amis du Venezuela pour contribuer à l'avancée et au succès des négociations. L'idée est d'empêcher Lula de coordonner l'initiative en accord avec Chávez qui l’avait suggéré quelques jours plus tôt. Le journal avance que ce groupe pourrait être composé par les États-Unis, le Brésil, le Chili, le Mexique et l'Espagne. L'information est surprenante et polémique : les États-Unis, l'Espagne et le Mexique amis de qui, au Venezuela ?

Selon le journal, utilisé de manière officieuse par le Gouvernement des États-Unis, ce groupe « garantirait un engagement de l'opposition et du Gouvernement à célébrer des élections anticipées. » Soit la position officielle du Gouvernement des États-Unis : le texte, en outre, souligne une idée cruciale : Washington a décidé d'accélérer l'issue du conflit vénézuélien par crainte d'une plus grande pénurie de pétrole face à la perspective de son attaque contre l'Irak en mars.

48 heures après, Gaviria annonçait –sans s'être coordonné avec le Venezuela– que les États-Unis, le Brésil, le Chili, le Mexique, l'Espagne et le Portugal intégraient le groupe d'amis qui allait aider à trouver une solution négociée et serait le garant de ces accords. Chávez, contrarié de ne pas avoir été consulté, prend les devants : « Je ne suis pas obligé d'accepter quoi que ce soit, » dit-il. Dans des déclarations postérieures, il explique que l’initiative de créer ce groupe a été l'idée du Gouvernement bolivarien et qualifie le collectif créé « d’embryonnaire », ajoutant qu’il devait être élargi à d'autres Gouvernements, comme celui  de la Chine et celui de la Russie.

Le 16 janvier, ils seront au Brésil pour peaufiner les idées avec Lula. Là, il réaffirme son opinion sur la nécessité d'élargir le groupe –car « le Venezuela a des millions d'amis dans le monde entier ».– et enfin il accorde au Brésil, la possibilité de choisir les membres. Fidel qui, de Cuba suit attentivement l'évolution politique du Venezuela, donne son opinion à la demande de journalistes étrangers. Il accuse les États-Unis d’ourdir, grâce à ce groupe, « un plan, une manœuvre, un projet pour détruire la Révolution au Venezuela. Personne ne va croire qu'ils sont impartiaux dans la recherche d'une solution juste pour le Venezuela. » Et il ajoute : « En réalité, plusieurs des pays qui sont là ont soutenu le coup d'Etat du 11 avril. » Enfin, la position ferme de Chávez en défense de la souveraineté et la dérive du plan de coups d'Etat pétrolier font échouer cette manœuvre.

Entre alors en scène, Jimmy Carter. Il fait une nouvelle visite à Caracas entre le 17 et le 20 janvier et amène une autre proposition. Après avoir rencontré les parties et avoir rencontré Chávez deux fois, le prix Nobel formule deux propositions qui dynamisent les négociations. La première est un amendement à la Constitution qui raccourcit le mandat du président de 6 à 4 ans et à deux mandats (comme aux États-Unis). La seconde est un référendum révocatoire du président qui serait organisé au plus tard le 19 août, date à laquelle il aurait accompli la moitié de son mandat.

Le 22 janvier, le département d'État adoube Carter. La concertation est évidente. Boucher déclare : « Ces possibilités offrent une excellente base pour sortir du point mort actuel. » La ligne est claire. Ils savent que le plan de coup d’Etat a été vaincu et à présent, ils veulent profiter de la crise économique et sociale qu'ils ont créée et tromper d'électorat chaviste dans les urnes. Chávez ne rejette aucune option constitutionnelle et suggère à l'opposition « de se mettre à travailler sur ces idées » au lieu de faire des sabotages.

À Miraflores, le dimanche, 2 février, dans son émission star « Allô président » , le dirigeant bolivarien proclame la victoire : « nous avons vaincu le plan de coup d'état. » Et il souligne : « Ils ont essayé de pousser le peuple contre le mur. Ils ont menacé d'une guerre civile s’il n'y avait pas de référendum consultatif. Nous sommes ici, il n'y a pas de référendum mais il n'y a pas de guerre civile, la bonne volonté d'un peuple s'est imposée. »

La table de négociation produit son premier fruit le 18 février : une déclaration contre la violence, pour la paix et la démocratie que l'opposition a refusé de signer depuis décembre 2002. Deux jours plus tard, le procureur général ordonne l'arrestation de Carlos Fernández et de Carlos Ortega, soupçonnés d'avoir commis des délits de rébellion civile, d’incitation à la violence, de conspiration, de trahison envers la patrie et de dévastation. Tous deux quittent le pays.

Le 29 mai 2003, après plus de six mois de négociations tendues avec la médiation de l'OEA, du centre Carter et du PNUD, le Gouvernement et les partis politiques d'opposition signent un accord en 19 points pour mettre fin à la violence, désarmer les civils et ouvrir la possibilité constitutionnelle de convoquer le référendum révocation à partir du 19 août.

Ainsi, après que sa seconde tentative de coup d'Etat en huit mois ait été vaincue, la contre-révolution doit accepter –en accord avec le Gouvernement des États-Unis–le fait que le référendum révocatoire et la seule voie constitutionnelle possible pour essayer de déposer le président. Commence alors une nouvelle étape du conflit entre l'empire et la Révolution Bolivarienne.

Source en espagnol:
https://redh-cuba.org/2026/03/legado-antiimperialista-de-chavez-ii-por-german-sanchez-otero/

URL de cet article:

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/03/venezuela-l-heritage-anti-imperialiste-de-hugo-chavez-ii.html