Venezuela: La retraite tactique ou pourquoi la Révolution Bolivarienne est toujours debout
Par Manolo de Los Santos
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine–Bolivar Infos
Les premières heures de la matinée du 3 janvier 2026 ont marqué un point d'inflexion dans la lutte centenaire du Venezuela de l'Amérique latine pour l'autodétermination et l’indépendance.
L’Opération Résolution Absolue ordonnée par le Gouvernement Trump a constitué l'attaque militaire la plus brutale et la plus directe contre un État souverain dans l'histoire récente de la région. Dans une opération impactante qui a fait des centaines de morts, le président Nicolas Maduro et la première dame Cilia Flores ont été enlevés illégalement en territoire vénézuélien et transportés aux États-Unis où ils affrontent à présent des accusations fausses dans un centre de détention fédéral de New York.
Pendant les deux mois qui sont passés depuis cet acte de guerre, une avalanche de spéculations de la part de ce qu'on appelle les experts et les commentateurs de tout le spectre politique a eu lieu. Ces spéculations ont trois lignes principales :
–Le succès de l'opération indiqué une trahison dans les plus haute sphère de la révolution bolivarienne.
–La présidente en fonction, Delcy Rodriguez, et le reste des dirigeants ont abandonné le projet bolivarien et la transformation socialiste et remis le pays, son économie et ses ressources à l’impérialisme étasunien.
–En matière de relations extérieures, les dirigeants vénézuéliens ont abandonné leur anti-impérialisme traditionnel.
L’ensemble de ces affirmations équivaut à proclamer que le changement de régime a été un succès au Venezuela.
Toutes ces affirmations sont fausses et reflètent un point de vue amateur et superficiel de la politique, « des opinions hâtives » ressassées au lieu d'une analyse ou d'une enquête réelle, qui finissent par faire écho au discours de Trump au lieu de le démonter. Pour comprendre ce qui se passe actuellement à Caracas, il faut évaluer avec sagesse, ce qui s'est passé le 3 janvier, examiner attentivement les faits concernant la situation financière et commerciale de Venezuela et réaliser une évaluation honnête des tensions entre les forces internationales dans laquelle le pays évolue. Il faut comprendre ce qui a changé dans cette nouvelle situation. Pour élucider la réalité compliquée du présent, certains exemples de l'histoire des Etats socialistes peuvent servir de guide.
Une analyse détaillée des faits démontrera que nous ne sommes pas en présence d'une reddition mais d'une retraite tactique face à une force écrasante, une situation avec laquelle il existe de claires analogies dans l'histoire révolutionnaire.
À la suite, on examine et en réfute les principales affirmations qui révèlent soi-disant la « trahison » mais avant de commencer, il faut faire une importante distinction théorique entre le Gouvernement et le pouvoir de l’État. Les bureaux gouvernementaux et les ministères établissent et exécutent une série de politiques, font des déclarations, etc.… et changent temporairement de main, passant de la « gauche » à la « droite. » Les institutions permanentes du pouvoir de l’État (l'armée, les tribunaux et la police) sont le pouvoir réel dans n'importe quelle société. Presque tous les Gouvernements de gauche de la région ont été élus pour occuper des charges publiques ces dernières années mais n’ont pas obtenu le pouvoir de l’État. Un président, la politique, mais avec le même état capitaliste en vigueur (en particulier dans l’armée), il y a une limite évidente à tout ce que c'est gouvernement peuvent réellement remettre en cause de l'ordre capitaliste et transformer la réalité sociale.
Le projet bolivarien est né également comme un mouvement électoral avec Chavez, au début, occupant seul des charges gouvernementales mais avec une différence importante. Des décennies de tentatives de coups d'Etat financées par les États-Unis, des luttes internes et d'autres crises ont ouvert la voie à la substitution des forces létales de l'ancien ordre dans le pouvoir judiciaire, la police et l’armée par des forces formées par la Révolution Bolivarienne et loyales envers celle-ci. Le Parti Socialiste Uni conserve sa mission de promouvoir le pouvoir de la classe ouvrière et de construire le socialisme. La lutte peut avancer en zigzags avec des avancées et des reculs en fonction des pressions de force, mais dans chaque étape, le parti travaille pour préserver ses acquis et minimiser ses pertes.
C'est important parce que les concessions du Venezuela se font principalement au niveau du Gouvernement, pas au niveau de l'État ni du parti.
Affirmation 1: le succès de l’opération étasunienne du 3 janvier, indiquer une trahison au plus au niveau de la Révolution Bolivarienne.
Les soi-disant « preuves »:
Aucun membre de l'armée des États-Unis n'est mort dans l'opération d'enlèvement de Nicolas Maduro et de Cilia Flores.
Plus 250 avion des États-Unis ont pénétré dans l'espace aérien vénézuélien sans être abattus par les défenses aériennes sophistiquées du pays, obtenues de la Russie.
L'extraction « pacifique » de Maduro et de Flores n'a pu se produire que grâce à la « collaboration » du cercle intime de Maduro. Il n'y a pas eu de contre-offensive militaire immédiate de la part des Vénézuéliens.
La réalité : La résistance face a une supériorité militaire écrasante
Maintenant, on sait beaucoup plus de choses sur les événements du 3 janvier, que ce qu'on savait au début. Contrairement au récit imposé par les médias occidentaux et répété sans réfléchir par certains de gauche, il y a eu une résistance. Les témoignages des survivants et les déclarations du président Trump lui-même confirment que l'équipe de sécurité du président, avec des unités militaires vénézuéliennes et un contingent de combattants internationalistes cubains, a affronté les forces attaquantes dans un échange de tirs. 32 combattants cubains sont tombés ainsi que plus de 50 Vénézuéliens des forces de sécurité et de la garde présidentielle qui ont défendu le président avec leur vie.
Premièrement, les systèmes de guerre électroniques des États-Unis ont complètement désactivé les défenses aériennes et les infrastructures de communication du pays. Selon le ministre de la Défense du Venezuela, Vladimir Padrino López, les États-Unis ont utilisé le Venezuela comme « laboratoire » pour des technologies de l'armement jamais utilisées auparavant. Padrino est connu pour être le dirigeant militaire qui dénonce systématiquement les efforts des États-Unis pour corrompre et suborner l'armée pour qu'elle se soulève contre Maduro et la Révolution Bolivarienne, ainsi que les tentatives antérieures d'assassinat de la part des États-Unis. Il personnifie « l'union civique et militaire » du pays qui a bloqué pendant des années les efforts de changement de régime avec le slogan « Loyaux, toujours, traîtres, jamais. »
On n’a pas encore publié de rapport officiel vénézuélien sur le 3 janvier étant donné que le pays continue à être encerclé militairement (on donnera plus d'informations à ce sujet plus tard). Mais les rapports non officiels de témoins et de survivants soutiennent les commentaires de Padrino. Ils racontent qu'avec toutes les communications et les défenses aériennes désactivées et toute l'électricité de la zone coupée, les forces armées du Venezuela ont été attaquées avec des drones et un certain type d'armes soniques qui a rendu les soldats incapables d'agir. Instantanément, ils ont été soumis à un feu rapide et écrasant qui a produit un massacre unilatéral, même quand il y a eu une riposte au feu.
Dans son discours sur l'état de l'Union, Trump a rendre hommage au pilote du premier hélicoptère Chinook qui a atterri dans le complexe présidentiel, transportant les unités d'élite de la force Delta qui ont ensuite mené à bien l'opération terrestre et enlevé le président. L'hélicoptère a reçu un feu intense, ce qui a gravement blessé le pilote. Les États-Unis ont également admis qu'il y a eu plus de pertes étasuniennes, bien qu'aucun mort.
On a appris que l'incursion avait été essayée à l'échelle réelle dans une réplique exacte du complexe de Nicolas Maduro construite au Kentucky Pendant des semaines, les commandos de la force Delta se sont entraînés à « traverser des portes d'acier de plus en plus rapidement » et à mémoriser la distribution des couloirs et des pièces sûres. Comme on savait que Maduro tournait entre différents lieux, ils n'ont lancé l'opération qu'après qu'il ait été confirmé qu'il se trouvait dans ce lieu particulier. L'aviation nocturne spécialisée a été fournie par un groupe connu comme les “Night Stalkers”.
Mais la violence ne s'est pas terminée là. Dans des communications confirmées par de multiples sources, Delcy Rodriguez a révélé que, dès les premiers instants de contact, le 3 janvier, le Gouvernement Trump a lancé un ultimatum. Rodriguez a affirmé : « les menaces ont commencé au moment où ils ont enlevé le président. Ils ont donné à Diosdado, à Jorge et à moi-même 15 minutes pour répondre ou ils nous tueraient. » Tout refus de négocier, a-t-elle dit, donnerait lieu non seulement à l'enlèvement mais à la décapitation et à la destruction des dirigeants de l'État vénézuélien qui restaient. Ils ont dit aussi que l'armée des États-Unis continuait à encercler le pays. Toute déclaration et toute décision qu'il prendrait serait analysée comme un signe de soumission ou de résistance et leur vie pourrait être détruites à chaque instant.
Il s'agit d'une négociation avec le pistolet sur la tempe, littéralement, et ce n'est pas fini. Ce moment demandait une autorité capable de faire la retraite nécessaire pour sauver la Révolution sans briser son unité interne.
Les États-Unis n'ont pas réussi le 3 janvier à cause de la trahison des dirigeants vénézuéliens. Ils ont réussi, parce que, après plus de 25 ans de tentatives de coups d'Etat, de guerre économique et de campagnes de déstabilisation, l'impérialisme a finalement déployé son âme la plus puissante : l'intervention militaire directe soutenue par une supériorité technologique qu’aucun pays indépendant du monde en développement ne peut contrecarrer avec succès actuellement.
Analyse : La terrible attaque de guerre hybride n'a pas pu surmonter les réalités politiques.
Les États-Unis ont atteint l'objectif de capturer Maduro mais n’ont pas atteint leur objectif de renverser le Gouvernement ou l’État. Les dirigeants qui restent, la vice-présidente Delcy Rodriguez, le ministre de l'intérieur Diosdado Cabello, le ministre de la défense, Vladimir Padrino, le président de l'Assemblée nationale Jorge Rodriguez, le noyau du Parti Socialiste Uni du Venezuela (PSUV) et les Forces Armées Bolivariennes ont immédiatement agi pour stabiliser les institutions et maintenir la continuité du commandement.
Les États-Unis n'ont pas envisagé une occupation plus large car la résistance avait déjà prévu la mobilisation armée de millions de Vénézuéliens. L'appel lancé par le président Maduro a entraîné une expansion massive des milices bolivariennes, poussant plus de 8 000 000 de citoyens à prendre les armes. Ceci, combiné avec l'armée professionnelle du Venezuela qui ne sait pas divisée, a créé un scénario dans lequel tout invasion terrestre dégénérerait en une longue guerre du peuple avec des coûts politiques et matériels inacceptables pour les États-Unis. Le chavisme continue à avoir une forte base de soutien, ce que le Gouvernement Trump a admis tacitement en disant qu'il faut être « réalistes » et reconnaître que la droite vénézuélienne n'a pas le soutien nécessaire pour diriger le pays.
Au lieu de quoi, le Gouvernement Trump a exécuté une attaque chirurgicale d'une précision extraordinaire dans le but de changer l'équilibre des forces et de gagner une influence sur le Gouvernement vénézuélien mais il a dû accepter qu'il ne pouvait être renversé. Même si Trump et Rubio se vantent d'un « changement de régime », ils ne peuvent ignorer cette réalité fondamentale.
Mais quand Delcy Rodriguez, maintenant présidente en fonction, a engagé un dialogue avec le Gouvernement Trump après l'attaque, beaucoup, dans la gauche, ont réagi avec confusion et consternation. Oui, Maduro et les dirigeants avaient promis une guerre du peuple et, si nécessaire, une lutte de guérilla dans le style de celle du Vietnam. Mets le fait est que les commandos des États-Unis étaient partis, il n'y avait plus de force d'occupation contre lesquels lutter. Cela devrait être compris comme une preuve de la force durable de la révolution, et non comme une faiblesse.
Alors, comment la Révolution Bolivarienne pouvait-elle s'asseoir à table avec les mêmes forces que avaient assassiné ses défenseurs est enlevé son président ? La réponse se situe dans les conditions matérielles de survie et dans une bonne compréhension de la stratégie révolutionnaire. La base sociale et l'unité militaire de la Révolution représentaient une sorte de dissuasion pour l'occupation étrangère mais cette dissuasion ne peut expulser les énormes forces militaires qui l'encerclent encore et imposent un blocus naval total de son pétrole tandis qu’elles pointent une arme sophistiqué sur sa tempe.
Le 3 janvier, le Gouvernement a reconnu la réalité militaire et pris la décision tactique de maintenir les institutions du pouvoir de l'État sous son contrôle pour gagner du temps et vivre pour lutter un jour de plus.
Cette décision a clairement demandé certaines concessions à l'empire. Mais cela aussi demande d'un examen plus attentif. Comme les fausses accusations de trahison du 3 janvier ont été facilement réfutées, les accusations de trahison pendant les deux mois qui ont suivi le seront aussi.
Affirmation 2: La présidente en fonction, Delcy Rodriguez, et les autres, dirigeants ont abandonné le projet bolivarien et remis le pays, son économie et ses ressources à l'impérialisme des États-Unis.
Les soi-disant « preuves »
Le Venezuela a effectivement ouvert ses vastes réserves de pétrole à l'exploitation et à la vente privée étrangère.
Le Venezuela a engagé un processus de « réconciliation » avec l'opposition de droite qui comprend la libération de 2 500 prisonniers condamnés pour trahison et violence.
Les fonctionnaires étasuniens ont été reçus au palais de Miraflorès, avec les sourires et un accompagnement musical réservés normalement aux alliés et aux amis.
La réalité : une nouvelle relation de forces
Depuis le 3 janvier, les la pression des forces à changer radicalement. La plus grande flotte régionale de l’histoire de la Marine des États-Unis est restée au large des côtes du Venezuela.
Personne ne vient aider le Venezuela. En effet, si nous regardons la région, nous voyons que les gouvernements de droite d'Argentine, du Paraguay, de l'Équateur, du Salvador, du Pérou et de la Bolivie, célèbre, ouvertement attaque. Les gouvernements progressiste du Brésil, de Colombie du Mexique, ce sont limités à des condamnations rhétoriques. Le soutien stratégique de la Russie et de la Chine, bien qu'important pendant ces dernières années, a été insuffisant pour dissuader d'effectuer cette agression et a été également principalement rhétorique. Chaque pays a ses propres priorités militaires stratégiques. L'intervention directe impliquerait également le risque d'une guerre mondiale et, étant donné sa grande distance, il n'y aurait pas de force militaire dans la région pour soutenir un tel conflit.
Les accords qui ont été signés entre Caracas et Washington représentent un compromis amer mais nécessaire. Selon ses termes, le Venezuela a concédé aux États-Unis un contrôle important sur ses exportations de pétrole en revenant à un modèle de licence similaire à celui sous lequel opérait précédemment Chevron et d'autres entreprises avant le durcissement du blocus. Après avoir obtenu leur licence, les compagnies pétrolières étrangères n'auront plus à céder une participation majoritaire à l'État comme avec les précédentes entreprises mixtes. Les impôts seront réduits et elles pourront vendre leur pétrole sur le marché étranger sans devoir le vendre à la compagnie vénézuélienne d’État PDVSA. En échange, le ministère de l'énergie des États-Unis a commencé à commercialiser le brut vénézuélien avec l'aide de marchands de matières premières et de banques et Washington a réclamé l'autorité pour déterminer quelles entreprises pourront participer à la reconstruction des infrastructures énergétiques du pays. En vertu de cet accord, pour la première fois depuis des décennies, et cinq le Venezuela et son mot à dire, le pétrole vénézuélien est transporté, selon ce qu'on sait, par des bateaux-citernes étrangers en Israël, un pays avec lequel le Venezuela n'a aucune relation.
En échange, le Venezuela a obtenu l'accès aux revenus de ses ventes de pétrole, grâce à deux fonds souverains à l'étranger, effectivement contrôlés par les États-Unis. Ces fonds, bien que sujets au contrôle des États-Unis, fournissent quelque chose qui a été refusé au pays pendant des années sous le régime des sanctions : des ressources pour les investissements dans la santé, l'éducation et les infrastructures. Cet accord est abusif et humiliant, et le secrétaire d'État Marco Rubio l'a ouvertement décrit comme un accord dans lequel les États-Unis « s'accaparent tout le pétrole ». Mais l'État vénézuélien est toujours vivant.
Cela est-il une négation de la souveraineté du Venezuela sur ses décisions en matière pétrolière ? Dans une certaine mesure, oui. Mais les caractéristiques essentielles de l'accord correspondent au désir à long terme du Venezuela de reconstruire ses exportations de pétrole vers les États-Unis et ressemblent à ce que, selon ce qu'on sait, Maduro lui-même offrait dans les négociations avec le Gouvernement Trump. Ceci inclut une offre pour réouvrir l'exploitation et la propriété pétrolière aux États-Unis en échange de l'élimination des sanctions. Cela aussi correspond aux informations du journaliste brésilien Breno Altman. Se basant sur des conversations avec le fils de Maduro, Nicolas Maduro Guerra, Altman a déclaré : « [Maduro] est informé et son message est toujours un message de soutien à la présidente en fonctions, Delcy Rodriguez. »
Le fait est que les infrastructures pétrolières du Venezuela ont été construites principalement pour fournir le marché des États-Unis et que les infrastructures des raffineries du sud des États-Unis ont été construites dans une grande mesure pour traiter le but vénézuélien. D'un point de vue économique, ces pays continuent à être des partenaires commerciaux naturels malgré leur opposition idéologique. Même sous Chávez, les États-Unis ont acheté 60 % des exportations de pétrole d'Venezuela, pendant une grande partie de sa résidence, ce qui a constitué la plus grande partie des revenus du pays. Même l’expropriation des projets pétroliers de propriétés étrangère au Venezuela n'a pas été adoptée par Chávez principalement pour une question de principe mais en réaction aux tentatives de sabotage et à la détérioration des relations avec les entreprises qui ont rejeté ses conditions et quitté le pays.
Dans le fond, les États-Unis écrasent déjà l'industrie pétrolière, vénézuélienne avec des effets dévastateur. Tout d'abord, les compagnies pétrolières ont bloqué la vente des pièces et des technologies spécifiques afin que leurs infrastructures restent à l'abandon. Ensuite est venue une décennie de sanctions financières et commerciales, la saisie de ses comptes à l’étranger (dont certains sont toujours, de façon ridicule, aux mains de Juan Guaido) et enfin un blocus pétrolier littéral. L'économie vénézuélienne dans son ensemble a été très affectée par cette perte de revenus avec une inflation galopante, une pénurie de devises et l'effondrement d'autres industries. C'est la véritable cause de l'émigration du Venezuela. L'injection de milliers de millions de revenus dans l'économie vénézuélienne, même dans ces conditions injustes de siège, conduira sans aucun doute à une amélioration des conditions de vie. On s'attend à ce que des millions de personnes participent à la consultation populaire du 8 mars en votant pour sélectionner 36 000 initiatives communautaires qui vont de la rénovation des services publics à des projets économiques, pour qu'ils soient financés par le Gouvernement.
L'accord avec le Gouvernement Trump a également conduit le Venezuela à amnistier plus de 5 000 personnes et à libérer des milliers de prisonniers. Cela inclut environ 800 personnes condamnées pour différent délits en relation avec les tentatives de renversement du Gouvernement, dont des actes de violence. Ce qui ont été condamnés pour assassinat et « violation grave des droits de l'homme », ou « crimes contre l'humanité », ne seront pas libérés. Cette amnistie, dénoncée dans certains cercles comme la libération de « prisonniers politiques » se comprend mieux comme une décompression stratégique. Elle élimine un prétexte pour l'intervention humanitaire, isole les secteurs les plus intransigeants de l'opposition d'extrême droite et montre que l'État bolivarien conserve l'autorité pour définir le point de vue de ses propres procédures judiciaires. Nous pouvons supposer que le Gouvernement vénézuélien espère aussi que ceci conduira à sa reconnaissance par d'autres Gouvernements de la région et du monde. Depuis les élections de 2024, le Gouvernement n'a pas pu avoir de relations politiques et commerciales normales avec la plupart des Gouvernements de la région, à l'exception de Cuba, du Nicaragua et de certaines petites nations des Caraïbes.
Négociations avec un pistolet sur la tempe : Brest-Litovsk dans les Caraïbes
Ici, l'histoire de la révolution russe offre une leçon indispensable. En 1918, la jeune république soviétique affrontait l'avancée de l'armée impériale allemande avec une armée détruite et sans capacité de résistance efficace. Vladimir Lénine, contre les objections de ceux qu'on appelait les « communistes de gauche » qui exigeaient une « guerre révolutionnaire », pour défendre tout le territoire, a amené le jeune Etat révolutionnaire à signer l'humiliant traité de Brest-Litovsk. Cet accord cédait de vastes territoires dont toute l'Ukraine et 40 % de la base industrielle de la Russie à l'impérialisme allemand. Ça a été, d'un certain point de vue, une défaite massive.
Les critiques de Lénine ont qualifié cela de trahison envers la révolution, et en particulier, envers tous les travailleurs, les paysans et les nationalités opprimées des territoires cédés qui avaient lutté et tout sacrifié en 1917, pour finalement revenir au capitalisme avec le traité de paix de Brest-Litovsk.
Mais Lénine avait compris ce que ceux qui le critiquaient ne comprenaient pas : l'objectif n'était pas de mourir dignement mais de préserver l'instrument politique de la révolution. Comme l'avait, dit le commandant Chávez après l'échec de la rébellion de 1992 : « Aujourd'hui, nous devons reculer pour avancer demain. » Le traité a fourni le répit nécessaire pour renforcer l'État soviétique, construire l’ Armée Rouge et, en dernier ressort, vaincre non seulement l'empire allemand mais aussi les forces combinées de la contre-révolution et de l'intervention étrangère. L'histoire montre que ceux qui ont dénoncé Lénine comme traître en 1918 s'étaient trompés. Tous les territoires cédés sont revenus à l'URSS quelques années plus tard.
Mais ceci ne fut pas la fin des retraites et des concessions. Face à la famine provoquée principalement par la guerre civile, Lénine a contribué à l'aide humanitaire apportée par des organisations caritatives capitalistes étasuniennes, a noué des relations avec les pays qui venaient de l'envahir et a rétabli des liens économiques et commerciaux étroits avec l'impérialisme allemand. Abandonnant le « communisme de guerre », il a guidé l'État vers la réintroduction massive des relations de propriété capitaliste et a invité des entreprises étrangères. Ceci a assis les bases, par exemple, pour que l'État soviétique signe des accords avec la Ford Motor Company (dirigée par le sympathisant du fascisme Henry Ford) pour l'installation d'une usine.
Ce que le Gouvernement, à travers Delcy Rodriguez, fait aujourd'hui, doit être vu dans cette perspective. Assise face au ministre de l'énergie des États-Unis, Chris Wright, recevant le directeur de la CIA, John Radcliffe, à Miraflores, il ne s'agit pas d'actes de capitulation mais de survie dans des conditions d'extrême coercition. Qu'elle leur sourie ou leur souhaite la même bienvenue qu'as d'autres visites d'État est sans importance. L'objectif est de renoncer à ce qu'on peut sacrifier temporairement, le contrôle du pétrole, l'accès au marché, même 800 personnes condamnées pour violences, pour préserver ce qu'on ne peut pas remplacer: l'Etat révolutionnaire, le Parti et les vies de ses cadres dirigeants qui ont joué un rôle indispensable dans la cohésion du projet bolivarien dans son ensemble. Cette base étant préservée, une retraite aujourd'hui peut devenir un peu en avant dans l’avenir.
Affirmations 3: en matière de relations extérieures, les dirigeants vénézuéliens ont abandonné leur anti-impérialisme historique
Les soi-disant « preuves »:
Quand les forces étasuniennes et israéliennes ont attaqué l'Iran, le 28 février 2026, la ministre des relations extérieures du Venezuela à émis un communiqué soigneusement rédigé dans lequel, en plus de condamner l'agression, elle condamnait également les représailles « indues » menées à bien par l’Iran contre les Etats du golfe qui héberge des bases des États-Unis. Cette déclaration a été éliminée ensuite.
Delcy Rodriguez a publié une déclaration dans laquelle elle exprimait sa « solidarité », avec le Qatar après un appel téléphonique avec son émir, un proche allié des États-Unis. Aucune déclaration de solidarité avec l'Iran n'a été émise.
La réalité : le Venezuela est toujours sous pressions et veut préserver ses relations avec le Qatar. Cette critique oublie que les relations avec le Qatar ont jouaé un rôle spécialement important pour le Venezuela pendant ces dernières années. En effet, le Qatar à accueilli les fonds souverains du Venezuela et, par conséquent, contrôle l'accès du Venezuela à ses propres revenus pétrolier, là. Le Qatar a été aussi le médiateur et l'amphitryon des dernières rondes de négociations entre les États-Unis et le Venezuela. Le Venezuela avait remercié publiquement le Qatar, en particulier, pour son rôle dans la libération des prisons étasuniennes du prisonnier politique Alex Saab.
Plus que tout, cette critique oublie que le Venezuela continue à être sous la menace directe de destruction par les États-Unis. Chaque mot, chaque déclaration continue à être l'objet du contrôle le plus strict, avec ce que cela implique. Le directeur de la CIA, Ratcliffe, a averti personnellement les fonctionnaires vénézuéliens que tout accord serait écarté si le Venezuela servait « de refuge sûr » aux adversaires des États-Unis. Dans une telle situation, la diplomatie n'est plus une profession de bonne foi mais un instrument pour préserver l'existence souveraine.
Les relations officielles entre Caracas et Téhéran sont intactes mais proclamer sa solidarité envers l’Iran contre les États-Unis dans cette guerre massive couperait non seulement les relations avec le Qatar qui sont devenues très importantes mais fournirait à Washington un prétexte pour une seconde série d'attaques beaucoup plus dévastatrice.
Qui est réellement Delcy Rodriguez ?
Une grande partie du récit concernant la « trahison » a été centrée sur la figure de la présidente par intérim Delcy Rodriguez. Cela manque de preuves réelles, semble totalement faux et est une tactique classique de la stratégie militaire et des opérations psychologique des États-Unis.
Les accréditations révolutionnaires de la famille Rodriguez sont gravés dans la lutte dans le sang. Le père de Delcy et son frère Jorge (président de l'Assemblée nationale) était Jorge Antonio Rodríguez, dirigeant de la Ligue Socialiste, une organisation marxiste-léniniste qui a reçu un entraînement à Cuba. Il a été torturé et assassiné par le régime de Punto Fijo en 1976, en étroite coordination avec la CIA quand Delcy avait sept ans. Aussi bien Delcy que son frère Jorge sont issus de cette tradition de lutte clandestine et massive pour le socialisme. Le président Maduro lui-même a été cadre dans la même organisation. Après que Delcy Rodriguez soit rentrée au Venezuela après avoir étudié à l'étranger, elle s'est lancée dans le mouvement chaviste et le Gouvernement avec son frère et tout deux sont devenus les principaux conseillers de Maduro, ses négociateurs et ses représentants les plus fiables dans les affaires intérieures et internationales les plus délicates. Elle a déclaré que construire la Révolution Bolivarienne serait sa vengeance pour l'assassinat de son père, une forme de justice. Suggérer que parmi eux, il y ait pu avoir une trahison ou une capitulation née de la couardise ou de l'opportunisme, c'est ignoré quatre décennies de formation politique et de sacrifices partagés.
Dans sa première déclaration, le 3 janvier, Trump a insinué que Delcy Rodriguez avait exprimé sa volonté de coopérer avec les les États-Unis et de satisfaire leurs revendications. Certains, dans la gauche, l'ont cru et ont interprété cela comme un signe de capitulation. Sa conférence de presse, ce même jour, avait confirmé la souveraineté du Venezuela et ses propres exigences envers les États-Unis, dont la libération du président Maduro. Le lendemain, après avoir dirigé une réunion de la direction du parti et de l'État lors de laquelle l'unité de l'armée a également été confirmée, elle a publié un message dans lequel elle demandait au Gouvernement des États-Unis de collaborer avec le Venezuela pour la paix et le développement mais dans le cadre de la souveraineté et de l'égalité.
Cette déclaration était l'écho de toutes les déclarations faites par Maduro dans le passé et tout au long des années de tensions avec les États-Unis. Maduro lui-même a constamment demandé le recours à la diplomatie et des négociations directes de haut niveau pour éviter une guerre totale et il avait déjà proposé des accords économiques globaux avec les États-Unis pour les ressources pétrolifères et minérales du Venezuela. Sans aucun doute, tout accord de ce type aurait été soumis à la réduction et à la diminution des alliances stratégiques avec ceux qu'on appelle les « adversaires des États-Unis » dont l'Iran, la Russie et la Chine. Nous pouvons supposer que chacun des ces pays le comprendrait, étant donné qu'ils ont pris clairement des décisions tactiques similaires difficiles dans leur histoire récente pour l’auto-préservation et les intérêts nationaux. Mais Delcy Rodriguez a affirmé à plusieurs occasions que le Venezuela continuerait à développer des relations avec les peuples de tous les pays.
Si le Gouvernement vénézuélien de Delcy Rodriguez signait un accord similaire à celui proposé par Maduro, mais maintenant, avec Maduro pris en otage, cela ne constituerait pas une trahison. Évidemment, cela pose la question de savoir pourquoi Trump a décidé d’enlever Maduro mais ceci à plus avoir avec le fait de maintenir sa réputation de « type dur » qu'avec une différence politique importante. Dans les semaines qui ont précédé le 3 janvier, certains secteurs des médias de la classe dominante se moquaient spécialement de Trump en le qualifiant de « perdant » s'il arrivait à un accord qui laisserait Maduro au pouvoir. Il avait besoin d'un trophée et il voulait apparaître comme l'homme fort qui pouvait fixer ses conditions à n'importe qui. Trump proclame la victoire en disant que « nous sommes aux commandes. » Il le fait principalement pour des motifs de politique intérieure. Mais cela n'en fait pas une réalité. Incapable de mener à bien un changement de régime réel, il utilise les mots pour déclarer faussement que « le régime a changé ».
Pour sa part, Delcy Rodriguez a déclaré que le retour de Maduro et de Flores continue à être l'objectif central des négociations avec les États-Unis.
Neutraliser la droite et chercher la normalisation des relations
Une conséquence involontaire mais significative de ces négociations a été un énorme revers politique pour l'opposition soutenue depuis longtemps par les États-Unis qui a été utilisée pour priver le Venezuela de relations internationales normales. Maria Corina Machado qui, pendant des années, a demandé l'intervention militaire étrangère et qu’on applique les sanctions qui ont dévasté le peuple vénézuélien, a été reléguée au second plan après le 3 janvier. Elle n'a rien obtenu d'un Gouvernement qui traite directement avec le Gouvernement de Miraflores.
En établissement des relations directes entre états basées sur le seul produit que l’impérialisme étasunien estime réellement, le pétrole, les dirigeants bolivariens ont pris le dessus sur l’opposition. Les États-Unis, dans leur pragmatisme brutal, ont opté pour négocier avec la seule force qui contrôle réellement le territoire et les ressources au lieu de négocier avec des individus exilés qui n'ont aucun pouvoir réel. Dans leur retraite hâtive, Rubio et Trump en sont même arrivés à discréditer publiquement la personnalité de l'opposition qu'ils avaient eux-mêmes choisie, reconnaissant ainsi de fait l'État bolivarien comme la seule entité gouvernante. La normalisation totale des relations et la reconnaissance du Gouvernement du Venezuela sont encore loin. Si elles se produisent, elles seront considérées comme une victoire stratégique pour le projet bolivarien.
La tâche de la solidarité internationale
Pour les forces de gauche hors du Venezuela, le moment actuel exige d'être clair sur ce que signifie la solidarité. Cela ne signifie pas soutenir ou défendre toutes et chacune des déclarations du Gouvernement vénézuélien étant donné la situation dans laquelle il opère actuellement. Mais cela ne signifie pas non plus exiger que les dirigeants se suicident dans un geste de pureté révolutionnaire ou d’honneur. Cela ne signifie pas se faire l'écho de la propagande des États-Unis sur « des divisions » et « des traîtres » sans aucune preuve. Cela ne signifie pas mesurer chaque décision tactique avec un standard abstrait qu'aucun projet révolutionnaire dans l'histoire ne respectera jamais.
La solidarité signifie comprendre que Delcy Rodriguez, assise face aux représentants d'un empire, qui, pendant longtemps, a eu sa propre famille, dans sa ligne de mire, est impliquée dans la sorte de travail révolutionnaire la plus difficile : survivre dans des conditions de pression maximales avec l'avenir de 30 millions de personnes enjeux. Son objectif est de préserver un projet qui a transformé l'État vénézuélien, restauré l'indépendance du Venezuela, institué d'impressionnantes réformes sociales, créé un secteur communal et résisté à une attaque économique et militaire de l’empire soutenue dans une situation d'isolement dans le monde et à une époque de contre-révolution. Participer au martyr révolutionnaire dans ce contexte n'importerait rien mais conduirait à la liquidation de la gauche vénézuélienne et ferait reculer la révolution vénézuélienne pour des générations.
La révolution n'est pas finie. Elle s’est retirée temporairement, elle s'est regroupée et elle lutte par d'autres moyens. Le répit obtenu grâce à ces négociations, aussi coûteux qu'il soit, crée les conditions de futures avancées.
Nicolas Maduro continue à être le président légitime du Venezuela, même alors qu'il se trouve injustement dans une cellule, privé même de la possibilité de payer les honoraires de son avocat. Le pétrole qui coule vers le nord en vertu de cet accord n'est pas un butin mais une rançon payée pour garantir la vie du peuple vénézuélien et la continuité de l'État socialiste. Quand la pression des forces changera, et elle changera, le Venezuela se battra pour récupérer ce que l'impérialisme a extrait temporairement.
Il ne s'agit pas de mourir pour la révolution mais de vivre et de faire la révolution.
Source en espagnol :
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/03/13/venezuela-retirada-tactica-el-porque-la-revolucion-bolivariana-sigue-en-pie/
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