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Amérique latine: Opération Extermination Totale: L’Equateur, la Colombie et Cuba dans le viseur de Trump

4 Avril 2026, 17:41pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Leonardo Buitrago

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

Le Gouvernement du président étasunien Donald Trump a déchaîné une escalade militaire en Amérique latine sous le nom d’Opération Extermination Totale. Ce qui, au débit a été considéré comme des attaques contre de soi-disant cartels de la drogue dans la région, est, en fait, une campagne qui vise l’Equateur, la Colombie et Cuba et qui comprend des actions secrètes, des bombardements terrestres, des attaques de bateaux civils et des menaces d’annexion du territoire.

Des fonctionnaires du Pentagone et du ministère de la Guerre ont confirmé que ces opérations ne sont que le « début » d’une stratégie plus large tracée par le magnat républicain pour exercer une plus forte influence politique sur le continent.

Selon The Intercept, lors d’une récente audience de la commission des Forces Armées de la Chambre des Représentants, le sous-secrétaire à la Défense Nationale et aux Affaires de Sécurité des Amériques par interim, Joseph Humire, a révélé la portée d’une nouvelle phase militaire dans la région.

« Les attaques contre les cartels de a drogue latino-américains ne sont que le début, » a déclaré Humire et il a annoncé une escalade importante. Ses déclarations ont confirmé ce qui, jusque’à présent, n’était qu’une rumeur qui courait dans les cercles militaires et diplomatiques: Le Gouvernement Trump est en train de mettre en oeuvre une stratégie d’affrontement direct dans l’hémisphère occidental tout en poursuivant, avec le premier ministre israélien Benjamín Netanyahu, une guerre contre l’Iran qui a fait, depuis le 28 février, 1 500 morts civils parmi lesquels 228 enfants et a détruit environ 115 000 structures civiles en Iran.

« L’opération conjointe, intitulée « Opération Extermination Totale » est le début d’une offensive militaire de l’Equateur, contre les organisations criminelles transnationales avec le soutien des Etats-Unis, » a-t-il affirmé.

Des bombes et des opérations secrètes en Equateur et en Colombie.

Selon le haut fonctionnaire, cette offensive a démarré avec « des actions cinétiques bilatérales contre des objectifs de cartels tout le long de la frontière entre la  Colombie et l’Equateur. »

Cette phrase fait allusion aux attaques du 3 mars dernier qui ont compris des bombardements en territoire équatorien qui ont eu des répercussions directes en Colombie. Ce qui a débuté comme une opération conjointe entre Washington et Quito avec le soutien logistique et le soutien du renseignement des Etats-Unis s’est rapidement transformé en incidents qui passé les frontières et ont provoqué des tensions diplomatiques entre les deux pays.

The Intercept rappelle l’un des épisodes les plus graves, survenu précisément le 3 mars: une bombe d’environ 227 kilos lancée par les forces étasuniennes ou équatoriennes - l'origine exacte n’en a pas été officiellement précisée — est tombée en territoire colombien après avoir touché une ferme située dans la zone frontalière.

A cette occasion, le président de la Colombie, Gustavo Petro, a d’énoncé le fait qu’une bombe « lancée d’un avion » était apparue « tout près de la frontière » avec l'Équateur.

« Une bombe lancée d’un avion a été trouvée. On va mener une enquête approfondie sur les circonstances de cet incident, tout près de la frontière avec l'Équateur, ce qui confirme en partie mes soupçons, mais il faut enquêter de manière approfondie, car on nous bombarde depuis l'Équateur et ce ne sont pas les groupes armés », a déclaré le chef de l'État.

consulte par ce média, le Commandement Sud des Etats-Unis s’est borné à envoyer un communiqué du Ministère de la Défense de l’Equateur qui confirme l’incident.

Pour sa part, Humire a déclaré que cela faisait partie d’un effort conjoint qu’il a appelé « attaques terrestres conjointes » et il a souligné que les Etats-Unis fournissent à l’Équateur « des capacités qu’ils n’aurait pas d’une autre façon » alors que le ministre de a Guerre, Pete Hegseth, s’est réjoui sur X de la poursuite des bombardements: « Oui - comme @POTUS (pseudonyme de Trump sur le réseau social) l’a dit: nous bombardons aussi sur terre. »

La Maison Blanche a alors fait savoir au Congrès, dans un rapport sur les pouvoirs de guerre, qu’une « action militaire » contre « des installations de narco-terroristes affiliés à une organisation. terroriste désignée » avait été réalisée.

Mais l’opacité a été la règle. Humire a admis devant les députés qu’il ne pouvait préciser le nombre d’attaques terrestres qui avaient été exécutées dans les près de 20 pays d’Amérique latine et des Caraïbes dans lesquels les Etats-Unis ont une présence militaire d’une façon ou d’une autre: « Je n’en connais pas le nombre exact, » a-t-il répondu.

Mais quand le député Adam Smith, un démocrate de haut rang dans le comité, lui a demandé si le ministère de la Guerre s’acheminait vers « beaucoup plus d’attaques terrestres », Humire a été clair: « Oui, monsieur le membre de haut rang. »

Expansion de l’Opération Lance du Sud

Dans. le langage du Pentagone, le mot « dissuasion » a pris un nouveau sens. Il n’évoque plus la combinaison d’outils économiques, diplomatiques et militaires pour dissuader un adversaire de faire une certaine action, il est devenu un euphémisme pour désigner l’utilisation systématique d’attaques létales: « La dissuasion a un effet limitatif sur les narco-terroristes, leurs mouvements deviennent plus risqués, » a expliqué Humire.

Cette logique s’inscrit dans une stratégie plus large: l’expansion de ce qu’on appelle  l’Opération Lance du Sud, une campagne secrète d’attaques contre des bateaux en Mer des Caraïbes et dans l’océan Pacifique Oriental.

Depuis septembre 2025, les Etats-Unis ont exécute 46 bombardements, détruit 48 bateaux et assassiné environ 160 civils. Le Gouvernement Trump soutient que toutes les victimes appartenaient à l’un des 24 groupes criminels qu’il a qualifiés de « terroristes » bien qu’il ait refusé de les identifier et qu’il n’ait pas non plus présenté » de preuves qui démontrent que les bateaux transportaient de la drogue vers les Etats-Unis, comme il l’avait dit pour justifier les bombardements. Le général Francis Donovan, chef du Commandement Sud, a reconnu devant le Sénat que « les attaques de bateaux ne sont pas la bonne réponse » mais il a laissé entrevoir qu’on s’approche d’une phase encore plus agressive.

« Ce vers quoi nous nous dirigeons actuellement pourrait être une extension de l’opération Lanza del Sur, mais il s’agit en réalité d’une campagne contre les cartels visant à créer une friction systémique totale à travers ce réseau », a déclaré Donovan, qualifiant les bombardements navals de « petite partie » de ce qui nous attend.

La menace envers Petro

Le choix de l’Équateur comme point de lancement de l’Opération Extermination Totale n’est pas un hasard puisque juste avant les premières attaques sur la frontière avec la Colombie, le général Donovan s’était rendu à Quito pour rencontrer le président Daniel Noboa et de hauts gradés de l’Armée tandis que le FBI a établi une « présence permanente » dans le pays, rejoignant ainsi les agents de la DEA et du Département de la sécurité nationale.

The Intercept rappelle qu’en août 2025, le lieutenant-colonel Phillip Vaughn, commandant d’un groupe de  travail expéditionnaire des opérations spéciales de l'armée de l'air, avait déjà coordonné des exercices visant à renforcer l'« inter-opérabilité » entre les forces américaines et équatoriennes, notamment des « scénarios de planification opérationnelle » et des « missions d'appui aérien rapproché » avec des contrôleurs d'attaque interarmées.

L’ombre de l’escalade de Trump s’étend aussi sur la Colombie. Un ancien fonctionnaire de la Défense avait signalé anonymement au média d’investigation que Gouvernement Trump pourrait être en train de préparer une offensive contre le président Gustavo Petro.Il a récemment été révélé officiellement que Petro pourrait éventuellement être accusé de trafic de drogues - le même mécanisme utilisé pour justifier l’enlèvement du président du Venezuela, Nicolás Maduro, en janvier -  ont déclenché l'alerte à Bogotá.

« Il semble que Petro pourrait être dans la ligne de mire, » a dit la source et elle a averti que ces révélations, ajoutées à l’attaque étasunienne-équatorienne qui a ravivé les tensions sur la frontière entre les deux pays, pourraient faire partie d’une campagne coordonnée pour créer la « discorde. »

Quand, en janvier, on lui a posé directement des questions sur l’éventualité qu’il attaque la Colombie, Trump a répondu par une phrase qui sonne aujourd’hui comme un avertissement: « Cela me semble bien. »

Trump prendra-t-il Cuba?

Parallèlement aux opérations militaires sur la frontière entre l’Équateur et la Colombie, le président d’extrême-droite a jeté les yeux sur le Venezuela et sur Cuba dans une logique de changement de Gouvernement.

Le 3 janvier dernier, après une incursion armée ordonnée par Trump qui a rompu avec le droit international et fait plus de 100 morts civils et militaires et autant de blessés, les forces étasuniennes ont enlevé le président du Venezuela, Nicolás Maduro, et sa femme, Cilia Flores, qui ont été transférés aux Etats-Unis où ils sont emprisonnés au Centre de Détention Métropolitain de Brooklyn, à New York, dans l’attente d’un procès pour soi-disant « conspiration narco-terroriste, conspiration pour importer de la cocaïne, possession de mitrailleuses et de matériel de destruction et conspiration pour posséder des mitraillettes et de matériel de destruction contre les Etats-Unis. »

Après avoir attaqué le Venezuela, la magnat républicain a insinué récemment qu’il pourrait faire de Cuba le 51ème état des Etats-Unis, ce qui lui permettrait de contrôler les ressources énergétiques de l’île.

Cependant, l'ambition de Trump vise également Cuba comme l'un de ses principaux objectifs, et le locataire de la Maison Blanche a même exprimé à plusieurs reprises son intention de mener à bien l'annexion de l'île.

« J’ai Cuba sous contrôle, » a déclaré Trump récemment pour nuancer ensuite: «  Nous nous occuperons  de l’Iran avant de nous occuper de Cuba, » a-t-il ajouté, mettant en évidence le fait que sa coûteuse guerre en Asie Occidentale pour obtenir un changement de Gouvernement en Iran a la priorité en ce moment.

Mais tandis que le conflit contre la nation perse accapare l’attention des médias, Washington a imposé à l’île un blocus pétrolier qui a soumis sa population à une crise humanitaire que les Nations unies ont qualifiée de « grave violation du droit international. »

 Derrière ces actions se cache une opération de changement de régime. Selon des rapports révélés, le Gouvernement Trump cherche à forcer le président Miguel Díaz-Canel à partir avant de négocier. Face à la menace de Trump, le président de l’île a répondu sur X en avertissant que « les Etats-Unis rencontreront une résistance inexpugnable. »
La doctrine «Donroe» et une guerre sans fin?

L’offensive des Etats-Unis dans l'hémisphère occidental s'inscrit dans le cadre de ce que la Maison Blanche a appelé la « doctrine Donroe », une nouvelle interprétation de la doctrine Monroe de 1823. Alors que la politique originale du président James Monroe était destinée à empêcher her l’ingérence de l’Europe en Amérique, la version de Trump inverse le principe: elle donne aux Etats-Unis la possibilité d’intervenir militairement dans la région.

La stratégie de la Sécurité Nationale, publiée fin 2025, établit le “Corollaire Trump” comme un « puissant rétablissement du pouvoir et des priorités des Etats-Unis » basé sur « le réajustement de notre présence militaire dans le monde pour aborder des menaces urgentes dans notre hémisphère. »  Humire a défini ce « périmètre de sécurité immédiat » comme une bande qui va « de l’Alaska au Groenland dans l’Arctique, jusqu’au Golfe d’Amérique et au Canal de Panama et aux pays qui les entourent. »  Trump, dans cette optique, a menacé d’annexer le Groenland, de transformer le Canada en un état de plus de l’Union et de lancer des attaques militaires au Mexique.

 The Intercept rappelle que, lors de la même audience au cours de laquelle il a annoncé l’expansion de l’Opération Extermination Totale, Humire a été consulté sur « le niveau de réussite » qui serait nécessaire pour « arrêter l’action militaire », le sous-secrétaire à la défense nationale des Etats-Unis par interim s’est borné à répondre par un ensemble de mots concernant la sécurité frontalière, le terrorisme et les cartels et qu’ensuite, quand le député démocrate Adam Smith l’a interrompu pour qu’il précisé si les attaques contre les bateaux continueraient indéfiniment, il a répondu de façon confuse: « Non, c'est exact ».

source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/03/ee-uu-operacion-exterminio-total-la-escalada-militar-de-trump-que-apunta-a-ecuador-colombia-y-cuba/
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