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Cuba: L’éthique révolutionnaire du Che n’a pas été contagieuse

11 Avril 2026, 16:20pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Patricia Simón

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

Aleida Guevara (La Habana, 1960) a vu son père pour la dernière fois quand elle avait 3 animais elle a passée reste de sa vie à voir son visage sur des T-shirts, des posters, des graffitis, des sculptures, des tatouages et des tasses dans beaucoup d’endroits où elle est allée parler de Cuba. Che Guevara continue à être le révolutionnaire par excellence qui inspire dessillions de gens à cause de son engagement épique envers la construction d’un monde plus juste.

Un mythe reconnaissable à deux traits seulement – le béret et le regard fixé sur l'horizon – grâce à des photographies emblématiques comme celle de Korda. Une figure de référence de la gauche mondiale, mort alors qu’il tentait de reproduire la révolution cubaine en Bolivie. Il fut capturé en 1967 lors d’un combat contre l’armée bolivienne qui bénéficiait alors du soutien de la CIA. Il fut exécuté le lendemain par un sergent agissant sur ordre de la présidence bolivienne.

Maintenant, après une vie à exercer comme pédiatre, Aleida Guevara est l’exécutrice testamentaire de la pensée guévariste. A soixante ans passés, sa mère, Aleida March, lui a demandé de lui succéder à la direction du Centre d’Etudes Che Guevara. elle n’a pas pu refuser. Ses frères et elle appellent le « sergent de cavalerie » celle qui a travaillé comme milicienne du Mouvement du 26 Juillet pour en finir avec la dictature de Fulgencio Batista. « C'était la pire chose que j'aurais pu faire, car moi, j'ai pris ma retraite, mais ma mère, elle, n'a jamais pris sa retraite », dit sa fille en riant.

Avant de commencer l'interview, Aleida enregistre un message émouvant de solidarité à l'intention de la chaîne de télévision libanaise Al Mayadeen, sur laquelle elle anime une émission hebdomadaire en espagnol. Israël vient d'intensifier la guerre contre le Liban et d'en déclencher une autre contre l'Iran, avec le soutien des États-Unis, tandis que le génocide se poursuit dans la bande de Gaza.

Question: Comment définiriez-vous la situation à  Cuba?

Aleida Guevara : C’est l’un des moments les plus difficiles depuis la Révolution. du point de vue économique mais aussi à cause de la pression idéologique qu’on exerce sur nous. Le Gouvernement des Etats-Unis cherche à faire disparaître la Révolution cubaine par tous les moyens. 

Question: Et quelle est l’issue?

Aleida Guevara : D’abord, résister. Parce que si nous ne résistons pas, nous disparaîtrons de la face de la terre. Et si nous voulons continuer à vivre en tant que peuple, en tant que nation, nous devons résister. Ensuite, il faut chercher des alternatives. Le soleil, ils ne peuvent pas le bloquer, ni le vent. Nous avons aussi des fleuves à grand débit dont nous pouvons profiter. Nous produisons très peu de pétrole, en plus, il contient beaucoup de souffre et il casse les machines. Le gisement le plus important se trouve en mer et il est très difficile à exploiter sans causer des dommages à la nature, qu’il faut toujours protéger. De plus, l’une des plus belles choses que possède Cuba, ce sont ses plages et nous ne pouvons pas les perdre.

Mon père est allé au Japon en 1959. Après chaque voyage, il écrivait un rapport qui était publié dans la revue Vert Olive ou il le racontait lors d’une conférence à. la télévision pour expliquer ce qu’il avait fait. A cette occasion, il a dit que le Japon ne possédait qu’un tiers des terres fertiles que nous avons à Cuba et produisait soixante fois plus que nous et donc que nous devions apprendre à mieux les cultiver. Nous n’y sommes pas encore arrivés.

Il faudrait aussi contrôler les prix. Les Etats-Unis ont voulu fermer totalement le marché mais ils ont laissé une porte ouverte aux entreprises préivées. elles achètent leurs produits aux Etats-Unis et les vendent ici très cher, en particulier pour ceux d’entre nous qui percevons salaire de l’Etat. Ou peut-être aussi que certaines entreprises devraient baisser leurs prix pour pouvoir vendre leur marchandises.
 
Question: Le président des Etats-Unis, Donald Trump, a répété plusieurs fois qu’après l’Iran, Cuba tomberait. Sur qui peut compter l’Etat cubain pour que cela n’arrive pas?

Aleida Guevara : D’abord, sur notre peuple. Trump, comme la plupart des Etasuniens, n’a aucune idée de qui nous sommes. Pour eux, l’Amérique latine a toujours été leur arrière-cour et ils y ont fait ce qu’ils ont voulu. quand la Révolution cubaine a triomphé, pour la première fois, ça s’est arrêté. Depuis, ils ont essayé de l’asphyxier avec e blocus économique. Mais celui-ci dure depuis des années et repeuple a appris à résister et à chercher des alternatives. Pour moi, c’est le plus important.

Cuba a semé la solidarité pendant toutes les années de la Révolution. En 1963, nous avions très peu de médecins parce que la plupart avait émigré aux Etats-Unis et malgré cela, nous avons envoyé une brigade médicale en Algérie parce qu’elle en avait besoin. En d'autres termes, nous avons partagé le peu que nous avions, et cela a fait naître un sentiment de solidarité qui nous pousse à rendre un peu de ce que nous avons reçu.

Bien sûr, la solidarité du Mexique envers Cuba ne nous a jamais fait défaut. Quand toute l’Amérique latine nous a chassés de l’OEA, le seul pays qui a conservé des relations avec Cuba, malgré les Yankees, a été le Mexique. Maintenant, nous avons aussi repeuple vénézuélien. Nous avons grandi ensemble pendant ces dernières années et  nous avons de grands liens d’amitié, surtout quad nous parlons de Chávez et de Fidel. La Chine a toujours été très proche de nous, le Vietnam, la Corée du Nord –avec plus de difficulté à cause de l’éloignement.– la Corée-du-Nord – avec plus de difficulté à cause de l'éloignement.–la Russie et la Biélorussie se sont aussi plutôt bien comportés. Bien que nous ne soyons pas idéologiquement égaux, ce sont des Gouvernements qui ont maintenu les liens de solidarité par l’amour qui émane de leurs peuples.

Pour leur part, les Etats-Unis ne connaissent. pas l’histoire de notre peuple, ils pensent que nous sommes des Indiens avec des pagnes et des petits Noirs en redingote, comme ils disaient. C'est incroyable de voir à quel point l'esprit de ces gens ne progresse pas. Je terminais ma formation en travaillant au Nicaragua parce qu’il était resté sans médecins pendant la Révolution sandiniste. Mais, alors que j’étais à  l'Université d'Amérique centrale, un groupe de médecins étasuniens est venu faire une conférence à leurs collègues nicaraguayens. Les seuls qui sont restés jusqu’au bout, ce sont les étudiants cubains, par respect et à cause d notre éducation. Les Nicaraguayens sont partis, indignés parce que bien qu’ils soient venus avec les meilleures intentions, ils n’avaient aucune idée d’à qui ils parlaient. Le meilleur professeur de médecins que j’ai eu dans ma vie était le Nicaraguayen Norman Jirón, un génie, et ils lui donnaient des leçons comme si c’était un enfant. Les Etasuniens n’ont aucune idée  de qui nous sommes, nous, repeuple latino-américain et encore moins le peuple cubain qui avons un niveau culturel bien meilleur. La Révolution a fait de nous. un peuple cultivé avec un grand désir de vivre dans la dignité. Et cela, personne ne nous l’ôtera jamais. 

Les Etats-Unis ont une plus grande puissance e militaire et donc, ils peuvent entrer dans l’île mais je ne te garantis pas qu’ils puissent. Je suis vieille et j’ai les genoux en piteux état, mais s'ils osent entrer, qu'on me trouve une petite place avec un bon fusil, car je tire encore bien. Il vaut mieux pour nous qu'ils ne s'en mêlent pas, mais s'ils le font, nous sommes un peuple déterminé à nous battre jusqu'au bout.

Question: Pensez-vous que Trump pourrait décider d’envahir Cuba?

Aleida Guevara : Il est impossible de prévoir ce que peut faite un malade mental. Mais ils savent ce qu’est un peuple déterminé parce qu’ils ont dû se retirer du Vietnam.

Question: Que croyez-vous que penserait votre père de ce qui ses passe en ce moment s’il était vivant?

Aleida Guevara : Je ne peux pas mettre dans la bouche de mon père des paroles qu’il n’a pas dites. Mais en tenant compte de la façon dont il a vécu, le Che serait en train de préparer la résistance et nous, avec lui. Cette maison est la dernière maison dans laquelle j’ai vécu avec mon père. Oui, je suis née à Miramar, qui est aujourd’hui Playa. Mais il n’aimait pas cette maison parce qu’elle était immense et ma mère ne l’aimait pas non plus parce que la garnison, ses camarades, étaient toujours là et qu’elle voulait de l’intimité. Donc, ils lui ont donné celle-ci. Quand il l'a vue, il a dit : « Il faut qu'on reste ici, sinon ils vont nous emmener au Palais de la Révolution. »

Question: Comment décririez-vous votre père?

Aleida Guevara : Je l’ai très peu connu. en plus, c’était le dirigeant d’un processus révolutionnaire naissant. Cet homme n’avait pas d’heures de détente, il travaillait jusqu’à 18 heures par jour. souvent, pour être avec nous, le dimanche, il nous emmenait au travail volontaire. J’ai des photos de mon père coupant la canne à sucre et moi assise derrière lui, en train d'en manger un morceau tout en l'écoutant.  Il devait utiliser le peu de temps qu’il passait avec nous et la meilleure éducation, c’est l’exemple. C’était un homme très tendre, il nous embrassait très fort. J’ai appris à embrasser de cette façon et ma mère me disait: « tu embrasses comme ton père! » Comme il rentrait souvent tard, j'en profitais pour dormir avec ma maman. Il me prenait dans ses bras pour m'emmener dans mon lit et me donnait un gros bisou qui me réveillait un peu. Je crois que c'est pour ça que j'ai commencé à avoir peur du noir. Ma mère m'avait trouvé un livre sur un lion qui accompagnait un petit garçon qui avait peur. Ça m'a aidé à surmonter ma peur. Alors, mon père m'a rapporté un cadeau à son retour de voyage. C'est la seule fois. C'était un lion en peluche. Je l'ai toujours.

Question: Quelles autres idées parmi celles que votre père a réunies dans ses journaux et dans ses conférences reste-t-il à appliquer?

Aleida Guevara : Beaucoup; Mon père était un précurseur. Un jour il est allé à l’endroit où on reliait les livres. Il a regardé comment on faisait et il a dit au camarade: « Je pense que si on le faisait dans l’autre sens, on gagnerait du temps et de la qualité. » Et il l’a démontré. C’était cette sorte d’être humain qui non seulement dit une chose mais est capable d’écouter, d’apprendre, de regarder et de tirer de meilleures conclusions. Il a donc laissé par écrit beaucoup de choses que nous n’avons pas encore réussi à mettre en pratique. La première chose est son exemple en tant que dirigeant. Un jour, mon père a découvert que chez nous, nous consommions des produits qui ne faisait pas partie du panier de rationnement. C’était affreux. Il était ministre mais il voulait que ça ne fasse aucune différence avec le peuple. L’éthique révolutionnaire du Che n’a pas encore atteint beaucoup de gens dans ce pays. Il n’aurait jamais dit aux gens de vivre d’une manière alors que lui, il vivait d’une autre. C’est un péché mortel pour la Révolution. Et il y a beaucoup de dirigeants, dans notre pays, surtout aux niveaux intermédiaires, qui auraient beaucoup à apprendre du Che.

Question: Et comment est votre mère, Aleida March?

Aleida Guevara : Je suis une femme socialement utile grâce à elle, qui m’a formée. Ma mère est une femme de la campagne avec une éducation très stricte qui a fait qu’il lui a été difficile  de s’ouvrir à la vie.  quand mon père est mort, elle s’est transformée en bloc pour pouvoir survivre. Il avait été son fiancé, son  mari, le père de ses enfants, son camarade, son maître, mon père était tout pour elle. Imaginez-vous qu’elle était prête à nous laisser pour aller avec lui. C’est mon père qui lui a demandé de rester avec nous au moins 2 ans. Il lui a promis que si la guérilla en Bolivie durait plus longtemps, il l’enverrait chercher. 

Ma mère n’a jamais permis qu’on nous applique un traitement spécial. elle nous a éduqués avec les mêmes pénuries qu’avait le peuple et je l’en remercierai toujours. Nous disons que c’est un sergent de cavalerie mais grâce à ce sergent, aujourd’hui, nous sommes utiles au peuple.

 Question: Que pourraient améliorer les gouvernants cubains?

Aleida Guevara : Ah, des tas de choses. N'oublie pas que les révolutions sont des processus souvent explosifs, menés par des hommes et des femmes. Ils ne sont jamais parfaits, on commet toujours des erreurs. Ce que nous défendons et que nous défendrons toujours, les seuls qui peuvent corriger ces erreurs, c’est nous-mêmes. Personne d’autre n’a le droit de le faire. Par exemple, il faut travailler sur le problème du logement des paysans. Avec le triomphe de la Révolution, 83% de la population rurale ont quitté la terre pour la ville parce que les paysans voulaient que leurs enfants soient ingénieurs, médecins, instituteurs. La campagne a été abandonnée, ce qui est fatal pour l‘économie d’un pays parce que c’est la terre qui produit les aliments qui nous permettent de survivre. Maintenant, nous nous sommes rendus compte de cette situation et la Révolution est en train de régler le problème du logement des paysans en créant des coopératives pour que les gens vivent mieux dans la campagne. Nous n’y sommes pas arrivés à 100% mais nous avons beaucoup de choses à améliorer.

Nous rêvons aussi que les instituts de médecine ne soient plus concentrés dans la capitale mais dispersés dans les provinces du pays, ce qui obligerait beaucoup de nos meilleurs médecins à vivre là-bas.

Un autre problème est que  Cuba est devenu un pays très vieux et qu’il faut réactiver les questions liées à la jeunesse. Ces dernières années, nous avons connu une émigration  assez important des jeunes. Il faut travailler sur la question idéologique avec les jeunes, les inciter à rester, qu’ils aient plus de possibilités d’exprimer leurs sentiments, pas seulement d’un point de vue émotionnel, mais aussi sur des questions objectives de la vie pratique.

Question: que pensez-vous du moment que vit le monde?

 Aleida Guevara : Il y a un économiste étasunien dont j’ai oublié le nom parce que jeu les oublie toujours, qui disait que « si l’humanité perd l’éthique pour vivre, elle perd le droit d’exister. » Ces nous, nous sommes en train de perdre le droit d’exister parce que nous sommes en train de perdre l’éthique. quand tu permets ce qui se passe à Gaza, en Iran, au Liban, quand tu n’es pas capable d’arrêter tes Gouvernements pour qu’il rompe les relations avec Israël, pour qu’il ne vende pas d’armes à son Gouvernement, malheureusement, tu deviens complice. Et c'est l'une des choses les plus difficiles que nous ayons jamais vécues. Cette grande impuissance de ne pas pouvoir arrêter l’ennemi rend difficile de continuer à vivre.

Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/10/cuba-aleida-guevara-la-etica-revolucionaria-del-che-todavia-no-la-ha-alcanzado-mucha-gente-en-este-pais/
URL de cet article:

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/04/cuba-l-ethique-revolutionnaire-du-che-n-a-pas-ete-contagieuse.html