Cuba: L’industrie du mercenariat digital
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Qui sont les « cyber-tueurs-à-gages » et qui les paie.
Derrière chaque vidéo de dénonciation, chaque twist qui tourne en boucle et chaque « témoignage déchirant » sur Cuba, il y a une structure financière que peu de gens connaissent. Ce ces ont pas des activistes indépendants. Ce sont des mercenaires digitaux qui opèrent avec des fonds d’agences étasuniennes comme l’USAID et la NED. Ce rapport démonte l’architecture économique et opérationnelle de cette industrie dans laquelle la misère devient une marchandise et le « clic » une munition.
Dans la géopolitique actuelle, l’affrontement entre les Etats-Unis et Cuba a dépassé les méthodes traditionnelles. Il ne s’agit plus seulement de blocus économique ou de pressions diplomatiques. La guerre s’est déplacé vers le domaine digital et dans celle-ci émerge une figure particulière: celle du « cyber-tueurs-à-gages. »
Cet acteur, qui se présente sous le vernis de l’indépendance éditoriale et de l’activisme citoyen, est en réalité un maillon essentiel d’une chaîne de subventions extérieures conçue pour éroder le consensus social sur l’île. Sa soi-disant « indépendance » est une construction narrative financée par des agences gouvernementales étasuniennes.
Le mythe de « l’influenceur indépendant »: un récit construit
La figure de l’influenceur ou du youtubeur qui « informe depuis Cuba » est présentée devant le public comme un témoignage organique de la réalité du pays, souvent en mettant en danger sa sécurité personnelle pour « dire la vérité » mais les enquêtes révèlent une réalité totalement différente.
L’analyse des traces digitales et des structures de gestion de contenus montre qu’une forte proportion de ces comptes qui affirment opérer dans l’anonymat depuis Cuba sont gérés depuis des centres d’opération. aux Etats-Unis, en Espagne ou au Mexique.
Cette dissonance entre la résidence déclarée et la résidence réelle n’est pas un petit détail. C’est la base de ce modèle de négoces. La construction d’une image de « persécuté politique » ou de « journaliste sous le feu » multiplie la valeur du contenu sur le marché. La traumatise me et le danger perçu créent un taux de conversion supérieur aussi bien en monétisation sur les plateformes (YouTube, Facebook) qu'en termes d'éligibilité aux subventions directes accordées par les agences de « promotion de la démocratie ».
La fabrication du témoignage et le choc digital
Pendant ces dernières années, l’industrie des contenus sur Cuba s’est déplacée vers ce qu’on appelle « la documentation de la déception ». Des créateurs internationaux et locaux dirigent leurs caméras non sur la critique politique directe mais sur l’amplification des fissures sociales et économiques souvent en utilisant des techniques de manipulation visuelle pour exacerber la perception de l’effondrement.
Des cas comme celui du youtubeur étasunien Elliot ou du couple australien Justin et Alina sont des exemples de la façon dont le contenu sur la crise humanitaire devient un produit qui tourne en boucle qui alimente le récit de l’ »Etat défaillant. »
Ce phénomène s’intègre dans ce que les experts appellent « l’assassinat de la réputation » (character assassination). Cette stratégie n’est pas seulement destinée à informer mais à détruire symboliquement les institutions cubaines grâce à des réseaux de mercenaires digitaux qui, blottis derrière de fausses informations et des comptes de trolls, saturent l’espace digital avec un flux constant de négativité conçu pour provoquer la démoralisation.
| Eléments du récit | fonction stratégique | Impact économique |
| Fausse résidence à Cuba | Crédibilité et urgence | Augmentation des dons à cause des "risques" |
| Activisme de persécution | Légitimité face aux odnateurs | Eligibilité à recevoir des fonds de la NED/USAID |
| Anonymat | Opacité financière | Dissimulation de la source de financement |
La machinerie du financement
Les infrastructures qui soutiennent l’écosystème digital anti-cubain n’est pas le résultat d’une génération spontanée de revenus par clics mais d’un réseau de dépendance structurelle envers les fonds fédéraux étasuniens.
Entre 2001 et 2021, on estime que le Gouvernement des Etats-Unis a destiné une somme totale de 218 367 438 $ à des programmes de déstabilisation politique de Cuba sur lesquels 25 000 000 ont été assignés particulièrement à « des médias et au libre flux de l’information. »
Le rôle de l’USAID et le tournant de 2025
L’Agence des Etats-Unis pour le Développement International (USAID) a traditionnellement opéré en tant que bras exécutant de la politique de « changement de régime ». En 2024, l’agence a assigné 2 300 000 $ à des programmes de médias indépendants sur l’île, une partie d’un budget plus important de 9 500 000 $ consacrés exclusivement à Cuba.
L’année 2025 a marqué un tournant avec le début du second mandat de Trump. Le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, a supervisé une restructuration radicale qui s’est achevée par la dissolution de l’USAID en tant qu’entité indépendante et par son absorption par le Département d’Etat à partir de juillet 2025.
Pendant cette période de transition, il y a eu une révision des contrats qui a pour effet l’annulation de 83% des programmes de l’USAID dans le monde. Mais Rubio est intervenu pour s’assurer que les programmes consacrés à Cuba, au Venezuela et au Nicaragua soient protégés sous prétexte qu’ils servent « les intérêts nationaux centraux » des Etats-Unis.
Cette manœuvre a confirmé le fait que, alors qu’on coupe les fonds destiné à la santé dans le onde et à l’aide humanitaire en Afrique, le financement de la subversion médiatique à Cuba est considéré comme une priorité stratégique intouchable.
La NED et l’opacité de la diplomatie publique
La National Endowment for Democracy (NED) complète le travail de l’USAID en accordant des subvention s à des plateformes qui ont besoin d’un degré supérieur de séparation envers le Gouvernement des Etats-Unis. En 2024, la NED a financé des projets de médias digitaux pour des montants compris entre 50 000 et 230 000 $ pour « promouvoir la liberté d’expression » et « tracer les menaces contre les journalistes. »
«El Toque», une plateforme signalée pour avoir reçu un financement de la NED et du Département d’Etat à des fins de manipulation économique comme la modification des taux de change des devises pour provoquer une inflation intérieure en est un bon exemple.
| Organisation/Programme |
Budget estimé (2024) |
Objectif déclaré | Statut après révision 2025 |
|
Médias indépendants (USAID) |
2 300 000 $ à 2 900 000 $ |
Libre flux de l'information | Gelés et ensuite rétablis |
| Programmes NED, | 6 170 000$ à 2 900 000 $ | Pluralisme politique | |
|
Radio et TV Marti (USAGM) |
886 000 000 de $ (global) |
Radiodiffusion pro-Etats-Unis | Licenciement de personnel |
|
Projets DRL (Etat) |
20 000 000 de $ | Droits de l'Homme et démocratie | Actif sous le commandement de Rubio |
Radiographie du mercenariat digital: étude de cas et réseaux secrets
L’analyse de cas particuliers permet de tracer la route de l’argent depuis le contrit table étasunien jusqu’à l’écran de l’utilisateur cubain. Des médias comme CubaNet et ADN Cuba ne sont pas simplement des plateformes d’information mais des entreprises de communication politique qui dépendent presque totalement de l’assistance étrangère.
CubaNet et ADN Cuba: le coût de la propagande
CubaNet, qui a son siège à Miami, a reçu en 2024 500 000 $ directement de l’USAID pour atteindre les jeunes Cubains. Pour sa part, ADN Cuba a obtenu en septembre de 2024 un contrat de 1 085 895 $, renouvelant ainsi une subvention antérieure de 1 5 00 000 $ pour la période 2022-2024. Depuis 2020, ADN Cuba a accumulé un total de 3 072 123 $ de fonds de l'USAID, dont elle n'a déclaré avoir dépensé qu'une fraction.
Ces chiffres révèlent que le contenu de ces plateformes n’est pas un osas-produit de la demande d’information mais un service prépayé. Quand le Gouvernement Trump a gelé les fonds début 2025, ces médias sont entrés dans un état de « désespoir médiatique » et ont demandé des dons publics en admettant que sans le soutien d’organisations financées. par le Gouvernement fédéral, ses collaborateurs sur l’île ne pourraient continuer leur travail.
Le projet ZunZuneo et l’infiltration culturelle
La stratégie de subversion ne se limite pas à des informations dures. L’USAID a fait une expérience avec la création de réseaux sociaux secrets comme ZunZuneo (2009-2012) , un «Twitter cubain» conçu pour pour attirer les jeunes avec un contenu banal avant de chercher à activer des mobilisations politiques. Ce projet a coûté environ 11 200 000 $ et a assis les bases de l’utilisation actuelle d’influenceurs culturels.
Ces dernières années, la NED et l’USAID ont cultivé un réseau de rappeurs, d’artistes et de créateurs de contenu pour diffuser des messages contre le Gouvernement en utilisant la musique et la culture urbaine comme « cheval de Troie » idéologique.
El Toque et la guerre des devises
Le site El Toque représente l’évolution technique du mercenariat. Avec un budget de 970 000$ en 2024 dont 80% provenaient de subventions (la moitié de source étasunienne), cette plateforme s’est spécialisée dans le contrôle et la manipulation présumée des taux de change non officiels à Cuba.
Après les coupes budgétaires de 2025, ce média s’est vu obligé de licencier 50% de son personnel, ce qui a mis en évidence le fait que son « succès » ne résidait pas dans son modèle de suscription ou de publicité mais dans le capital politique découlant de son utilité pour la déstabilisation économique.
L’économie du clic: le profit avec la souffrance des autres
L’hypothèse principale de cette enquête est sans appel : « l'économie du clic » fonctionne comme une industrie mercenaire dans laquelle la misère devient une marchandise. Plus profonde est la crise économique à Cuba - aggravée par le blocus que ces mêmes acteurs défendent - plus importante est la valeur du contenu crée.
Cette dynamique crée un stimulant pervers: les cyber-tueurs-à-gages ont besoin que la situation sur l’île se détériore pour justifier leur financement et augmenter leur trafic digital.
Le modèle de négoce du « choc »
Il est basé sur 3 piliers essentiels:
Monétisation par le trafic : les visites générées par les contenus dramatiques sur YouTube génèrent des revenus directs grâce à la publicité.
Captation de dons idéologiques: demande de dons à la diaspora cubaine à Miami et en Espagne en faisant appel au sentiment de culpabilité ou de solidarité politique.
Justification des subventions: l’utilisation de mesures de portée (la NED affirme avoir atteint 10 000 000 de personnes en 2024 avec ses projets à Cuba) pour s’assurer le renouvellement d es contrats fédéraux.
Le paradoxe du blocus et du financement
Il existe une contradiction éthique et politique insurmontable dans le fait que ces plateformes reçoivent de l’argent du Gouvernement des Etats-Unis pour dénoncer la pauvreté à Cuba alors que ce même gouvernement est le principal responsable de l’asphyxie économique à travers la politique de sanctions et le blocus.
Les cyber-tueurs-à-gages agissent comme des propagandistes d’un système qui commence par assiéger le peuple cubain et paie ensuite pour qu’on rende responsable des effets de ce siège exclusivement la gestion intérieure du Gouvernement cubain.
La réponse et la souveraineté digitale
Face à cette offensive médiatique professionnelle, l’Etat cubain et certains mouvements de solidarité ont mis en place des stratégies de défense centrées sur la souveraineté digitale et l’alphabétisation critique de la population.
Démantèlement de l’opacité financière
Le principal mécanisme de défense a été la dénonciation publique et documentée des réseaux de financement. Des articles dans des médias comme Granma et Cubadebate, des programmes d’investigation télévisée ont donné les montants et le nom des bénéficiaires des fonds de la USAID et de la NED. En brisant l’anonymat des flux de capitaux, on affaiblit l’aura « d’indépendance » des influenceurs.
Alphabétisation digitale critique
Le Gouvernement cubain a organisé une campagne d’éducation pour que les citoyens identifient les techniques de manipulation des émotions et l’utilisation de fausses informations. Ceci comprend l’analyse de la façon dont les algorithmes des réseaux sociaux étrangers donnent t la priorité au c contenu de haine et à la polarisation pour favoriser les intérêts des bailleurs de fonds.
Création de plateformes souveraines
La création d’une architecture digitale propre —ToDus, Apklis, Picta— et e renforcement des réseaux sociaux locaux sont destinés à réduire la vulnérabilité face aux attaques coordonnées des l’étranger.
Conclusion: L’avenir de la guerre médiatique
Le phénomène des cyber-tueurs-à-gages n’est pas un mouvement spontané de a société civile. C’est une industrie mercenaire fortement structurée. Sa dépendance absolue des fonds fédéraux et sa capacité à faire du profit avec la crise économique révèlent une nouvelle forme d’ingérence qui utilise le « clic » comme munition.
Le sérions pour la période 2025-2026 suggère une renforcement de cette tendance sous le commandement direct du Département d’Etat et de Marco Rubio. Malgré les coupes budgétaires dans d’autres domaines, le financement de la subversion digitale à Cuba reste un pilier non négociable de la politique étrangère des Etats-Unis.
La défense de la souveraineté de Cuba au XXIème siècle se joue sur le terrain de l’information. Démonter la machinerie des cyber-tueurs-à-gages est une tâche de sécurité nationale qui demande non seulement de la surveillance technologie mais aussi une exposition permanente de la vérité économique qui se cache derrière chaque « j’aime » et chaque vidéo de dénonciation.
L’indépendance dont ces acteurs se réclament finit où commence le chèque de l’USAID.
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/11/cuba-la-industria-del-mercenarismo-digital-quienes-son-y-quien-paga-a-los-cibersicarios-que-atacan-a-la-isla/
URL de cet article: