Cuba: Une dictature?
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
Quand on parle de dictature, il faut comprendre tout d’abord de quel point de vue on se place. La vision dominante dans le monde - principalement en Europe et aux Etats-Unis - définit les termes politiques selon sa propre idée de la liberté et de la façon dont une société doit être organisée.
Si l'on se penche sur la définition d'une dictature, on entend par là le gouvernement d'un pays par une personne, par des groupes de personnes ou par un parti politique, où la participation populaire n'est pas autorisée, où il n'y a pas de liberté d'expression, où les libertés individuelles n'existent pas — ou ne sont pas garanties — et où, de surcroît, il n'y a pas de séparation des pouvoirs. C’est à dire que le pouvoir judiciaire est soumis à cette structure, le Gouvernement également et qu’il n’existe pas de séparation réelle entre eux. C’est cela, par définition, une dictature.
On peut trouver des exemples concrets de ces caractéristiques dans des pays qui se présentent comme des démocraties solides. Par exemple, dans le domaine des libertés individuelles et de la liberté d’expression, il y a eu en Espagne le cas du rappeur Pablo Hasél, emprisonné pour avoir émis des opinions considérées comme offensantes pour la Couronne.
De même, sur la base navale que les Etats-Unis conservent à Guantánamo, certaines personnes sont privées de liberté dans une situation dans laquelle les garanties de bases sont remises en cause. Ces exemples ouvrent un débat sur le fait de savoir jusque’à quel point certaines libertés sont pleinement garanties dans ce qu’on appelle les démocraties occidentales, en particulier quand, en même temps, on qualifie de dictature des systèmes qui sont organisés différemment.
Venons-en à Lénine. Il parlait de la dictature du prolétariat, comprise comme le pouvoir aux mains du peuple. C’est pourquoi le débat ne peut se limiter à affirmer de façon simple si un Etat est ou n on une dictature parce que, sans aucun doute, tout groupe qui exerce un pouvoir politique assume des fonctions de direction et de commandement inhérentes à sa nature. La question, en tout cas, est la façon dont s’exerce ce pouvoir et jusque’à quel point il est accepté ou remis en question par la société.
Une entreprise est-elle une dictature? Un père de famille est-il un dictateur?
A Cuba, il existe une division des fonctions clairement définie: d’un côté, l’Etat, où se trouve l’Assemblée nationale, de l’autre, les organes qui rendent la justice qui se consacrent uniquement à la loi et à son interprétation, une loi qui émane des intérêts du peuple. Le Gouvernement est un organe administratif et le Parti une force politique.
Dans le cas du Parti de Cuba, qui est ce qui est le plus remis en cause à l’étranger - et je dis à l’étranger parce que dans le pays, ce n’est pas un aspect central pour la population - le Parti communiste est la force dirigeante supérieure de la société. Ceci n’est pas un phénomène récent, il a ses racines historiques dans la pensée de José Martí.
Les démocraties socio-bourgeoises occidentales, dans leur façon de participer au pouvoir, considèrent que plusieurs partis doivent exister. C’est l’idée qu’il y a plusieurs façon de penser en politique et qu’il existe des structures qui les représentent mais cela fonctionne aussi comme un facteur de division de la classe ouvrière. Actuellement, dans beaucoup de pays occidentaux, la gauche est profondément divisée en multiples partis, avec des scissions constantes, des séparations et des réorganisations, ce qui affaiblit sa capacité d’action.
Martí, en son temps, avant même que Lénine ne le mette en pratique, avait compris cette problématique. A Cuba, il existait de nombreuses forces politiques qui luttaient pour l’indépendance mais elles étaient divisées. Martí a créé le Parti Révolutionnaire Cubain précisément pour unifier ces forces sous un objectif commun: l’indépendance. Le Parti actuel est l’héritier de cette tradition historique.
Ensuite, après le triomphe de la Révolution, le parti Communiste s’est renforcé en tant que mécanisme destiné à éviter la division interne à l’intérieur du processus révolutionnaire même, en particulier dans une situation dans laquelle on devait affronter le pouvoir de l’impérialisme nord-américain, un pourvoir que plusieurs peuples ont affronté récemment mais un pouvoir que Cuba a été amenée à affronter pendant plus de 60 ans. Cuba est experte en ce domaine.
Le fait qu’il n’existe qu’un parti n’implique pas forcément l’existence d’une dictature. Comme nous l’avons déjà dit, il y a une séparation des fonctions, La participation existe et la liberté de pensée n'est pas restreinte. A Cuba, il y a des gens qui envisagent d'autres modèles économiques ou politiques, y compris des positions annexionnistes, et peuvent s'exprimer librement sans être privés de leurs droits. >Les Forces Armées Révolutionnaires et le Ministère de l’Intérieur ne sont rien d’autre que le peuple en uniforme. Ce sont des gens humbles du peuple même qui défendent son système politique et husmaniste.
Il existe dan l’histoire des exemples qui mettent clairement en évidence un un comportement éthique constant, comme le sort réservé aux mercenaires de Girón et aux prisonniers capturés dans la Sierra Maestra. Dans les deux cas, la première chose qu’on faisait était de soigner leurs blessures et ensuite, de les traiter dignement. Dans le cas de la Sierra Maestra, beaucoup d’entre eux ont fini par passer à l’Armée Rebelle. Ceci exclut, naturellement, ces criminels qui, en temps de guerre, avaient assassiné des familles entières de paysans et qui devaient être traduits devant un tribunal militaire, comme c’est le cas dans tout processus de cette nature. De même, dans un cas récent: celui de 10 mercenaires qui se sont approchés de Cuba dans une vedette pleine d’armes, la première chose qu’on a faite pour les survivants de cet événement d'une extrême gravité, qui constituait entre autres une atteinte à la souveraineté territoriale cubaine, a été de les soigner.
Une dictature dans les termes classiques du concept, tel qu’il est compris ou accepté par l’occident est une chose et une organisation politique qui donne la priorité à l’unité en est une autre. en effet, dans le cas de Cuba, nous parlons d’un parti qui, bien que ce soit un parti unique, répond à une logique d’intégration de la diversité sociale. Il suffit de l’observer pour comprendre que des gens de différentes croyances religieuses, de différentes caractéristiques sociales, raciales, idéologiques et d’orientations sexuelles diverses font partie de la vie politique et organisationnelle du pays.
Aucune condition humaine n’est exclue de la participation politique à Cuba. La seule condition préalable fondamentale est de défendre l’indépendance
Par conséquent, le concept de dictature ne correspond pas directement. à cette réalité. Une dictature aplhabétise-t-elle sa population? Quelle dictature exporte des médecins dans le monde et forme gratuitement des professionnels des pays qui en ont besoin? Une dictature met-elle en place des systèmes universel d’éducation et de santé?
Si on compare ces éléments avec des pays dans lesquels il existe des système politiques multipartites mais avec des inégalités structurelle profondes, un accès limité à la santé, une éducation soumise aux moyens financiers ou l’absence d’une couverture sociale universelle, il y a un décalage évident entre la définition formelle du système politique et ses résultats concrets.
Une dictature atteint-elle de hauts niveau dans le sport international? Une dictature mobilise-t-elle des milliers de personnes de façon organisée?
Selon les canons occidentaux, Cuba est considérée comme une dictature parce qu’elle ne reprend pas leur modèle politique. Mais si on l’analyse d’une autre point de vue, une contradiction apparaît: un système qui place l’être humain au centre de sa structure judiciaire, dans lequel la Constitution stipule que la dignité humaine est un axe de l’action politique, administrative et militaire.
Un seul parti répond, à la base, à une logique d’unité et, en citant Lénine, le pouvoir, évidemment, est dans les mains du prolétariat.
Si on élargit l’analyse, on peut voir d’autres exemples. Aux Etats-Unis, bien qu’il y ait plusieurs partis, le pouvoir politique s’articule essentiellement autour de 2 grandes structures: le Parti Démocrate et le Parti Républicain. Les processus internes de sélection des candidats sont fortement soumis à des structures économiques et au pouvoir militaire. Ceci pose des questions sur le degré. de participation réelle du peuple à la prise de décisions ainsi que sur le poids des intérêts économiques dans la politique. En Europe, l’existence de monarchies ouvre également des débats sur la légitimité démocratique étant donné qu’elles ne sont pas le résultat d’élections directes.
Ces contradictions mettent en évidence l’existence de critères différents au moment de qualifier. les systèmes politiques ainsi que d’éventuels doubles critères dans la construction de certains récits publics. Les courants progressistes et les projets anti-impérialistes sont habituellement l’objet de cette sorte de qualifications et de diabolisation.
Si on adopte la logique de l’analyse occidentale, on pourrait dire que Cuba est une dictature, oui. Mais de la dignité, une dignité qui, pendant des décennies, a été soumise à des pressions extrêmes, à des sanctions économiques et à des limitations structurelles par les Etats-Unis et leurs alliés. Un pays qui a affronté pendant plus de 60 ans des restrictions perpétuelles qui ont eu un impact direct sur ses conditions de développement de la part des mêmes acteurs que toujours.
Cela pose une dernière question: si le système est considéré comme en déshérence, pourquoi maintenir des mesures extérieurs qui limitent son développement? Pourquoi ne pas les lever et le laisser tomber par lui-même? Pourquoi ne pas permettre son développement sans restrictions?
au moirent où certaines mesures ont été assouplies, on a vu des variations positives de certains indicateurs économiques du Produit Intérieur Brut de Cuba .Il est prouvé que Cuba, sans le blocus, est capable de faire bien plus que ce que certains imaginent, et même que ce que nous imaginons nous-mêmes.
Ce modèle est sans doute un modèle qui s’appuie sur une relation de dignité consciente entre la direction politique et le peuple, sur un consensus construit à partir de la résistance, de la souveraineté et de la conviction que l’être humain doit être le centre de toute décision. Il en a été ainsi et il en sera ainsi.
Il n’y a rien d’autre à dire.
Source en espagnol:
http://www.cubadebate.cu/opinion/2026/04/26/cuba-una-dictadura/
URL de cet article:
https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/04/cuba-une-dictature.html