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Pérou: Les ultra-conservateurs et la gauche au coude à coude pour le second tour

19 Avril 2026, 17:03pm

Publié par Bolivar Infos

 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

Par Lucas Pordeus León 

Cinq jours après le début du dépouillement, l'issue des élections présidentielles péruviennes reste incertaine. Les élections de dimanche dernier (17) ont réuni  35 candidats qui sont en compétition pour devenir le neuvième président du Pérou en à peine 10 ans, pendant une période de grande agitation politique dans le pays.

La candidate de droite,  Keiko Fujimori, avec 17% des voix, s’est assurée une place au second tour prévu pour le 7 juin mais on ne sait pas encore qui elle affrontera et les candidats qui sont arrivés deuxième et troisième ne sont séparés que par moins de 3 000 voix.

Le candidat de gauche Roberto Sánchez Palomino, un allié de l’ancien  président Pedro Castillo renversé, est en tête avec 12% des voix tandis que l’ultra-conservateur Rafael Aliaga, considéré comme un admirateur de Donald Trump, le suit avec 11,9% des voix.

Vendredi, en début d'après-midi, le Pérou avait dépouillé 93,3 % des bulletins de vote. Les résultats actualisés peuvent être consultés en ligne.

Le Pérou, le quatrième pays le plus peuplé d’Amérique du Sud avec environ 34 000 000 d’habitants, partage une frontière de 2 900 kilomètres avec le Brésil, la seconde plus longue après celle de la Bolivie.

Gustavo Menon, professeur de troisième cycle en intégration latino-américaine à l'Université de São Paulo (USP), estime que ces élections ont des répercussions sur le conflit commercial entre la Chine et les États-Unis en Amérique latine.

« Roberto Sánchez s’oppose avec véhémence à la plateforme que défend Keiko Fujimori qui prétend s’aligner à nouveau sur les Etats-Unis et s’est rapprochée de Donald Trump pour durcir la politique migratoire et freiner l’influence de la Chine qui s’exerce principalement à travers le port de Chancay. »

Fujimori

Keiko, la fille de l’ancien dictateur Alberto Fujimori qui a gouverné le Pérou de 1990 à 2000, est en tête avec 2 600 000 voix sur un total de 27 000 000 d’électeurs. C’est la quatrième élection présidentielle à laquelle elle se présente. elle a perdu au second tour les élections de 2011, 2016 et 2021.

Les défaites répétées de Keiko suggère qu’elle n’a pas pu surmonter la résistance à l’héritage politique de son père, condamné pour violations des droits de l’homme.

L’anthropologue Salvador Schavelzon, professeur à l’Université Fédérale de São Paulo (UNIFESP) et spécialiste de politique latino-américaine, souligne ce facteur: « Fujimori rappelle la guerre contre le Sentier Lumineux, la réédition de ce discours anti-terroriste que, dans les provinces, on associe aux élites, au néolibéralisme. »

La gauche

Le candidat Roberto Sánchez a, jusqu’à présent, 1 800 000 voix comptabilisées. C’est un allié de l’ancien président Pedro Castillo qui a été renversé puis emprisonné pour avoir soi-disant tenté de faire un coup d’Etat en dissolvant le Parlement. Ses partisans pensent que Castillo a été victime du puissant Parlement péruvien car il représentait le vote de la population rurale.

L’anthropologue Salvador Schavelzon affirme que Sánchez a un profil nationaliste-populaire.

« C’est un nationalisme populaire qui revendique la couleur de la peau et les sombreros, un important symbole d’un secteur politique qui a émergé graduellement mais avec beaucoup de résistance de la part des élites.  Il cherche à donner des réponses à la majorité qui travaille la terre, dans les campagnes, et il promis des réformes. »

Parmi ses propositions de gouvernement se trouvent la nationalisation des ressources naturelles, une nouvelle Assemblée Constituante destinée à restructurer les pouvoirs institutionnels du Pérou et de meilleurs droits du travail.

Sánchez a été ministre du Commerce Extérieur et du Tourisme de Pedro Castillo en 2021. Psychologue de formation, il est député pour réparti Ensemble pour le Pérou et a été l’un des instigateurs de la création du port de Chancay, construit avec d’importants investissements chinois pour exporter la production du Pérou vers l’Asie.

Malgré cette connexion avec la population rurale, Sánchez est un politicien issu du jeu partisan du Congrès péruvien, avertit Schavelzon.

Aliaga

Sánchez est en compétition pour le second tour avec l’ultra-conservateur autoproclamé Rafael López Aliaga qu’on peut considérer comme appartenant à l’extrême-droite, selon le professeur Menon.

« Si le Pérou a un second tour entre Keiko Fujimori et Rafael Aliaga, l’extrême-droite sera renforcée. Il se produira un nouvel alignement sur la Maison Blanche malgré l’interdépendance du Pérou et de la Chine en matière de relations commerciales, » ajoute Schavelzon.

Aliaga, ancien maire de Lima, la capitale du pays, est habituellement comparé à 
Donald Trump ou au président argentin Javier Milei à cause de sa combinaison de rhétorique ultra-conservatrice et de sa défense radicale du marché libre.

Allégations de fraude

Aliaga, le candidat ultra-conservateur du parti Révolution Populaire a obtenu 1 800 000 voix. Au début du dépouillement, il se trouvait à la seconde place mais, quand on a commencé le décompte des voix dans les zones rurales, Aliaga a été dépassé par le candidat de gauche Sánchez.

Avec le changement de panorama politique, le candidat d’extrême-droite a commencé à dénoncer une soi-disant fraude sans en donner aucune preuve.Son opposant a critiqué son accusation de fraude.

« Nous lançons un appel ferme à notre peuple pour qu’il reste calme, vigilant en ce qui concerne la démocratie et la confiance dans les canaux institutionnels en attendant de façon responsable les résultats officiels, » disait une note du parti de Sánchez, ensemble pour le Pérou.

Dans une déclaration préliminaire, la mission d’observation des élections de l’Union européenne n’a pas présenté de preuves de fraude malgré les retards dans 13 collèges électoraux de Lima qui ont retardé le processus de vote de 55 000 personnes.

Gouvernabilité

Avec 9 présidents en 10 ans le Pérou se caractérise par des démissions et des destitutions. Le professeur Gustavo Menón pense qu’indépendamment de qui gagne les élections, il n’est pas certain qu’il puisse gouverner.

« Indépendamment de qui sera le nouveau président, la coexistence avec le Parlement péruvien ne sera pas facile étant donné la fragmentation des partis et le système électoral. Pour constituer une base de gouvernement, leprésident élu devra faire une série de concessions. »

Menón signale que, bien que le Pérou ait un système présidentiel, « c’est le Parlement, dans une grande mesure, qui dicte l’ordre du jour du Gouvernement. »

Crise politique

Aux dernières élections, en 2021, le candidat Pedro Castillo avait vaincu Keiko Fujimori au second tour. L’élection de cet instituteur de campagne de centre-gauche avait été considérée comme une surprise car il ne figurait parmi les candidats les mieux placés dans les sondages, à ce moment-là.

Mais Castillo a finalement été destitué et emprisonné après avoir tenté de dissoudre le Parlement. En novembre 2025, il a été condamné à plus de 11 abus de prison pour tentative de coup d’Etat grâce à la dissolution du Parlement. Pour certains, Castillo a été victime d’un coup d’Etat perpétré par le Parlement.

La vice-présidente Dina Boluarte a pris le pouvoir et a violemment réprimé les manifestations contre la destitution de Castillo, ce qui a fait 49 morts, selon Amnesty International.

Avec un indice d’approbation populaire très bas, Boluarte a finalement été destituée par le Congrès, le 10 octobre 2025.

C’est le président du Parlement, José Jerí, qui a pris sa place mais son mandat n’a pas duré longtemps. Le 17 février de la même année, le Congrès a destitué Jerí et José María Balcázar Zelada a assumé la présidence par interim grâce à une élection indirecte du puissant Parlement péruvien, considéré, au Pérou, comme le pouvoir de fait.

source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/18/peru-partidos-ultraconservadores-y-de-izquierda-se-disputan-voto-a-voto-la-segunda-vuelta/
URL de cet article:

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/04/perou-les-ultra-conservateurs-et-la-gauche-au-coude-a-coude-pour-le-second-tour.html