Venezuela: Des élections pour saboter la paix
Leonardo Fernandes
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
L’opposition radicale vénézuélienne liée à l’ancienne députée María Corina Machado a diffusé au niveau international une nouvelle ligne d’opinion qui fait déjà les gros titres des principaux journaux du Brésil et du monde entier: la nécessité de nouvelles élections générales le plus tôt possible.
Les rapports journalistiques reflètent une conférence de presse donnée dimanche (12) par le mouvement d’opposition Plateforme d’Unité Démocratique (PUD) au cours de laquelle ses dirigeants ont présenté une « feuille de route » pour l’organisation « d’élections libres ». Selon ce groupe, la légitimité des élections serait soumise à la nomination de nouvelles autorités au Conseil National Electoral (CNE) et au rétablissement dans leurs droits politiques de toutes les personnes disqualifiées dont Machado.
Peu après, dans une scène préparée d’avance, celle-ci a fait son apparition et annoncé, depuis l’Europe, où elle réside, qu’elle rentrait « bientôt » au Venezuela et elle a soutenu l’organisation d’élections « le plus tôt possible. »
Avec le pays en pleine récupération économique mais encore sous les effets du blocus économique qui s’est prolongé pendant plis de 10 ans, les analystes du secteur conservateur pensent que ce moment est favorable à l’adhésion au projet de l’opposition puisque la population est encore poussée par les vents du changement.
Des sources de la diplomatie brésilienne ont également confirmé à Brasil de Fato que le Gouvernement paraguayen avait consulté le Brésil sur la possibilité d’inviter le Gouvernement vénézuélien au prochain sommet du MERCOSUR, un bloc actuellement présidé par le Paraguay. Selon ces diplomates, la droite sud-américaine, actuellement renforcée sur le continent, cherche à réincorporer le Venezuela à ces forums et faire pression sur le Gouvernement de Delcy Rodríguez pour qu’il organise des élections le plus tôt possible et dans des conditions qui favorisent ses alliés intérieurs, en particulier le groupe lié à Machado.
D’autre part, ces interlocuteurs pensent que cette stratégie sous-régionale pourrait entrer en conflit avec les intérêts des Etats-Unis pour qui un changement de tournant politique pourrait provoquer plus d’instabilité intérieure défavorable aux investissements étasunien dans le pays. Peu après l’attaque du 3 janvier, le président Donald Trump avait déclaré que Machado n’avait pas « ni soutien ni le respect nécessaires dans le pays. »
La Constitution ne prévoit pas ce cas de figure
L’un des arguments utilisés par l’opposition est « l’absence totale » du Président de la République dans l’exercice de ses fonctions après la. période de 90 jours de la présidence par interim de la vice-présidente (actuellement présidente en fonction).
Cet argument est basé sur l’article 234 qui traite de la durée de l’absence temporaire du chef du Pouvoir Exécutif. Ce même article prévoit la possibilité d’une prorogation de 90 autres jours par l’Assemblée Nationale du Venezuela (ANV) au cas où la situation qui a motivé l’absence temporaire perdurerait.
Mais l’article 233 décrit les situations dans lesquelles son peut considérer « l’absence absolue » du président: la mort du président, sa démission, sa destitution décrétée par le TSJ avec l’approbation de l’Assemblée Nationale, l’abandon de poste déclaré comme tel par l’Assemblée Nationale et la révocation du mandat parle peuple grâce à un referendum révocatoire.
Il est évident qu’il n’existe, dans la Constitution, aucune disposition concernant la situation qui s’est présentée le 3 janvier avec l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de son épouse, la députée Cilia Flores pris comme « prisonniers de guerre » en pays étranger.
Etant donné la nature sans précédent de la situation et l’absence de dispositions légales, il revient au Tribunal Suprême de Justice (TSJ) de déterminer le statut du Gouvernement de Delcy Rodríguez sans délai fixe puisque le président constitutionnel du pays continue à être Nicolás Maduro, élu en 2024 pour un mandat de 6 ans.
Tentative de sabotage
Selon le philosophe et politologue vénézuélien Luiz Millán, « il y a un ordre du jour de sabotage évident et la Cour Suprême de Justice décidera sans doute que les conditions pour de nouvelles élections ne sont pas réunies. En d’autres termes, les conditions existantes ne sont pas celles d’une absence définitive, c’est pourquoi on n’organisa pas d’élections. Une situation inattendue s’est produite: l’enlèvement du président, » dit le chercheur qui souligne également que cette position n’est celle que de certains secteurs de l’opposition vénézuélienne qui parient sur la violence.
« Maintenant, bon, il y a quelque chose d’intéressant parce que l’opposition ne souhaite pas l’organisation d’élections, c’est seulement un secteur de l’opposition et c’est important. Après les guarimbas [barricades], je suis sûr que beaucoup de gens de l’opposition préfèrent la paix chaviste au chaos de l’opposition. Il y a des gens qui ne veulent pas que les rues soient barrées ou qui ne veulent pas subir d’intimidations. Il y a des gens qui ne veulent ni conflit ouvert ni déstabilisation. »
« Les gens veulent qu’on leur prête des services régulièrement et que d’autres choses soient améliorées, » poursuit le politologue. « Ils pensent aussi à. la réévaluation de leurs propriétés, à toutes ces choses qui préoccupent la classe moyenne et cave secteur n ‘est pas intéressé par la confusion ni par le fait de créer des conflits en ce moment, » déclare-t-il et il ajoute que ce scénario « favorise » la présidente Delcy Rodríguez.
D’autre part, Millán considère que l’échec de l’action militaire des Etats-Unis dans l’Est avec leur défaite dans la guerre avec l’Iran pourrait inciter le Gouvernement de Donald Trump à « augmenter la pression » sur l’hémisphère.
« Si nous mettons cela en relation avec le géopolitique mondiale, surtout si on tient compte de l’échec des négociations au Pakistan, les négociations entre l’Iran et les Etats-Unis, je ne serais pas surpris que les Etats-Unis augmentent un peu la pression sur l’hémisphère parce qu’il a été vaincu et qu’en novembre, il y a des élections législatives là-bas. »
Les priorités
Pendant ce temps, le chavisme joue contre la montre. D’un côté, le secteur proche de la présidente Delcy Rodríguez essaie de gérer l’Etat et de faire. des changements qui résolvent la crise économique et améliorer la qualité de la vie de la population, alors que d’autres secteurs du Gouvernement travaillent à renforcer l’expérience des communes comme stratégie pour éviter un recul très important du processus révolutionnaire.
Dimanche également, dans une interview accordée au journal espagnolEl País, le président de l’Assemblée Nationale du Venezuela (ANV), Jorge Rodríguez, a abordé le problème des élections. Il a affirmé que la priorité, pour le pays, est la récupération de l’économie après 10 ans de blocus économique et qu’un processus de dialogue est en marche pour créer les conditions pour organiser des élections, sans préciser quand elles auraient lieu.
« Le plus important, en ce moment, c’est l’économie. Il faut que l’économie vénézuélienne avance vers un dynamisme tel que la population sente que tout ce processus en valait la peine. En outre, nous sommes plongés dans un dialogue profond avec tous les groupes d’opposition qui restent dans les limites de la Constitution, y compris ceux qui résident à l’étranger. Je ne pourrais pas dire quand ni même comment seront les premières élections parce qu’il y a beaucoup à faire, » a affirmé Rodríguez.
« Une autre chose qu’il faut faire, c’est garantir que tout le monde puisse avoir confiance dans les autorités électorales qui organisent ces élections, ceci précède l’organisation des élections, » a-t-il ajouté.
D’autre part, le président de l’Assemblée Nationale du Venezuela a souligné que la loi d’amnistie approuvée par le Parlement le 19 février, même si elle est très large, exclut « l’instigation à l’invasion du pays et l’invasion et l’instigation à faire des coups d’Etat, » des délits dont est accusée l’opposante María Corina Machado.
« Si on analyse la loi d’amnistie, elle énumère 34 situations qui ont provoqué la violence et des troubles à l’ordre public. Elle n’en omet qu’une: l’instigation à l'invasion et l’invasion du pays et l’instigation à faire des coups d’Etat. Madame Machado est en train de démontrer - sans vouloir l’offenser - qu’elle est comme Bourbon parce qu’il semble qu’elle n’a rien appris et qu’elle continue à proposer que la violence prévale, qu’on mette en oeuvre la politique de la terre brûlée, une chose que personne, au Venezuela, ne discute en ce moment. »
Mais il affirme que « tout le monde » devrait être inclus dans le processus de dialogue national, à condition qu’ils cessent de défendre la violence et les tentatives de coup d’Etat contre le pays.
«« Il y a ici des gens, comme vous le découvrirez dans les prochains jours, qui ont vécu une situation similaire et qui sont prêtes à venir au Venezuela pour participer aux processus de dialogue et rechercher un accord qui nous conduise à un calendrier électoral », a-t-il prédit.
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/14/venezuela-segun-un-analista-la-presion-para-que-se-celebren-elecciones-es-un-intento-de-sabotear-la-paz/
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https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/04/venezuela-des-elections-pour-saboter-la-paix.html