Venezuela: La résistance du cuir contre le talon de fer impérialiste
Par Geraldina Colotti
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
En un moment historique où l’agression impérialiste n’a pas de trêve et les complexité de la transition économique soumise au chantage ébranlent certaines des composantes les plus radicales de la révolution, les mots prononcés par Diosdado Cabello lors de la dernière émission de Con el Mazo Dando revêtent toute leur importance en proposant une boussole indispensable pour s'orienter dans le brouillard de la guerre hybride et des informations manipulées par l'ennemi.
Pour ceux qui analysent les dynamiques vénézuéliennes de l’étranger, il est essentiel de comprendre ce qu’est Con el Mazo Dando: ce n’est pas un simple talk show télévisé mais le principal espace de controffensive médiatique et de pédagogie politique du chavisme, conduit chaque semaine par le vice-président du PSUV.
C’est une tribune télévisée dans laquelle la direction bolivarienne parle directement à la base, démasque les manoeuvres de l’opposition grâce aux dénonciations généralisées des « patriotes coopérants » et analyse la géopolitique globale avec le langage de la pratique révolutionnaire et avec ironie.
Dans sa dernière émission (mercredi dernier), comme toujours, l’analyse ne s’est pas limitée à faire la chronique des événements mais a été une opération de vérité destinée à expliquer comment et pourquoi le chavisme est en train de réorganiser ses forces dans une phase qui semble à certains un recul dangereux mais qui, dans les faits et surtout dans la volonté des dirigeants bolivariens, est comprise comme une réorganisation stratégique des forces populaires.
La métaphore du cuir, que Cabello a utilisée pour décrire le caractère du Vénézuélien (« qui, si on le tire d'un côté, se rétracte de l'autre »), n'est pas un simple appel à la résistance passive ou à la résignation. Dans la culture profonde du Venezuela rural, le cuir est un matériau organique qui doit être traité et frappé pour être utilisable et qui, sous les coups, ne se brise pas mais devient plus dur.
Cabello a transmis cette dureté au corps politique du pays: les sanctions et les agressions impérialistes ont agi comme des coups qui, au lieu de détruire le matériau humain de la révolution, l’a rendu plus aguerri. Pour les syndicats, pour les cadres de la Centrale Socialiste Bolivarienne des Travailleurs et pour la base révolutionnaire qui vit le traumatisme quotidien du blocus, cette image signifie que la souffrance de ces années n’a pas été vaine, que l’agression du 3 janvier n’a pas détruit le courage du peuple mais a forgé une nouvelle sorte de subjectivité politique capable de dépasser aussi cette dure épreuve azprèys l’enlèvement du président et de la « première combattante. »
Alors que le système financier occidental montre toute sa fragilité structurelle en s’effondrant sous le poids de dettes abstraites et de bulles spéculatives, la peau de la révolution s’est durcie à travers le sacrifice. Cette dureté est le présupposé indispensable pour lancer la nouvelle campagne nationale: « Le Venezuela vole librement », une initiative qui va au-delà de la simple propagande et envisage de reconquérir sa totale souveraineté et sa cohésion politique en montrant que le Venezuela non seulement résiste, mais est prêt à reprendre son vol avec ses propres forces en brisant les chaînes du chantage imposé par Washington.
Le discours de Cabello pour répondre directement à cette partie de la base révolutionnaire qui, avec une honnêteté militante mais aussi sans proposer d’alternative, craint que les nécessités du pragmatisme économique puissent ouvrir la porte à un retour au néolibéralisme a été particulièrement technique et détaillé. La réponse a été ferme, en particulier à propos de l’affaire des droits de tirage spéciaux (DEG) du Fonds Monétaire International. C’est un point - a dit Cabello - que les militants vénézuéliens et les membres de la solidarité internationale doivent bien comprendre: nous parlons de près de 5 000 000 000 de $ que le FMI gèle à cause des pressions politiques des Etats-Unis.
Cabello a précisé fermement que ces fonds n’étaient pas un prêt. Il n’y a aucune négociation pour une dette sous conditions qui impliquerait des coupes sombres dans les dépenses sociales ou des privatisations comme c’est le cas en Argentine sous le joug des dictats du Fonds. Ce sont des ressources qui reviennent de droit au Venezuela et qui ont été retenues illégalement. Et qui doivent être récupérées. L’exemple utilisé par le capitane a été d'une simplicité éclatante : c'est comme si la banque bloquait sur votre compte courant le salaire que vous avez déjà gagné, puis que quelqu'un vous accusait d'être un capitaliste parce que vous essayez de le retirer pour subvenir aux besoins de votre famille.
Cette récupération des ressources est un acte de justice souveraine qui contribue au maintien des services publics essentiels. Cabello a donné des exemples qui touchent directement la vie du quartier, déjà donnés par la présidente par interim: cet argent servira à acheter des transformateurs électriques, des pièces détachées pour les conduites d’eau et des médicaments de haute technologie que le blocus empêche d’importer régulièrement. C’est la démonstration que le pragmatisme financier du Gouvernement bolivarien est entièrement au service de la vie quotidienne et de la protection du peuple, pas du profit de quelques-uns.
C’est dans ce cadre de controffensive diplomatique que s’insère la rencontre cruciale qui a eu lieu, précisément aujourd’hui, entre la présidente par interim, Delcy Rodríguez, et le président de la Colombie, Gustavo Petro. Ce dialogue marque une étape fondamentale dans le renforcement de l’axe andin et représente l’échec de la stratégie d’isolement tentée pendant des années par les Gouvernements réactionnaires de Bogotá sous la direction du Département d’Etat. La rencontre entre Rodríguez et Petro ne traite pas seulement de la normalisation nécessaire des relations commerciales transfrontalières mais touche les problèmes de sécurité énergétique de la région et la protection de l’Amazonie.
C’est la mise en pratique d’une vision multipolaire qui défie la dictature du dollar et les « tutelles » imposées et propose une intégration basée sur la complémentarité de la production. Alors que l’impérialisme cherche à élever des murs, le Venezuela et la Colombia de Petro discutent pour construire des ponts en prouvant que la stabilité » de la région passe par la reconnaissance de la légitimité du Gouvernement bolivarien et par la coopération entre nations soeurs. C’est cela, la véritable nature de la retraite stratégique: fermer les brèches ouvertes par l’agression pour, ensuite, avancer sur un terrain diplomatique et commercial plus large et plus sûr sans déroger aux principes, a dit Cabello.
Mais la bataille ne se joue pas seulement sur les tables de la diplomatie, elle se joue aussi sur la plan de la perception cognitive. Cabello a analysé avec lucidité comment l’opposition extrémiste utilise les réseaux sociaux pour conduire une guerre de sixième génération destinée à produire un traumatisme collectif et une sensation de défaite imminente. Grâce à l’utilisation massive de comptes automatiques, ce qu’on appelle les bots et des influenceurs grassement payés par l’impérialisme, on construit un récit de chaos qui ne trouve aucun écho dans la réalité des rues vénézuéliennes.
Dans l’émission, on montre des vidéos de places pleines de monde et d’une situation normale dans le domaine du travail, ce qui met en évidence la discordance totale entre la situation de chaos et de crise racontée sur les réseaux sociaux et la paix sociale qu’on respire dans le pays.
Cette résistance cognitive est essentielle pour soigner les blessures du traumatisme causé par la guerre économique et surtout par l’agression du 3 janvier et l’enlèvement de Nicolás et Cilia. Les révélations des « patriotes coopérants » sur María Corina Machado - qui s’est envolée pour Madrid pour crier avec le parti Vox « Dehors, la guenon » à la présidente par interim - a mis à nu la nature manipulatrice de cette stratégie: Machado a été décrite comme une fonctionnaire de bas niveau des agences étasuniennes dont la seule tâche est d’orchestrer des incidents médiatiques, comme dans le cas des provocations organisées contre le journaliste Prieto, pour peindre le Gouvernement comme une dictature brutale alors qu’elle-même jouit d’une liberté de mouvements qu’elle utilise pour planifier des sabotages. Démonter ces montages sert à rendre au peuple sa confiance dans ses institutions et dans sa propre force organisée. Mais, pour comprendre réellement la portée de cette opération qui tourne autour de la « pérégrination » collective dans tout le pays, il faut aller au-delà de la chronique et des canons du militantisme européen et analyser la façon dont le chavisme renforce son consensus grâce à une opération, dans le fond, proprement gramscienne.
Dans la recherche de l’unité nationale, le Gouvernement bolivarien ne se limite pas à gérer le pouvoir mais cherche à soigner les blessures du traumatisme collectif par un souffle mystique qui rappelle le christianisme primitif. C’est ici que s’insère l’appel aux valeurs du partage, de soin et de paix en transformant la résistance politique en mission éthique.
Comment dire: d’un côté, la barbarie impérialiste qui voudrait nous conduire à un abîme de violence, de l’autre, la « force tranquille » d’une communauté qui sait transformer la douleur en espoir et qui sait conserver le gouvernement du pays.
La pérégrination hebdomadaire de Cabello, Delcy et Jorge Rodríguez dans les provinces n’est pas seulement une pratique marxiste pour faire croître la conscience des masses mais un exercice de présence qui évoque la descente dans les catacombes du peuple tant aimé par Chávez. Ce contact physique sert à construire un nouveau sens commun dans. lequel la force du cuir s’unit à la douceur de la gratuité.
Cette présence constante de la direction du chavisme dans les rues du pays est la négation de la politique conçue comme une bureaucratie ou une administration d’algorithmes aseptisée typique du néolibéralisme européen qui est également un symptôme de la crise traversée par la révolution; C’est l’actualisation du mandat d’Hugo Chávez de de descendre dans les « catacombes du peuple » : pour affirmer qu'il n'existe pas de théorie révolutionnaire correcte qui ne soit pas constamment immergée dans le mouvement réel des choses, vérifiée par celui-ci et constamment mise à l’épreuve.
Le dirigeant révolutionnaire est un marcheur qui construit la ligne politique avec les masses, foulant la terre des quartiers et écoutant directement les besoins des travailleurs. Cette pédagogie politique gramscienne est ce qui permet au chavisme de conserver une hégémonie morale même dans les difficultés matérielles: le consensus ne vient pas des médias internationaux mais d’un récit « notre-américain » partagé dans lequel la famille qui aide son voisin et le soldat qui défend la frontière se reconnaissent dans le même projet de dignité nationale.
L’exemple cité dans l’émission de Diosdado, celui d’une famille de Táchira qui s’occupe d’enfants à problèmes dans son propre quartier este coeur palpitant du discours sur la gratuité et le soin dans le socialisme bolivarien. Dans le système capitaliste, le soin est une marchandise ou un coût social que l’Etat coupe brutalement pour équilibrer les comptes. Au Venezuela qui continue à se déclarer socialiste, par contre, même dans une société profondément éprouvée par les années de « sanctions » qui ont frappé les projets sociaux, le soin est un acte d’amour organisé qui échappe à la mesure de la valeur du change.
Cette gratuité n’est pas une charité bienveillante mais un acte politique de réappropriation de la vie: c’est la démonstration pratique qu’un peuple organise peut produire de la protection sociale de façon autonome et rendre le blocus économique et la barbarie inefficaces sur le plan moral et humain. C’est ici que la dureté du cuir s’unit à la douceur de lao solidarité communautaire en créant une solide barrière contre l’individualisme libéral.
Enfin, l'analyse du comportement débridé et rageur de Donald Trump sur la scène politique étasunienne et internationale a été réalisée par Cabello avec un réalisme dépourvu de toute illusion diplomatique. Trump représente le visage ostentatoire et brutal de l’impérialisme, celui qui n'utilise pas le masque des droits de l’homme pour envahir mais déclare ouvertement vouloir mettre la main sur les ressources naturelles vénézuéliennes pour soutenir l’économie étasunienne qui prend l’eau de toute part.
Dans ce scénario, la campagne « Le Venezuela vole librement » (le slogan du programme) devient un cri d’indépendance et un cri en faveur du retour de Cilia et Nicolás (« Nous voulons qu’ils reviennent »): le cri d’un peuple qui, même soumis au chantage, est décidé à ne pas devenir une colonie énergétique mais prétend continue à être un sujet actif d’un monde multipolaire.
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/04/25/venezuela-con-el-mazo-dando-la-resistencia-del-cuero-contra-el-talon-de-hierro-imperialista/
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