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Bolivie: Trump a des plans pour le lithium bolivien

24 Mai 2026, 17:07pm

Publié par Bolivar Infos

 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

En avril, la Bolivie et les Etats-Unis ont signé à La Paz un protocole d’accord sur les minerais essentiels dans lequel le lithium occupe une place prioritaire.

La guerre avec l’Iran a accéléré le temps et corroboré ce qui, pour la Maison Blanche, est une dure réalité: les Etats-Unis doivent renforcer leurs chaînes d’approvisionnement de minerais essentiels et stratégiques non seulement pour affronter une compétition cruciale avec la Chine mais aussi pour affronter n’importe quel ennemi qui défie sa volonté d’hégémonie et leur esprit belliqueux exacerbé.

La Bolivie, avec d’énormes richesses dans son sous-sol, ne pouvait rester en marge de cette ambition. Le scénario d’une protestation sociale inhabituelle a probablement été une conséquence involontaire bien qu’à tout moment il ait été encouragé par le Gouvernement et ses alliés internes et étrangers.

Le 28 avril 2026, le vice-ministre des Etats-Unis, Caleb Orr,  et le ministre bolivien des Mines, Marco Antonio Calderón de la Barca, ont signé à  La Paz un protocole d’accord sur les minerais essentiels dans lequel le lithium occupe une place prioritaire.

Rodrigo Paz, à peine depuis 6 mois au gouvernement et penchant déplus en plus vers l’influence de Donald Trump, a annoncé cet accord comme une étape historique qui donne la possibilité à la Bolivie de s’insérer dans les plus larges réseaux du commerce mondial des ressources en minerais.

Au-delà des attentes générales, ce qui est sûr, c’est que le texte de cet accord a à peine été publié et seulement en extraits. Plusieurs raisons pourraient expliquer cette décision.

Cet accord en donne aucune garantie que. le lithium sera industrialisé en territoire bolivien et il n’oblige pas non plus les entreprises à construire des usines de traitement et encore à définir des mécanismes de transfert de technologie.

Il ne fixe pas non plus de pourcentage minimum de valeur ajoutée locale et laisse posée la principale question: qui profitera des principaux bénéfices que procure la libre exploitation des ressources stratégiques?

La richesse de la Bolivie est indiscutable et pas seulement en ce qui concerne le lithium. En effet, on trouve dans le  pays 31 des 38 minerais essentiels et des terres rares exigés actuellement pour toutes sortes d’innovations technologiques comme l’antimoine, le bismuth, l’étain, le zinc, le germanium, le manganèse, lek niobium et le tantalum.

Que ce soit pour la fabrication des batteries, pour l’intelligence artificielle, pour les instruments technologues de haute précision ou les ressources militaires de dernière génération, aujourd’hui, le sous-sol bolivien peut fournir plusieurs des minerais les plus demandés pour l’industrie technologique et pour l’industrie de l’armement.

Le principal intérêt est mis sur le lithium dont la Bolivie possèderait 23 000 000 de tonnes, ce qui, selon le Service Géologique des Etats-Unis, en ferait la plus grande réserve de cette ressource au niveau mondial. Mais , en 2025, elle a produit un peu plus de 2 000 tonnes contre 56 000 pour le Chili. La faille ne serait pas g »géologique mais structurelle: il faudrait d’énormes investissements pour assurer la traitement du lithium en fonction de la demande croissante du nord.

L’urgence d’obtenir des dollars a poussé Paz à négocier un prêt avec le FMI, brisant ainsi l’un des principaux points de l’accord avec la gauche qui l’a soutenu lors du ballotage d’octobre 2025 afin d'empêcher la victoire de son adversaire, Jorge « Tuto » Quiroga, dont les positions étaient initialement beaucoup plus conservatrices et qui entretenait des liens étroits avec l'extrême droite mondiale.

Début mai, le FMI a finalement accepté la demande  de 3 300 000 000 de $ du Gouvernement bolivien bien que, on le sait, les prêts en soient jamais gratuits et viennent toujours accompagnés de conditions de différentes sortes comme l’ouverture de secteurs vitaux de l’économie aux investissements étrangers, la réduction de la participation traditionnelle de l’Etat et de son contrôleur l’administration de ces ressources et la flexibilisation du marché du travail.

Malgré les critiques, ce prêt a été présenté comme un acquis et une avancée dans le processus de modernisation capitaliste du pays. C'était comme jeter une allumette enflammée sur un réservoir d'essence : un élément déclencheur majeur des mobilisations qui ont mis en évidence la faiblesse structurelle du Gouvernement.

La possibilité d'offrir un accès libre à ses vastes ressources minérales est aujourd'hui le principal échange de services sur lequel repose le Gouvernement bolivien. Si d'un côté Rodrigo Paz ambitionne l'arrivée de dollars, de l'autre il satisfait Donald Trump, de plus en plus en manque de minerais critiques et de terres rares pour faire face à une politique étrangère beaucoup plus compétitive et hostile.

Mais, pour pouvoir avancer, Paz doit tout d’abord détruire la législation en vigueur et les contrats signés auparavant avec la Chine et avec la Russie par ses deux prédécesseurs, Evo Morales et Luis Arce, ce qui place la Bolivie sur le fil d’un différend géopolitique de dimensions de plus en plus importantes et aux conséquences imprévisibles. Pendant ce temps, les compagnies minières étasuniennes, canadiennes et britanniques s'attendent  à une participation plus importante sur le marché bolivien convoité.

Face à l’augmentation des protestations sociales, le Gouvernement s’est occupé  d’altérer et de déformer le récit de la nécessité économique pour avancer, par contre, dans la sphère de la sécurité, l’un des intérêts prioritaires de l’establishment étasunien en ce qui concerne l’Amérique latine.

Le retour de la DEA, l’agence des Etats-Unis contre les drogues, en Bolivie en novembre 2025 après 17 an d’absence, s’est finalement concrétisé à cause d’une raison centrale: la recherche et la  captura de Evo Morales, caché dans la région d’El Chapare. en ce moment, l’ancien président est con sidéré comme le principal instigateur des protestations et, par conséquent, comme l’ennemi N°1 du Gouvernement de Rodrigo Paz. aujourd’hui, son arrestation est une priorité absolue pour  Washington.

Le désordre et le chaos dans les rues constituent un défi non seulement pour le président, mais aussi pour les gouvernements de la région qui partagent la même idéologie d'austérité et qui semblent se serrer les coudes sous l'aile protectrice de leur chef politique à la Maison Blanche. A la déclaration de soutien à Rodrigo Paz  venant de ces régimes  regroupés dans le Bouclier des Amériques, a été suivie des critiques formulées par Christopher Landau, sous-secrétaire d'État, qui a affirmé que les manifestants cherchaient à faire un « coup d'État » violent contre le président.

En l'absence d'autres gestes concrets de solidarité de la part des dirigeants trumpistes, Javier Milei s'est démarqué en envoyant depuis l'Argentine des avions militaires Hercules C-130 qui, selon l'opposition bolivienne, ne transportaient pas de denrées alimentaires ni d'aide humanitaire, mais des armes et du matériel anti-émeute. Rien de nouveau après le transfert de matériel militaire par Mauricio Macri aux activistes d'extrême droite dans les jours qui ont précédé la destitution d'Evo Morales en novembre 2019.

Pour Trump et les siens, il est impératif que l’ordre soit rétabli en Bolivie. C’est ainsi que se sont exprimés les chefs d’entreprises, les représentants elles fonctionnaires réunis à la  56ème  Conférence  de Washington sur les Amériques, réalisée par le Conseil des Amériques le soir du 19 mayo.

Lors de cet événement, Jarrod Agen, conseiller présidentiel et directeur du Conseil national pour la maîtrise de l’énergie aux États-Unis, n’aurait pas pu être plus clair lorsqu’il a déclaré que « Plus nous contrôlerons les chaînes d’approvisionnement énergétique dans l’hémisphère occidental, meilleure sera la position des États-Unis et de nos alliés. »

Au-delà des objectifs déclarés et des intentions exprimées par les représentants du trumpisme et leurs acolytes locaux, le débordement social et les protestations dans les rues qui surgissent en Bolivie en ce moment révèlent clairement les conséquences d’un modèle anti-populaire imposé par la violence qui ne respecte pas les consensus démocratiques et de défense de la souveraineté minimum. 

source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/05/23/bolivia-trump-tiene-planes-con-el-litio-en-bolivia/
URL de cet article:

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/05/bolivie-trump-a-des-plans-pour-le-lithium-bolivien.html