Cuba: Le blocus énergétique dans le ciel et sur les routes maritimes
Par Geraldina Colotti
Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos
La situation économique et logistique que traverse Cuba en ce mois de mai 2026 met en évidence un durcissement des pressions impérialistes qui frappent directement les secteurs névralgiques de l’île: le fourniture de combustible et les liaisons aériennes internationales. C’est un panorama qui met à dure épreuve la résistance des services essentiels et du tourisme, l’une des principales sources de devises du pays.
La surveillance des systèmes de suivi maritime international a enregistré en ces heures un changement de cap significatif du navire-citerne Universal. Le pétrolier, qui transportait environ 250 000 à 270 000 barils de gaz-oil, associés à l’origine à la fourniture d’énergie pour La Havane, s’est éloigné des côtes caribéennes et se dirige à présent vers l’Atlantique sud à une vitesse de 10 noeuds.
La bateau était parti du port russe de Vysotsk le 18 janvier de cette année et était resté plus d’un mois en navigation lente à quelques 1600 km des côtes cubaines sans déclarer un port d’arrivée, enregistré sous la formule internationale for order. Ce bateau est lié à la compagnie d’Etat russe Sovcomflot, soumise à des sanctions financières et opérationnelles imposées par les Etats-Unis, l’Union européenne et le Royaume Uni.
Ce braquage raté prive le système électrique national cubain d'un soulagement attendu, après le 31 mars, le pétrolier Anatoly Kolodkin ait réussi à décharger à Matanzas 730 mille barils de brut russe. Selon les données du ministère de l’Energie et des Mines de Cuba, le réseau électrique national a réussi à plusieurs reprises ce mois-ci à couvrir un tiers de la demande totale à cause de la pénurie de réserves de diesel et de fuel oil pour alimenter les centrales thermoélectriques.
Les sanctions du bureau de contrôle des actifs étrangers des Etats-Unis a déjà provoqué, pendant ces derniers mois, le détournement d’autres chargements comme celui du Sea Horse qui, en mars, a dû se détourner vers Trinidad et Tobago.
Le changement de cap du pétrolier russe Universal vers le coeur de l’Atlantique est la photographie plastique de l’efficacité du blocus énergétique. Cet éloignement forcé est le résultat direct du décret signé à Washington au début de l’année et intitulé « Imposition d’actions aux responsables de la répression à Cuba et des menaces pour la sécurité nationale et la politique étrangère des Etats-Unis ». Ce décret sert à codifier l’asphyxie commerciale et technologique en imposant des « sanctions secondaires » et des droits de douane très lourds à tout pays ou à toute compagnie qui vendrait ou transporterait du pétrole à Cuba.
Le blocage de plus d’un mois en pleine mer sous la formule for order montre que la guerre financière de l’OFAC vise à influencer les compagnies maritimes et les compagnies d’assurances en coupant les canaux d’approvisionnement vitaux pour provoquer des dommages internes à Cuba grâce à la faim, au découragement et au désespoir.
La cris du combustible se reflète directement sur les liaisons aériennes. La compagnie aérienne espagnole Iberia suspendra officiellement ses vols directs vers La Havane à partir du 1er juin 2026 après avoir réduit ses vols à seulement 2 par semaine pendant le mois de mai.
Ces dernières semaines, la compagnie avait essayé de surmonter l’absence de garantie de ravitaillement en combustible pour les avions sur l’île en réalisant des escales techniques à Saint Domingue. A présent, Iberia a annoncé qu’elle essaierait de rétablir ses vols vers la fin de 2026, en proposant des triangulations via le Panama en coordination avec Copa Airlines.
Ce phénomène n’est pas un phénomène isolé. Les compagnies aériennes canadiennes comme Air Canada, WestJet, Sunwing et Air Transat, réduisent leurs vols ou les annulent totalement comme les compagnies européennes et latino-américaines comme World2Fly, Air France, LATAM Perú et Magnicharters.
Les vols russes réalisés par Rossiya Airlines et Nordwind enregistrent aussi des réorganisations logistiques. En ce moment, la continuité des connexions avec l’Europe se maintient principalement grâce à Air Europa qui fait des escales techniques à Saint Domingue et à Air China qui conserve 2 vols Pekín-Madrid-La Havane par semaine.
C’est dans ce climat de blocus caribéen que s’insèrent. les déclarations de la gouverneur de Porto Rico, Jenniffer González. González a affirmé, sans fournir aucune preuve ni aucun rapport du renseignement, que les Etats-Unis pourraient se trouver dans un était de guerre ouverte avec Cuba dans un délai d’une semaine.
Alors que la gouverneur évoque des scénarios de guerre pour s’aligner sur les secteurs les plus extrémistes du Parti Républicain étasunien et du trumpisme en Floride, elle oublie de dire que l’île de Porto Rico traverse depuis des années une profonde crise des infrastructures et de l’économie qui se caractérise par un système électrique instable marqué par des coupures d’électricité constantes et longues après la privatisation confiée à des consortium privés, une crise du logement qui alimente la pauvreté structurelle et par un exode forcé de la population vers les Etats-Unis continentaux à cause de l’absence de travail.
L'utilisation de l'argument cubain en termes d’un affrontement armé imminent joue un rôle politique précis: intercepter le flux électoral conservateur de la communauté cubaine en exil en Floride, démontrer la subordination stratégique aux directives du Pentagone et détourner l'attention de l'opinion publique portoricaine des défaillances administratives nationales.
Il faut rappeler que Porto Rico, à cause de sa condition de territoire non incorporé aux Etats-Unis, garde le statut de colonie qui le prive de sièges avec droit de vote au Congrès de Washington et de la capacité juridique de déclarer un état de guerre.
Malgré l’envoi du porte-avions USS Nimitz dans les Caraïbes et les plans d’agression militaire dénoncés, la voie principale que La Havane cherche à suivre depuis la mi-mars est celle des négociations avec le Gouvernement des Etats-Unis: des négociations auxquelles ont participé, en territoire cubain, le directeur de la CIA et même le chef des troupes spéciales nord-américaines qui, le 3 janvier, a dirigé l’attaque contre le Venezuela. Une attaque qui a causé la mort d’unes entraîne de soldats parmi lesquels 32 Cubains et qui a fini par l’enlèvement du président Nicolás Maduro et de la première combattante, la députée Cilia Flores.
Depuis, tandis que Caracas lutte pour conserver sa souveraineté et négocie avec un pistolet sur la temps pour ramener ses dirigeants, Washington voudrait dicter ses conditions également à La Havane: c’est à dire imposer le démantèlement des bases de contrôle que la Russie et la Chine ont sur l’île et imposer une « transition politique interné guidée » pour remplacer la direction révolutionnaire.
A cela s’ajoute le harcèlement judiciaire avec l’accusation officielle émise le 20 mai 2026 par le ministère de la justice des Etats-Uni contre le général d’armée nonagénaire Raúl Castro Ruz et 5 officiers pilotes de l’Armée de l’Air révolutionnaire (DAAFAR) pour avoir abattu les avionneries de « Frères à la Rescousse » en 1996.
Une décision grotesque et arbitraire prise 30 ans après les événements survenus dans l’espace aérien cubain souverain suite à des opérations illégales: un dossier frauduleux destiné à justifier l’agression ou une intervention qualifiée par euphémisme de « construction d’une nation. »
(…)
Cet épisode a été immédiatement utilisé par Washington pour transformer en loi permanente les sanctions du blocus économique grâce à l’approbation immédiate de la Loi Helms-Burton. Les déclarations actuelles venant de secteurs de la droite portoricaine et de la Floride qui con tinrent à revendiquer l’héritage d’individus comme Basulto sur les réseaux sociaux et dans les comités anti-castristes prouvent que la stratégie du conflit asymétrique n’a pas changée.
La réponse de Cuba au Conseil de Sécurité de l’ONU à New York, le 26 mai 2026, a été ferme. En intervenant dans le débat sur la défense des buts et des principes de la Charte des Nations Unies, le ministre des affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, a dénoncé la conduite de Washington et les actions du secrétaire d’Etat Marco Rubio, accusé de diffuser des récits sans fondement et des révélations médiatiques pour justifier de nouvelles mesures d’hostilité.
Rodríguez Parrilla a qualifié l’accusation contre Raúl Castro d’acte « moralement infâme » et a comparé le blocus pétrolier à un blocus naval et à un châtiment collectif cruel.
Ce siège énergétique - signale le ministère - a des conséquences humanitaires dévastatrices comme le montre la hausse du taux de mortalité infantile qui est passé de 4 pour 1000 naissances vivantes à 9,2 et la réduction de l’espérance de vie des enfants atteints de cancers qui est passée de 85% à 65% à cause de la pénurie de médicaments.
Rodríguez a alerté la communauté internationale et le Conseil de Sécurité sur le risque de bain de sang en cas d’attaque militaire et a exhorté les jeunes Etasuniens à chercher la vérité face aux desseins d’une « clique de l’élite » de Miami. En même temps, il a confirmé la disposition historique de Cuba à un dialogue bilatéral civique et sérieux sur des problèmes d’intérêt mutuel (terrorisme, trafic de drogues, crime organisé, migration sûre) mais il a exclu fermement toute interférence dans les affaires intérieures ou dan sel système politique choisi par le peuple par la voie constitutionnelle.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est intervenu depuis Nairobi pour écarter la possibilité d’options militaires et il a déclaré que les « sanctions » étaient contraire au droit international.
Les données indiquent un schéma qui se répète: Les Etats-Unis appliquent à Cuba le même « modèle » que celui utilisé au début de l’année contre le Venezuela, qui s’est achevé par l’agression militaire et l’enlèvement de Maduro et de Flores, au mépris de toutes les lois internationales.
Dans ce cas également, l’intervention a été précédée par un blocus progressif du ciel (semblable à la suspension des vols d’ Iberia et des compagnies aériennes canadiennes à partir du 1er juin, pour couper les relations avec l’extérieur et ruiner le tourisme en préparant le terrain logistique et l’opinion publique tandis que des moyens navals comme le porte-avions USS Gerald Ford soutenaient les opérations navales contre Caracas avant le 3 janvier et permettaient d’assassiner des pêcheurs. En ces circonstances aussi, le rôle de Porto Rico a été déterminant.
On cherche également à accréditer la thèse disant que Cuba represente une menace pour la sécurité des Etats-Unis ( c’est ce que dit le décret de Trump, identique à celui d’Obama contre le Venezuela).
L’ultime frontière d cette stratégie d’intoxication médiatique s’est manifestée avec la récente publication par le site étasunien Axios d’un article basé sur de soi-disant rapports du renseignement classés secret défense. Selon Axios, Cuba aurait acheté à la Russie et à l’Iran plus de 300 drones pour frapper la base illégale de Guantánamo, la flotte étasunienne en mer des Caraïbes et des objectifs sensibles en Floride, en particulier les terrains militaires de Key West.
Une invention des médias qui heurte la réalité des faits étant donné étant donné les efforts que l’île doit faire pour obtenir des articles de première nécessité, mais qui répond au mécanisme habituel de désinformation avec lequel les médias américains ont historiquement pavé les agressions militaires.
Il suffit de se souvenir du mensonge sur les armes de destruction massive en Irak en 2003 ou de la propagande qui, depuis 30 ans, dit que l’Iran est près de fabriquer la bombe nucléaire ou la déformation qui qualifie le Mexique de « narco-Etat » pour occulter les problèmes internes du marché étasunien ou bien l’accusation de « trafic de drogues » envers les dirigeants bolivariens.
Comme le dit la professeur Magda Arias de l’Université de La Havane, l‘appareil politico-communicationnel de Washington et des médias hégémoniques a intensifié les opérations de guerre cognitive et informatique en particulier après le 1er mai, lorsque la participation populaire massive aux mobilisations pour la Journée des travailleurs a démenti les récits occidentaux sur l’effondrement du consensus intérieur, celles-ci étant décrites par le New York Times lui-même comme un défi ouvert aux Etats-Unis.
L’architecture narrative agit à travers l’alignement d’entreprises médiatiques, d’algorithmes, de boots et d’influenceurs sur la désintégration fe la vérité et la viralisation de contenus faux. L’objectif scientifique décrit dans les dynamiques montrées par Charles Wright dans « L’élite du pouvoir » est de diffuser la peur, de rendre le gouvernement responsable des effets matériels du blocus et d’amener l’opinion publique à accepter, comme un reflet conditionné, une éventuelle intervention militaire ou une « transition politique. »
Cette ingénierie de la dissidence répond à une planification financière étatique à long terme, documentée par les archives officielles du Congrès des États-Unis. Les données historiques sur le budget fédéral alloué aux programmes de subversion contre l’île révèlent des investissements en millions entre 1996 et 2021.
Pour es programmes de subversion mis en oeuvre par le Département d’Etat, l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International (USAID) et la Fondation nationale pour la Démocratie (NED), le Congrès des Etats-Unis a approuvé l’assignation de près de 404 000 000 de $.
Dans ce même laps de temps, environ 945 000 000 de $ ont été destinés à la guerre psychologique radiophonique et télévisée, en particulier au soutien des émissions illégales de Radio et TV Martí.
Un total partiel certifié révèle que, pendant les 25 années examinées, l’Etat nord-américain a investi officiellement 1 349 000 000 de $ du contribuable dans le but explicite de provoquer l’érosion interne de Cuba en excluant les postes budgétaires secrets gérés directement par le Pentagone, la CIA et d’autres agences de renseignement.
Cette doctrine de l’ingérence asymétrique compte plus de deux siècles de tentatives d’annexion, et se reflète dans l’historicité des agressions subies par Cuba : depuis l’imposition de l’amendement Platt jusqu’à l’occupation militaire, en passant par l’introduction d’agents pathogènes, la guerre biologique et les attentats terroristes.
Et alors que le 60e anniversaire de la première Conférence de solidarité des peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine a mis en évidence l’urgence de bâtir une nouvelle solidarité entre les peuples du Sud, Cuba réaffirme qu’au cas où le scénario de l’agression se matérialiserait, le peuple exercera son droit à la légitime défense en combattant jusqu’au bout : fidèle au mandat historique de Patrie ou mort, nous vaincrons !.
Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/05/27/cuba-bajo-asedio-el-cerco-energetico-sobre-los-cielos-y-las-rutas-maritimas/
URL de cet article: