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Etats-Unis: 250 ans d’une grande fiction -

5 Juillet 2026, 17:27pm

Publié par Bolivar Infos

 

Par Jorge Majfud

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

L’indépendance et la création des Etats-Unis n’a rien été d’autre que la liberté pour les colons de dépouiller les peuples indigènes.

Le 16 décembre 1773, un groupe de colons a jeté la cargaison de thé d'un navire britannique dans la baie de Boston. Cet événement a marqué la naissance du Tea Party et du mythe fondateur de la Révolution étasunienne que les enfants et les adolescents étudieront à l'école et au lycée, et que les aînés ne cesseront de répéter dans les médias. 

Mais comme si ça ne suffisait pas, cette attaque à Boston avait été réalisée par des colons vêtus en mohawks, le peuple originaire le plus à l’est de la Ligue des 6 nations iroquoises. Depuis plusieurs générations, ce déguisement était une pratique habituelle des milices et des bandes de colons qui s’habillaient comme leurs ennemis européens et faisaient flotter le drapeau de l’ennemi.

Un autre mythe fondateur qui, de plus, couvrait la véritable motivation de la rébellion des hommes blancs (surtout les riches, les esclavagistes) contre la Grande Bretagne et contre leurs propres gouvernements locaux: le droit d’ignorer le traité de 1763 entre les natifs et les Britanniques et le droit de dépouiller les actifs de leurs terres pour les occuper ou les vendre aux nouveaux immigrants blancs.

En même temps que le conflit était basé sur la revendication du colon blanc de dépouiller les autochtones de leurs terres, l’empire britannique se transformait en ennemi, ce qui imposait de se démarquer de l'Europe en adoptant un masque local, natif.

De même, le terme « américain », utilisé par les colons blancs pour parler des autochtones est devenu le terme désignant la « bande de fous armés » (selon les mots de Benjamin Franklin) qui luttaient pour la liberté d’exproprier les autochtones.  ainsi, les esclavagistes luttèrent plus tard pour leur liberté de réduire en esclavage d’autres peuples et de s’approprier la moitié du territoire du Mexique comme si c’était un autre « pays vide. » De la même, façon que les « cowboys », un siècle plus tard, seront la récupération culturelle du « vaquero » mexicain en même temps qu’ils les expropriaient de leur terres. La création de ce nouveau masque, comme le masque  de Zorro et des super-héros qui l’ont suivi, allait servir à inverser le dépouillement des Mexicains et à la criminaliser au cinéma. alors, le continent du Sud qui s’était appelé « Amérique » pendant des siècles, en est venu à s’appeler « Amérique latine ».

En 1760, les Français ont été vaincus et déplacés vers le nord. Certaines confédérations indigènes furent aussi vaincues mais non conquises, si on peut utiliser cet adjectif en parlant de colonisation, de dépouillement, de déshumanisation et d’ apartheid. Comme tout au long du siècle précédant, les empires ont cherché à mettre les autochtones contre leur ennemis en les attirant grâce à de fausse promesses d’indépendance et des traités qu’ils n’ont jamais respectés. Pendant la révolution américaine, les cheroquis ont été confrontés au dilemme de soutenir les Britanniques ou les colons. Après 2 siècles de résistance, il s’est passé la même chose avec avec la confédération démocratique iroquoise, plus au nord. Los mohawks ont abandonné leurs terres et ont fui au Canada. Ce fut la fin de la Grande Ligue de la Paix.

Après plusieurs victoires militaires des ottawas dirigés par Pontiac au début de 1760, le général Jeffery Amherst ordonna l'envoi d'un mouchoir et de deux couvertures contaminés par le virus de la variole, en guise de reconnaissance de leur bravoure. La maladie s’est répandue de l’autre coté des Apalaches avec douloureuse mort qui couvrait les corps de plaies, de fièvre et de vomis. C’est ola première fois que l'histoire faisait état d'une attaque planifiée en Amérique à l'aide d'armes biologiques.  Bien que les universitaires continuent d’être sceptiques concernant la réalité de la contagion, les rapports de l’époque mentionnent un foyer de variole « plus efficace que les armes feu » parmi les autochtones autour de l’année 1764. Au-delà du nombre de morts, le général Amherst n’avait pas tant de doutes que cela. Il écrivit : « Nous devons utiliser toutes les ressources à notre disposition. Tous les prisonniers doivent être exécutés… Les éliminer sera le seul moyen d’assurer notre sécurité. » Cela ne vous rappelle rien?

Le 7 octobre 1763, la Grande Bretagne a signé avec les nations indigènes le traité Royal Proclamation qui serait la grande raison pour déchainer la Révolution contre ce droit des peuples indigènes de na pas être harcelés, volés et massacrés de l’autre côté des Apalaches. La Royal Proclamation n’était pas une promesse d’indépendance faite par les Britanniques mais un accord de régulation qui accorderait aux autochtones une certaine autonomie en tant que colonies et la promesse de ne pas être agressés. En échange d cet accord, les peuples de l’intérieur fourniraient à l’autorité européenne la stabilité politique et plus d’impôts, une chose dont l’empire avait bien besoin après la Guerre de 7 ans avec la France. 

La Grande Bretagne n e voulait plus de problèmes dans ses colonies pauvres d’Amérique du Nord, elle se consacrait corps et âme à contrôler et à exploiter l’Asie et en particulier l’Inde.

Mais les colons anglo-saxons de al côte atlantique n’avaient rien à gagner d’une Inde lointaine mais des territoires indiens situés de l’autre côté des Apalaches, oui. Selon l’historien Ned Blackhawk, « comme l’a dit Benjamín Franklin en 1764, une « bande de fous armés » a défini les politiques de la région. » De la région et des siècles à venir, devrions-nous ajouter. La Pennsylvania Declaration of Rights and Constitution, écrite et signée juillet et septembre 1776 par des comités de citoyens qui s’appelaient eux-mêmes « Sons of Liberty » (Fils de la liberté) établira sa propre charte des droits et sera la base de la Constitution du pays, proclamant :« Tous les hommes naissent également libres et indépendants et possèdent des droits naturels, inhérents et inaliénables parmi lesquels celui de jouir et de défendre la vie et la liberté, d’acquérir, de posséder et de protéger la propriété… Le Gouvernement est, ou doit être, institué pour le bénéfice commun et non pour l’enrichissement ou les avantages particuliers d’un homme, d’une famille ou d’un groupe d’hommes… Le peuple a le droit d’emporter des armes pour sa propre défense et celle de l’Etat et comme les armées permanentes en temps de paix sont dangereuses pour la liberté, elles ne doivent pas perdurer. »

En juin 1765, un mois après l’attaque contre les cheroquis, Fauquier écrivait à l’assemblée: « Les Paxton Boys de Pennsylvanie ont envoyé un message à nos gens: personne ne doit souffrir à cause de l’assassinat d’un sauvage. »  Le degré d’impunité du fanatisme des colons ressemble beaucoup à celui du XXIème siècle. En 1766, le gouverneur de Virginie Francis Fauquier répondait au gouverneur de Pennsylvanie,  John Penn, à propos de la violence milice de colons Augusta Boys dans une lettre: « Par expérience, écrivait-il, je peux vous dire qu’il est impossible de trainer quelqu’un en justice pour l’assassinat d’un indigène… [Pour les assassins] c’est une action méritoire et ils savent qu’ils sont protégés.  Cela ne vous rappelle rien?

Partout, il était clair (et cela ressortait des faits) que la liberté et la démocratie ne s’appliquaient qu’aux « hommes libres », c’est-à-dire aux Blancs et aux propriétaires jouissant du droit exclusif de rechercher « leur propre bonheur », ce qui contrastait nettement et radicalement avec le monde amérindien, démontrant ainsi qu’une véritable démocratie existait dans un système exempt de ces prémisses sociales et économiques ― telles que la propriété privée. La démocratie libérale européenne qui s’est matérialisée aux Etats-Unis en 1776 ( on aurait dû l'appeler la « Révolution immobilière »), a constitué une nouvelle expropriation, non plus seulement matérielle, mais aussi morale et idéologique.

L'un des révolutionnaires de l'indépendance vis-à-vis de l'Empire britannique fut le prédicateur mulâtre Lamuel Haynes qui, en 1776, réagit à la « Déclaration d'indépendance » par un long essai intitulé « Liberty Further Extended ». Haynes, esclave libéré et érudit, comprenait que la liberté était un droit naturel de toute race. Certainement, il a été le premier à signaler l’hypocrisie de la célèbre phrase: « Tous les hommes sont créés égaux » dans une soi-disant nouvelle société qui confirmait que l’esclavage était légal. 

En effet, la Révolution Américaine de 1776 ne fut pas seulement motivée par les affaires s immobilières ayant suivi la privatisation (vol) des terres et des territoires indigènes, elle a confirmé l’ordre de privilèges coloniaux grâce à un maquillage républicain et même démocratique. La seule invention d’un Sénat  dont chaque  membre était élu pour 6 ans confirmait la peur que elle pouvoir avait du reste du peuple: les sénateurs représentaient des états, des terres, pas des gens. Ce système existe encore aujourd’hui. 2 sénateurs pour chaque état, peu importe qi certains, comme la Californie, ont des dizaines de millions d’habitants et d’autres, comme l’ Alaska, n’atteignent même pas le million.

En 1773, en violation de la Royal Proclamation signée 10 ans plus tôt, 40% des colons blancs vivaient dans des « zones de guerre » contre les peuple autochtones. Ils violaient les lois de leurs propres Etats quand ils gagnaient et demandaient l’assistance militaire de leurs gouverneurs quand ils perdaient. Tout ceci, 3 ans avant la proclamation de l’indépendance et leur fondation mythique. La France, la vaincue de la Guerre de 7 ans, devint une alliée, apportant non seulement les idées des Lumières qu’elle avait empruntées aux peuples autochtones d’Amérique, mais aussi des armes et de l’argent pour vaincre son vieil adversaire européen et d’outre-mer, la Grande-Bretagne.

Il est impossible de considérer le développement des idées et des récits fondateurs sans prendre en considération ce contexte économique, raciste et classiste. Même Benjamín Franklin, qui a travaillé pendant des décennies avec les délégués indigènes et connaissait très lien leur système de démocratie directe, a bien pris soin de nielleur accorder aucun crédit dans la conception idéologique de la nouvelle nation anglo-saxonne. Pour Jefferson, les Britanniques non seulement sont signé un traité de non-agression mais ils ont « aidé les sauvages sans compassion » pour qu’ils attaquent les Blancs de la frontière. « Ces gens ne connaissent que le langage des armes et sont prêts à exterminer les colons. »  Cela ne vous rappelle rien?

L’indépendance et la création des Etats-Unis n’a rien été d’autre que la liberté des colons de dépouiller les peuples indigènes même au-dela des Apalaches. Le déclarations d’indépendance de 1776 elle-même, outre une victimisation des pratiques des colons eux-mêmes à l’égard des autochtones, s’attache à confesser sa motivation en criminalisant les propriétaires légitimes des territoires longtemps désirés : Le roi George III « a provoqué des insurrections internes parmi nous et a tenté d’attirer contre les habitants de nos frontières, les impitoyables indiens sauvages dont la règle de guerre bien connue est la destruction aveugle de tous les âges, sexes et conditions ».

Les territoires indigènes représentaient une offre illimitée pour l’expansion du capitalisme.Les spéculateur immobiliers le savaient. Le premier millionnaire de la nouvelle république américaine créée en 1776 par des esclavagistes qui luttaient pour la liberté sera l’Allemand John Jacob Astor. Sa fortune viendra du monopole des peaux avec les indigènes es, de l’exportation de l’opium de Chine et enfin, des affaires immobilières, ce qui produira, au XIXème siècle, la prospérité de Manhattan et son profil actuel de gratte-ciel. Un peu plus tôt, en 1839, le sénateur Nathaniel Tallmadge dira que 1 dollar sur chaque 100 $ en circulation dans tout le pays était la propriété de John Jacob Astor. La métaphore s’avèrera d’une précision incroyable ; selon des estimations récentes, sa fortune s’élevait à 1 % du PIB des États-Unis. Aujourd’hui, il ne reste de lui que le Waldorf Astoria Hotel et un héritage qui a consolidé l’esprit de la nation impériale du Nord : la liberté de spoliation selon la « loi du revolver ».

Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/07/04/estados-unidos-250-anos-de-una-gran-ficcion/
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