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International: Marco Rubio, Hitler, le maccarthisme et la lutte contre le terrorisme

20 Juillet 2026, 18:03pm

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Publié par Bolivar Infos

 

par  Jorge Elbaum 

Traduction Françoise Lopez pour Amérique latine-Bolivar Infos

Le chef du département d’État, Marco Rubio, a organisé la « Réunion ministérielle sur la résurgence du terrorisme politique » au cours de laquelle on a tenté de coordonner le retour du maccarthisme domestique avec la politique étrangères Etats-Unis. Dans ce même conclave, on a  diabolisé les candidats liés au maire de New York, Zohran Mamdani, les immigrants, les organisations antiracistes de défense des droits civiques, les collectifs antifascistes, le danger cubain et toute forme d’expression religieuse liée à l’islam. Ce conclave rappelle le maccarthysme et une nouvelle forme de guerre froide dans laquelle les ennemis actuels ne constituent pas – comme il y a 80 ans – un bloc plus ou moins homogène mais une myriade de sujets sans aucune relation, liés à des phénomènes disparates: protestations contre les chasses à l'homme menées à bien par l’ICE, mobilisations électorales anti-trumpistes, positions antifascistes et/ou attentats exécutés par des loups solitaires. Toutes des situations sans rapport les unes avec les autres que Rubio a arbitrairement regroupées, dans sa réunion à Washington, pour créer ce nouveau danger fantasmagorique. Cet axe du mal, contrairement aux précédents, n’a besoin d’aucun parti, d’aucune organisation, d’aucun programme, d’aucune direction. Il lui suffit d'être désigné par Washington pour acquérir une existence diabolique.

La lutte contre le terrorisme a été conçue pour affronter des structures violentes, ayant un financement, une logistique et réalisant des actions concrètes, mais le « trumpisme » cherche à la réorienter vers des identités politiques afin de légitimer leur persécution, leur censure et leur surveillance. Ce déplacement exige l'omission des dangers internes réels qui ont été observés aux États-Unis, liés aux accélérationnistes, aux milices racistes et aux réseaux d'extrême droite violents. 

Pour le FBI, les groupes suprémacistes blancs constituent la plus grosse menace de terrorisme intérieur aux États-Unis. L'agence classe ces actions comme du terrorisme de l'extrémisme violent pour des raisons raciales. Pour rendre cette réalité invisible et pour renforcer le noyau dur trumpiste, l’émmigration est caractérisée comme associée au terrorisme, au socialisme démocratique de Mamdani et à la possibilité de la lutte antifasciste, associée à l’islamisme radical, au communisme chinois et à toute association qui place la solidarité au-dessus du darwinisme social de l’individualisme égoïste qui justifie la guerre de tous contre tous.

Rubio invente le danger et autorise ainsi le brutalisme trumpiste à mener une croisade contre un ennemi multiple et insaisissable. Dans ce cadre, on ne discute plus des faits, des responsabilités ni des preuves : on invoque une essence diffuse et insaisissable qui cesse d’être un sujet politique pour devenir une pathologie.

Quand la politique adopte le langage de la purification, apparaissent habituellement des listes, des proscriptions, des sanctions et des chasses aux sorcières. Si Rubio met autant l'accent sur sa différence par rapport aux émigrés – alors qu'il est lui-même fils de Cubains –, c'est pour s'assurer de disposer des atouts nécessaires pour briguer l'investiture républicaine en 2028. Cette réunion était également destinée à transformer le répertoire de la droite nord-américaine en doctrine pour tout l’hémisphère. Ce qui est annoncé comme une coopération contre le terrorisme aboutira sans aucun doute à un réseau transnational de surveillance idéologique qui permettra de limiter la souveraineté pour orienter les alignements politiques et mettre au service des intérêts de Washington les ressources naturelles (minerais stratégiques, terres rares, énergie) et l’ouverture au contrôle des infrastructures numériques.

Le différend stratégique des Etats-Unis avec les BRICS, et en particulier avec la Chine, ne se joue pas seulement dans les dispositions militaires. Il passe également par le lithium, les semi-conducteurs, les câbles sous-marins et les centres de données. La géopolitique contemporaine déployée par la Maison Blanche combine porte-avions, algorithmes, satellites et réseaux sociaux. Et elle a besoin de consolider les dangers, la méfiance et la haine pour rassembler ses forces dans un affrontement dans lequel, pour la première fois -dans ce siècle, elle est en train de perdre sur le plan géo-économique. Ce qu’on appelle la Pax Silica, qui relie le trumpisme à Peter Thiel, est l'un des compléments de cette réunion antiterroriste. Sous le langage de la coopération technologique en matière de sécurité, les États-Unis cherchent à ordonner des chaînes d’approvisionnement, le contrôle mondial de l’intelligence artificielle, essentiel à sa prétendue réindustrialisation. C'est pourquoi le contre-terrorisme de Rubio n'est pas seulement un discours de police. Il fonctionne comme un soutien symbolique d’une batterie néo-impérialiste: diabolisation idéologique, ingérence électorale, surveillance numérique, harcèlement du Venezuela, blocus génocidaire contre Cuba, droits de douane contre le Brésil, sanctions financières, endettement conditionnel et contrôle des technologies stratégiques. L'étiquette est la sécurité. Le contenu est la domination.

Cuba occupe, comme toujours, une place centrale dans ce récit apocryphe. Chaque fois que Washington est isolé par le rejet mondial du blocus – comme cela s’est produit la semaine dernière – il fait appel à de nouvelles accusations délirantes: au lieu de répondre de l’étouffement économique et financier qu’il impose, il ravive le récit de la menace. L'accusation remplace l'argument; le blocus est présenté comme une défense. Les scénarios militaires éventuels contre Cuba ne peuvent être séparés de cette rhétorique. Les interventions étasuniennes ne commencent jamais par des bombardements. Ils commencent par des qualifications et des justifications. Le Brésil apparaît sur ce même échiquier. Les droits de douane imposés la semaine dernière à Brasilia, dans une année électorale, contribuent à relier la ligne d’ingérence appliquée en Équateur, au Honduras, au Costa Rica, en Argentine, en Bolivie, au Chili et en Colombie avec la diabolisation « terroriste ».

Le déploiement impérial s’observe également dans la menace de Rubio contre la Cour pénale internationale, dont il accuse les autorités de « déclarer la guerre aux États-Unis » parce qu’elle a décidé d’enquêter sur les responsabilités de ses fonctionnaires dans les bombardements des Caraïbes, le crime contre les fillettes en Iran, le génocide à Gaza ou l’enlèvement de Nicolás Maduro. 

Pour Washington, les règles ne servent que si elles poursuivent leurs ennemis. Si elles touchent Washington ou ses alliés, elles deviennent intolérables.

Jeudi dernier, le secrétaire d’État a assuré, à propos de la gauche radicale, qu’il faut vaincre « les faibles et les lâches » qui luttent « contre les forts et les bons ». Les réminiscences avec les discours d’un peintre raté né à Braunau am Inn en 1889, sont trop évidentes: «le plus fort gagne, les faibles doivent périr.» 

Rubio ne le cite pas littéralement. Il  recourt à sa vision du monde en raison d’une affinité avec l’esprit de l’époque : le sentiment d’appartenir à une civilisation assiégée par la rancœur « des inférieurs » ; le droit des forts à se défendre et la nécessaire purification du corps social. Il n'a pas besoin de nommer Hitler pour faire surgir ses fantômes. Il lui suffit d’une politique où la différence devient dégénérescence, la protestation, terrorisme. Et la domination la destinée manifeste d'une nation supérieure.

Source en espagnol:
https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/07/18/estados-unidos-marco-rubio-recurre-al-pintor-austriaco/
URL de cet article:

https://bolivarinfos.over-blog.com/2026/07/international-marco-rubio-hitler-le-maccarthisme-et-la-lutte-contre-le-terrorisme.html