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Cuba : Fidel et l’intégration latino-américaine et caribéenne

Publié le par Bolivar Infos

Cuba : Fidel et l’intégration latino-américaine et caribéenne

 

Auteur: Joaquín Rivery Tur | rivery@granma.cu

29 décembre 2016 16:12:42

 

PEU avant les émeutes du Bogotazo qui éclatèrent à la suite de l’assassinat du chef du Parti libéral colombien, Jorge Eliecer Gaitan, en avril 1948, l’étudiant Fidel Castro souscrivit à une proclamation qui fut distribuée aux participants au Sommet de l’Organisation des États américains (OEA), qui se déroulait dans la capitale colombienne.

 

Dès cette époque, alors que les États-Unis se lançaient avec leur insatiable voracité sur les terres de Notre Amérique, le document se prononçait en faveur de « … la lutte pour la démocratie à Saint-Domingue, la lutte pour l’indépendance de Porto Rico, la restitution du Canal de Panama, la disparition des colonies en Amérique latine, la souveraineté de l’Argentine sur les Îles Malouines et la lutte pour la démocratie ».

 

Ces revendications étaient inspirées des idées de José Marti : « Nous ne pouvons plus être ce peuple de feuilles qui vit au gré de l’air, la cime couverte de fleurs, claquant ou bourdonnant selon que le caprice de la lumière la caresse ou que les tempêtes la fouettent et la ravagent : les arbres doivent se mettre en rang pour que le géant aux sept lieues ne passe pas ! »

 

Il est très frappant de constater que tant d’années avant le triomphe de la Révolution, le jeune dirigeant révolutionnaire cubain se présentait déjà comme un partisan de l’unité à un congrès d’étudiants interrompu par la violence, et de le voir exposer ses idées au moment même de la naissance de l’instrument dont les États-Unis allaient se servir pour intervenir en Amérique latine, soutenir les dictatures et favoriser la domination de leurs grandes entreprises.

 

Fidel était déjà pleinement conscient, face à l’ingérence de Washington dans les affaires intérieures de Cuba, de l’importance qu’allait prendre sa lutte, après avoir puisé dans les idées de Marti. Plus tard, lors d’un rassemblement face à l’ancien Palais présidentiel, à La Havane, le futur leader de la Révolution soulignait qu’il n’avait « à rendre de comptes à aucun congressiste des États-Unis (…) ni à aucun gouvernement étranger (…) Je n’ai à rendre de comptes qu’aux peuples, et en premier lieu au peuple cubain, et en deuxième lieu à tous les peuples d’Amérique ».

 

Les peuples, leur unité et leur intégration figuraient parmi les grands soucis de cet homme d’État hors pair, qui par la suite allait consacrer toute son énergie à la défense de son pays d’abord, en ensuite à celle du reste du continent.

 

L’empire n’est pas parvenu à isoler la Révolution, malgré toutes ses tentatives pour la détruire, tandis que la diplomatie cubaine dirigée par Fidel s’activait partout avec sagesse et intelligence, et de nouveaux gouvernements qui refusaient de se soumettre apparaissaient sur la carte politique du continent. Ainsi, les efforts du commandant, auxquels se joignirent ceux du dirigeant bolivarien Hugo Chavez en 1998, firent de l’intégration et de l’unité le principal objectif de l’Amérique latine et la Caraïbe.

 

Le 14 décembre 2004, le président vénézuélien Hugo Chavez et le leader de la Révolution cubaine Fidel Castro signèrent à La Havane la Déclaration conjointe pour la création de l’Alternative bolivarienne pour les Amériques (ALBA) et son accord d’application. L’ALBA est un outil révolutionnaire créé comme contrepoids de la Zone de de libre-échange des Amériques (ZLEA), impulsée par les États-Unis.

 

L’ALBA, devenue ensuite l’Alliance bolivarienne pour les peuples de Notre Amérique-Traité de commerce des peuples, est apparue comme un espace d’intégration d’un groupe de pays d’Amérique latine et de la Caraïbe, destiné à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale à travers la mise en œuvre de programmes de coopération mutuelle et de complémentarité politique, sociale et économique entre les nations de cette région.

 

Ce fut un « Non » au marché capitaliste néolibéral et l’accueil de la complémentarité solidaire, avec la Banque de l’ALBA et la monnaie électronique pour faciliter les opérations financières et protéger les réserves en devises des États aux moyens limités.

 

En cinq ans, l’ALBA a permis des avancées notables comme les missions de coopérants dépêchées dans les régions isolées, le dépistage de maladies génétiques, le traitement de personnes handicapées, le lancement de l’incroyable Mission Miracle qui a permis de rendre la vue à des millions de personnes aux revenus les plus modestes, ainsi que l’accord entre Cuba et le Venezuela pour la formation en 10 ans de 40 000 médecins latino-américains.

 

En 2005, le président bolivien Evo Morales fit adhérer son pays à l’ALBA, une organisation que rejoignirent d’autres pays caribéens, sud-américains et centraméricains. Le succès de l’ALBA était assuré, et la voie de l’unité se poursuivit sous l’influence de Fidel et de Chavez. En 2005, Petrocaribe voyait le jour sous l’initiative du Venezuela. En 2007 c’était au tour de l’Union des nations sud-américaines, et en 2011 il fut décidé de la création de la Communauté des États d’Amérique latine et de la Caraïbe (CELAC).

 

Le lancement de ces nouvelles organisations fut accompagné de la création d’une Banque du Sud et du projet des réseaux de gazoducs et de télécommunications, qui n’ont pas encore pu être concrétisés en raison des tentatives des États-Unis pour regagner le terrain qu’ils avaient perdu depuis que les idées d’intégration et d’unité de Fidel avaient gagné en force et en adeptes.

 

L’éradication de l’analphabétisme au Venezuela, en Bolivie, au Nicaragua et en Équateur à travers la méthode cubaine Yo sí puedo (Oui, je peux) apparaît comme l’une des plus grandes conquêtes de l’ALBA.

 

Washington ne voit pas d’un bon œil la création d’entreprises « grand-nationales » comme contrepoids à leurs transnationales, mais elles existent déjà dans des secteurs comme la pêche (Transalba), les mines, les transports, les télécommunications (Albatel) et l’agriculture, et l’entreprise Puertos del ALBA S.A., spécialisée dans la construction d’installations portuaires à Cuba et au Venezuela. Albanisa est un projet mixte entre le Venezuela et le Nicaragua pour le raffinage du pétrole.

 

Concernant la monnaie électronique, le « sucre » a vu le jour et son utilisation a commencé en 2010, et il sera utilisé dans les relations monétaires entre les pays membres.

 

Haïti, l’un des pays les plus pauvres de la région, s’est vu doter de trois centrales de production d’électricité. Par ailleurs, cette graine d’unité et d’intégration qu’est l’ALBA a contribué à diminuer le déficit d’électricité au Nicaragua grâce à la construction de plusieurs centrales.

 

Au Salvador, José Luis Merino, membre de la Commission politique du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN), a souligné que « l’ALBA est un outil qui a permis, sans pillage, sans spolier les richesses de nos pays, d’améliorer le bien-être et la qualité de vie de pratiquement tous les Latino-américains, y compris des Nord-américains au cœur de l’empire ». Il a précisé que certains quartiers aux États-Unis ont du chauffage grâce à l’aide venue du Venezuela.

 

L’arbre a grandi et a des branches solides. L’empire cherche à les couper et à empêcher ses racines de s’étendre. Mais les peuples latino-américains sont engagés aujourd’hui sur une voie une positive et riche de promesses. Il peut y avoir un revers, mais il est difficile que la répression et le néolibéralisme puissent freiner la marche de l’Amérique latine, car les arbres (les peuples) se mettent en rang. Les idées lancées par Fidel en 1948 en Colombie sur l’intégration et l’unité sont irrépressibles.

 

http://fr.granma.cu/cuba/2016-12-29/fidel-et-lintegration-latino-americaine-et-carineenne